Gafsa uprising & transitional justice: trials must not stop at being symbolic

Bachir Laabidi face aux juges au Tribunal de première instance de Gafsa, mercredi 26 septembre 2018

Le mouvement de protestation qui a duré près de six mois en 2008 a donné lieu à un recours excessif à la force par les forces de sécurité, qui s’est soldé par la mort de trois manifestants. Des dizaines d’autres personnes ont été arrêtées de façon arbitraire, torturées ou autrement maltraitées, et de lourdes peines de prison ont été prononcées à l’issue de procès iniques. Ce mouvement était largement soutenu par les organisations de la société civile tunisienne, ainsi que par des groupes de défense des droits humains du monde entier. Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits humains, tunisiennes et internationales, ont recensé et dénoncé les violations des droits humains commises contre des manifestants au moment des faits et ont réclamé que toutes les personnes condamnées arbitrairement à l’issue de procès inéquitables soient libérées.

Le procès qui s’est ouvert cette semaine concerne la violente répression par la police de la révolte du bassin minier de Gafsa en 2008. Il est porteur d’une forte signification pour le processus de justice transitionnelle en Tunisie car il s’agit de la première véritable occasion de mettre fin à l’impunité dont ont bénéficié jusqu’ici les auteurs de graves violations des droits humains commises par le passé dans le pays. Ce procès offre également la possibilité de restaurer la confiance dans le système judiciaire, qui, lorsque Zine el Abidine Ben Ali était au pouvoir, était utilisé comme un outil de répression, y compris lors de la condamnation et de l’emprisonnement injustes de personnes ayant participé au mouvement de protestation le plus important en Tunisie avant le soulèvement de 2010. Ce procès est le dernier en date d’une série qui a débuté en mai 2018, après que l’Instance Vérité et Dignité (IVD) a transféré le dossier au tribunal dans le cadre du processus de justice transitionnelle engagé en Tunisie à la suite du soulèvement de 2011. À ce jour, l’IVD a transmis 260 dossiers aux 13 chambres criminelles spécialisées du système judiciaire tunisien établies pour juger les affaires de violations des droits humains commises entre 1955 et 2013. Le dossier, tel qu’il a été transmis par l’IVD, concerne 51 victimes de violations graves des droits humains et 16 prévenus, dont le président déchu Zine el Abidine Ben Ali, l’ancien ministre de l’Intérieur et plusieurs haut responsables des forces de sécurité.