Affef Bennaceur et son épous Fahem Boukaddous

Seules les questions se bousculent et la peur de savoir ta santé empirer m’effraye en ce jour.

Es-tu encore fatigué ? Ta santé s’est-elle rétablie ? Ressens-tu dans ta cellule exigüe le changement des saisons ?

Les questions affluent, Fahem, alors que je suis en chemin pour venir te voir. J’ignore pourquoi ces tourments à ces questions ?

[…]

Est-ce que j’ai la « maladie » du questionnement ? Ou est-ce ton deuxième mois derrière ces murs qui me pousse inconsciemment vers ce gouffre douloureux.

Triste pour ta santé j’étais, et dès que je t’ai vu derrière la séparation vitrée, ma fatigue s’est atténuée.

Tu viens, tu souris et tu dis : « côté santé comme d’habitude, le coup de froid je le sens encore. Le médecin a changé les médicaments avant-hier. »

o Quels sont les nouveaux médicaments ?
o D’après le médecin : Clavor est un des antibiotiques les plus efficaces avec l’Efferalgan et Clamoxyl

Je ne sais pas pourquoi les questions reviennent alors que je te parle…

Ton corps peut ingurgiter tous ces antibiotiques ?

La situation a commencé à bouger, il y a beaucoup d’informations, Fahem, Eljazira a évoqué ton affaire à deux reprises, les journaux El Mawkef et Attarik Al Jadid aussi.

Une délégation de solidarité m’a rendu visite hier. Aucun de mes visiteurs n’appartenait à une association reconnue par le régime.

o C’est étrange ce pays, le peuple les connait. Les maisons leur ouvrent leurs portes pour les accueillir et le régime les interdit et les assiège.
o Fais attention à ta santé… Je reviens le jour de l’Aïd avec la famille….

Mon problème, c’est que j’ai connu la prison et c’est évident que cela me rend d’autant plus sensible à ta présence ici.

Je sais la tristesse des adieux lors de la visite et je sais la crainte et les frissons de l’attente le matin.

Je sais la taille de l’horizon en face de moi. Je suis dans un « louage », et je me rappelle l’étroitesse de l’horizon là-bas et surtout de l’exigüité des cellules dont les murs sales et les barreaux métalliques effrayants vont se refermer sur celui qui a terminé la visite.

Je sais la tristesse du jour de la visite et la brutalité du bruit de ces grosses clés dans la main du geôlier.

Je sais l’attente du « prisonnier » devant son couffin et le piétinement entre les pensées et les sensations contradictoires.

Je sais aussi l’amour du « prisonnier » pour la vie et la liberté en dépit de la hauteur des murs et du nombre des portes métalliques fermées.

Tu es dans ta prison connue et je suis dans ma prison inconnue au point que la semaine dernière après avoir terminé de préparer le couffin, j’ai attrapé une feuille pour écrire ton nom et la mettre dans le couffin et voilà que j’avais écris sur la feuille « Afef Bennaceur ». J’ai su alors que c’est la dictature qui t’a mis là et que c’est elle qui m’a mise ici dans une prison peut-être pire.

Liberté pour toi

Le jour va venir, inexorablement

Afef Bennaceur

Traduction de Luisa Toscan
ni revue ni corrigée par l’auteure de la version en arabe