La Tunisie a besoin d’un gouvernement de transition. Il nous faut bien un gouvernement, cependant a-t-on besoin de ministres ayant servi sous Ben Ali. La réponse est non.

Ben Ali lui-même a fait de ses ministres des pions éjectables à tout moment. Si, individuellement, certains sont honnêtes et compétents, n’en demeure pas moins qu’ils ont servi avant tout un régime d’oppression. Eux-mêmes étaient bâillonnés. Ils ne pouvaient que répandre les bonnes paroles de Ben Ali.

Pensez-vous que les ministres, sous Ben Ali menaient leurs ministères ? Ils ne faisaient qu’appliquer les directives de l’infaillible président. La Tunisie regorge de compétences. Chaque ministère dispose de compétences reconnues pouvant assumer l’intérim. Qu’on les mette à la tâche et qu’on écarte les ministres RCD même si on reconnaît à certains la compétence et l’honnêteté.

L’éthique voudrait qu’ils se retirent d’eux-mêmes. On ne peut pas avoir servi le système Ben Ali et se déclarer une virginité absolue aujourd’hui. Messieurs les ministres RCD retirez vous. Soyez pour une fois à la hauteur de l’évènement. Messieurs le Président de la République et le Premier Ministre, trouvez une autre formule. Apaisez la rue et donner confiance aux gens en radiant le RCD. Le système RCD a failli. Il a ruiné le pays. Il n’est nullement réformable. Il est tout simplement à dissoudre.

Vous avez remis vos cartes de membres du RCD, félicitations. Nous voulons bien que vous restiez et assumiez cette transition malgré votre silence le long de toutes ces dernières années, mais de grâce ne gardez que des technocrates dans ce gouvernement. Des personnes neutres connues pour leur intégrité et leur loyauté à la République et non aux personnes ni au système RCD. Que tous les membres de ce gouvernement prennent l’engagement de ne prendre nullement part aux futures élections.

Que ce gouvernement amène le calme dans la rue. Que la justice, absente tout au long de ces années, montre enfin son indépendance et poursuit tous les abus, sans chasse aux sorcières. Que le but des futures élections soit une constituante capable de revoir de fond en comble notre constitution. Le temps d’un président infaillible est révolu. Nous avons besoin de contrepoids et de garde-fous nous protégeant des hommes infaillibles. Il faudrait :

– Instaurer un président élu qui préside et un gouvernement représentatif des élections qui gouverne. Un président qui fait tout et qui ne laisse aucune initiative à d’autres avis nous conduira de nouveau à une situation de blocage.
– Limiter à 2 mandats électifs tous les postes politiques (président, député, maire, etc.).
– Mettre en place un parlement représentatif de tous les partis politiques sans exclusive.
– Qu’aucun membre d’aucune des chambres ne soit désigné par le président ou aucune autre autorité. Tout le monde doit être élu.
– Veiller à la neutralité de l’Administration. Un délégué ou un gouverneur nommé par l’administration doit être neutre. S’il est au service d’un parti ou d’un clan, il faudrait alors envisager leur élection et pourquoi pas prévoir d’emblée une telle possibilité ?
– Veiller à la pluralité des opinions politiques et faire de la liberté d’expression, notre premier amendement, notre premier article constitutionnel.
– Bannir la culture de l’homme infaillible. Il assèche par sa seule présence le vivier des compétences humaines du pays.
– Répartir de manière constitutionnelle, dans les régions, la plus grande partie du budget de l’État.
– Garantir la transparence des institutions et extraire des corps d’État le cancer de la corruption.

Enfin, nous citoyens tunisiens, cessons d’attendre quelque chose de l’État. C’est notre statut d’éternel demandeur de faveurs qui nous a rendu dépendants de la corruption et de la médiocrité. Bannissons le culte de la personnalité et canalisons toutes ces dépenses inutiles et improductives vers le développement de notre pays.
Mettre les drapeaux au passage du président pour les enlever quelques heures après doit devenir une image d’un passé définitivement enterré.
Mobiliser des centaines de policiers et de gendarmes le long du parcours présidentiel ne devrait même plus être imaginé. La police, comme la Gendarmerie ont mieux à faire.

Agissons en hommes libres et responsables. Restons solidaires et vigilants.

A. Sassi
Ingénieur Conseil
Suisse