Par Lotfi Benmosbah,

J’ai une grosse déprime ce soir ! Alors que je vois le peuple égyptien vaillamment uni pour obtenir le départ de Moubarak, nous, tunisiens, sommes en train de nous diviser au sujet d’une théorie selon laquelle l’incessante grogne sociale va mener la Tunisie à sa perte.

Dans ce brouhaha, le gouvernement reste muet alors que lui seul est capable de dire si la Tunisie est réellement en mauvaise posture. Ces divergences d’opinions, qui font voler en éclat la cohésion de la société civile permet à ce gouvernement en équilibre instable, de souffler et de ne plus être sous pression.

Ainsi, paradoxalement ce gouvernement sans grande légitimité a actuellement les pleins pouvoirs pour mener toutes les réformes qu’il jugera nécessaire. Si aujourd’hui nous ne restons pas unis nous ne pourrons pas infléchir les décisions prises par ce gouvernement. Rappelez vous l’utilisation de l’article 56 , les ministres RCD du premier gouvernement Ghannouchi, les délais importants mis avant de demander le gel des avoirs du clan BEN ALI, le chef d’accusation minimum contre BEN ALI etc……

Ce gouvernement est devant plusieurs défis qui vont déterminer l’avenir de cette jeune démocratie : d’abord et surtout rétablir la sécurité dans le pays vient ensuite la préparation d’une nouvelle loi électorale, la détermination du mode de modification de la constitution….. Tous ces chantiers nous obligent à rester vigilants.

Tunisiens, restons solidaires. La division est une brèche béante dans laquelle il ne faut pas tomber. Il y va de l’avenir de la Tunisie que l’on veut construire. Une Tunisie solidaire qui essaye d’effacer les inégalités entre les régions, une Tunisie où la classe la plus importante sera la classe moyenne, et non pas une Tunisie faite d’une société de consommation à outrance ou chacun sera obnubilé par le crédit à rembourser.

Demandons au gouvernement de faire un point sur la situation. Qu’il nous dise ou en est la situation économique du pays au lieu de laisser circuler des rumeurs de plus en plus alarmantes qui ne servent qu’à nous atterrer. Et si la situation est réellement critique qu’il lance un emprunt national qui témoignera de la solidarité de tous les tunisiens. En contribuant à la réussite de cet emprunt les plus favorisés témoigneront de leur solidarité envers les plus démunis.

Cet emprunt permettra au gouvernement de rétablir la paix sociale, reconduire les gens au travail et de réamorcer la croissance.

En même temps, nous devons réfléchir à la répartition des fruits de cette croissance afin de construire une Tunisie solidaire et fraternelle à l’image de celle qui s’est soulevée contre la corruption et la dictature.