Par Cathyanne Ben Abdallah.

En Tunisie, une volonté agissante a brisé un système aliénant ; un équilibre est rompu et dans cet instant fragile, la formidable énergie humaine est libérée, des possibles sont ouverts.

Je crois que cette volonté agissante appartient à chaque humain et qu’il appartient à chaque humain d’ouvrir son cœur, de reconnaître cette énergie comme sienne, de l’investir, de la renforcer, de l’utiliser là où il est.

Il y a tant à faire, là où vous êtes, où que vous soyez sur Terre.

Reconnaître l’universalité de cette énergie est un acte de foi. Non pas vis-à-vis des tunisiens mais vis-à-vis de vous-même. Parce que croire en la lumière et la reconnaître contribue à la rendre réelle et puissante.

Aujourd’hui vous est posé le vieux problème de la confiance : étymologiquement, la « foi avec ».

En quoi voulez-vous croire ?

Nos voisins arabes se sont approprié cette énergie. Parce qu’ils en ont besoin et parce qu’ils se reconnaissent facilement en nous. La Chine également, parce qu’elle n’a pas de problème avec l’Islam. En Europe c’est plus compliqué et vous avez le choix : vous pouvez reconnaître, protéger et utiliser cette énergie et ensemble, nous pouvons maintenant faire avancer le monde de quelques pas. Vous pouvez aussi choisir la défiance ou l’indifférence, élever des remparts dans vos cœurs et contribuer à éteindre cette lumière, chez nous et chez vous.

C’est votre choix et c’est votre responsabilité.

Aujourd’hui, à Tunis comme ailleurs, le combat est ouvert. Des citoyens ordinaires ont protégé leurs voisins, arrêté des mercenaires armés, consolé des inconnus, nettoyé les rues, nourri, soigné et abrité les migrants de Libye. Des énergies se fédèrent, les associations fleurissent partout qui veulent mieux partager les ressources, mieux éduquer les enfants, irriguer les régions, préserver l’environnement, … toutes les causes sont aujourd’hui à l’ordre du jour. Nous voulons, tout simplement, un monde meilleur et nous savons que nous avons maintenant une fenêtre pour avancer, fût-ce de quelques pas.

D’autres citoyens ordinaires ont semé et sèment encore la peur et la violence, rémunèrent les enfants pour qu’ils brisent les vitrines et agressent les passants, troublent le dialogue entre les Hommes. Nous ne savons pas exactement qui ils sont ni pourquoi ils agissent mais ils nous font mal chaque jour et chaque jour nous faisons notre possible pour leur faire barrage.

Dans quelques semaines, quelques mois, un nouvel équilibre sera installé. Il sera ce que nous aurons été capable de créer ici et maintenant. Il ne sera pas parfait et nous le savons. La question est : allons-nous ensemble progresser de quelques pas ? Nous laisserez-vous faire, profiterez-vous aussi de cette énergie ?

Ne croyez pas que nous soyons loin de vous. Nous sommes liés. Chacun de vos débats, chaque ligne écrite dans vos journaux résonnent chez nous, nous encourage, nous désespère ou nous irrite, stimule une énergie positive ou assombrit nos espoirs, nous rend plus forts ou contribue à nous incapaciter. Chacune de nos avancées vous appartient, ouvre un chemin que vous pouvez utiliser.

Ne vous y trompez pas : ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie est universel et vous concerne. Et vos paroles, vos actes et vos écrits y participent étroitement, dans un sens ou dans l’autre.