Par Mohamed Ben Messaoud

Mes chers amis, je m’excuse d’avance sur les termes vulgaires que vous allez trouver dans les lignes qui suivent, mais parfois la vulgarité est la seule garante du bon ton d’un discours.

Si Farhat, vous êtes débile, naïf ou manipulé… ou les trois à la fois. Vous êtes un ancien juge, vous êtes donc sommé de vous conformer à l’éthique de votre métier, jusqu’à votre mort. Comment pouvez-vous dire autant d’affirmations, cité des noms et porter des accusations avec autant de légèreté ? Et le débat n’est même pas de savoir si vous avez été filmé à votre insu ou pas, en tant que juge, ancien ministre et responsable des droits de l’Homme, vous devez fermez votre gueule, même dans le café du coin. Le devoir de réserve, ça vous dit quelque chose ?

Ce que vous négligez en plus, c’est que cette fameuse Tunisie Facebook, qui comme vous le dîtes, vous a “fait”, est le refuge des conspirationnistes, des extrémistes, des complotistes qui vont faire le lit sur vos déclarations pour sortir toutes les thèses les plus farfelues et les plus dangereuses. Ce que vous négligez Si Farhat, c’est que la Tunisie depuis trois mois n’a pas de structure de contrôle (et quand je dis contrôle je ne pense pas censure, mais éthique et professionnalisme) sur l’information. Les Illuminatis contrôlent le monde, Rachid Ammar est un agent du Mossad, la CIA est l’instigatrice des révolutions arabes (allez dire ça au gens de Sidi Bouzid, Thala et Kasserine, ça leur fera plaisir), ce sont ces thèses qui font l’opinion publique tunisienne aujourd’hui. “Le réseau Voltaire”, la rumeur, les on-dit sont les vrais TAP aujourd’hui. Et vous leur avait donné une légitimité incroyable, grâce à vos déclarations.

Je ne sais pas quel est votre intérêt, sachez juste que ce que vous avez fait est du trouble à l’ordre publique et que vous êtes un parfait inconscient.

Attachons-nous à l’autre protagoniste des “Rajhileaks” : Si Kamel Eltaief.

Les tunisiens dans une large mesure, pensent très idéalistement que la démocratie garantie un contrôle totale du pouvoir par le peuple. Ils occultent qu’en réalité, le pouvoir ne se prend que par des alliances, des calculs et des compromis et qu’ainsi, aucun gouvernement au monde n’est totalement libre. Obama est prisonnier des lobbys pro-sioniste, des banquiers, des financiers, de la NRA, etc… ; Sarkozy est prisonnier du CAC40, de l’UE, etc… ; Berlusconi est enchaîné à son alliance avec la ligue du Nord et les industriels de la même région, etc…
Il se passait la même chose en Tunisie hier, aujourd’hui et la même chose demain.

Par contre, ce qui est insupportable aux yeux de beaucoup, c’est que ce Kamel Eltaief à aucun moment ne nie dans ses déclarations être dans les alcôves du pouvoir, au contraire s’en félicite et nous rie au nez. Il se présente comme un patriote, ayant acquis ses galons de révolutionnaires en contrant la putain de la République. Quel courage ! Vous n’avez jamais eu de remords à avoir mis en place un homme au passé douteux, un flic tortionnaire avec rien dans le crâne comme tyran pendant plus de 20 ans !

Et la différence avec les régimes cités plus haut, c’est que ces régimes sont démocratiques depuis plusieurs siècles, et ne sont pas dans un élan révolutionnaire comme l’est la Tunisie aujourd’hui. De plus, tous les présidents ont des conseillers, de même que les Rois et ce depuis le début des civilisations (lire « le prince » de Machiavel), mais ils ont un poste, rémunéré, clair et transparent. Vous, Si Kamel, vous n’êtes personne dans cette Tunisie nouvelle. Nous ne voulons plus de personnes de votre espèce, la Tunisie n’a plus besoin ni de vous, ni de vôtres.

Enfin, ma dernière sentence est destinée à BCE. Qu’est-ce que vous foutez ? Vous croyez endormir qui avec vos conférences de presse One Man Show ? Vous êtes en sursis, comme tout votre gouvernement et toutes vos instances. Ne vous réfugiez pas derrière « le prestige de l’Etat », qui a bon dos dès qu’il s’agit de réprimander une manifestation pacifique avec vos sales rats de flics. Votre carrière de militant et de résistant vous donne une aura, mais pas un laisser passer pour nous gouverner. De fait, personne ne gouverne la Tunisie aujourd’hui et certainement pas un homme de 86 ans.

Vous avez dit que nous allions vous perdre, et bien sachez que nous prenons ce risque sans hésiter une seconde. Au lieu de venir raconter des blagues lors de vos interviews truquées, répondez-donc aux questions.

Mohamed Ghannouchi a dégagé parce qu’il ne nous parlait pas, et quand il parlait, il le faisait mal. Vous refaites la même chose mais avec un peu plus de « classe ». Cela ne suffit pas. Alors pour couper court aux rumeurs, aux délires de la rue, dîtes-nous ce que vous faîtes de notre pays, avec qui, quand et pour l’intérêt de qui. Ou alors, écoutez le conseil de votre femme… prenez une retraite bien méritée, écrivez des livres et laissez faire la jeunesse.

PS : le dessin est de l’excellent Seif, je la partage sans son autorisation mais je sais qu’il ne m’en voudras pas.

PPS : La réussite de la révolution tunisienne réside dans l’épuration du Ministère de l’Intérieur. C’est notre Bastille, il faut la prendre.