Par Fehmi Thkil

A la fin de l’époque Bourguiba, tout le monde s’accordait pour dire qu’il ne dirigeait plus. Mais alors, qui le faisait et qui « maintenait l’ordre » ?

Avec quel titre la famille de ZABA dirigeait-elle le pays ?

Soyons sérieux, l’antichambre du pouvoir c’est aussi le pouvoir.

Il est stupide de croire que tous ceux qui profitaient du système, avant et après l’arrivée de Leila et de son gang renonceraient à leurs habitudes au nom du 14 Janvier.

Soyons sérieux aussi, il faut être niais pour croire que les puissances étrangères ne s’intéressent pas à nous. Mais il n’y a pas que les ricains, il y a aussi les français, les iraniens, les saoudiens, les qataris patrons d’el Jazzera etc …

Des complots en Tunisie, il y en a des tas. Il y en a tellement que même ceux qui ne complotent pas seront probablement obligés de choisir un camp. Des camps se sont certainement déjà coalisés. Les plus puissants comploteurs sont ceux qui ont une « influence » sur les médias et qui pourront occuper les tunisiens avec des faux débats et s’attaquer pernicieusement aux autres camps. Les plus vicieux seront ceux qui seront capables de créer des fausses pistes les incriminant et d’y rallier leurs ennemis pour mieux les décrédibiliser. Dans ce domaine, nombreux sont ceux qui ont une grande expérience, des moyens financiers et même des « salariés » pour comploter.

Mais tout ce beau monde n’est pas infaillible et personne n’a gagné la partie.

Je dis donc bravo à Rajhi pour cette grande baffe à tous ces adeptes de la méthode Couet qui essayent de se convaincre (ou de convaincre) que nous sommes en démocratie alors que le peuple n’a jamais voté, que personne n’est légitime à son poste, que nos médias sont les mêmes que ceux de l’ancien régime et que notre pays est encore dirigé par les nommés des nommés de BEN ALI.

Je constate que Rajhi n’a tapé que sur des puissants et que nos Pravdas, au lieu d’enquêter sur la véracité des propos inquiétants d’un ex-ministre de l’intérieur tout fraichement débarqué de son poste, se sont joint à la voix de leur maîtres pour dénoncer les crimes de lèse-majesté. Ils l’ont fait avec un tel brio qu’ils risquent de ne plus être capables de se cacher derrière leur incompétence.

Je dis bravo au peuple tunisien qui a trouvé dans les propos de Rajhi, vrais ou faux, tenus dans probablement une fausse caméra cachée, une confirmation de sa crainte que les choses ne tournaient pas rond et une occasion de rappeler qu’il est encore là, qu’il n’est pas aussi con qu’on le croit, qu’il a appris à écouter et lire la presse alternative, qu’il n’a pas cru à tout ce qu’on a essayé de lui faire gober et qu’il a compris qu’il doit descendre dans la rue pour rappeler qu’il est là.

Oui, je dis bravo à Rajhi, quelque soit ses motivations, parce qu’il a réussi à faire sortir le peuple dans la rue, encore une fois, pour défendre la liberté et la démocratie. Je lui dis bravo car il est la première victime de la nomenklatura pour avoir exprimé ses idées, fussent elles manipulatrices.

A ceux qui se sentent mal à l’aise lorsqu’on les sort de leur habitude de n’entendre qu’un seul discours à la fois, je leur dis vous n’êtes pas prêts pour la démocratie et la liberté d’expression.

Quant aux vrais débats, sur le chômage, l’économie et tout ce qui s’en suit, il faut croire qu’on n’en est pas encore là. Pour cela on aurait besoin des médias mais visiblement ils sont occupés à autre chose.

A ceux qui se sont engagés en politique, qui ne complotent pas et qui ont du mal à faire entendre leur voix, ce qui n’est probablement pas fortuit, je leur demande de maintenir le cap. Si vous vous dispersez à essayer de démêler le vrai du faux vous n’aurez jamais le temps de faire autre chose. Laissez les complots à la presse alternative et à facebook et concentrez-vous sur votre mission et vos projets pour la Tunisie. N’oubliez jamais une chose, le peuple, le vrai, est avec vous, et partage les mêmes soucis que vous. N’oubliez pas que son seul point faible est le vide politique et le manque d’alternatives et que c’est la seule raison pour laquelle il a accepté d’attendre jusqu’au 24 Juillet.

Les futures élections du 24 Juillet, quelque soit ce qu’on peut leur reprocher, sont une baisse de rideau pour tout un passé qui devra de toute façon transmettre les clés du pays aux prochains vainqueurs des urnes. Ce n’est pas gagné, même la date du 24 Juillet est à défendre, mais c’est notre seule voie et espérons le début d’un nouveau début.

Le peuple prêt à sortir dans la rue pour défendre la démocratie et la liberté est notre seule garantie.

Fehmi Thkil