La révolution tunisienne bien que vue comme un acquis, n’en est qu’au début d’une transition de toute une société. N’étant qu’à ses marmonnements, ce changement est bien complexe, vu les singularités de chaque tunisien.

Dix millions et plus d’habitants avec des contradictions, aussi tant de ressources individuelles qui une fois réunies ont pu faire chuter un régime lui aussi unique de part la large répression qu’il pratiquait.

Ces tunisiens ont-ils, pour autant, connu une évolution, fut-elle minime ? Si l’on entend par évolution un changement des mentalités, la réponse n’est pas évidente, même si nombre des conditions d’une certaine Maturité sont réunies, il n’en demeure pas moins que des menaces pèsent pour que ce ne soit qu’une illusion.

La culture du compromis et la tolérance ?

Nous sommes passés des images de lynchage de chefs d’entreprise, à celles de pillage des biens, aux sit-in interminables et répétitifs qui ont parfois pris la forme de barrages routiers, à récemment les vendeurs ambulants éparpillés dans tous les coins, etc.

Loin de remettre en cause la légitimité de ces mécontentements, mais tout ceci vint à confirmer que la culture du compromis n’a pas encore fait son chemin dans notre société, même sept mois après que « Ben à Fuit », alors qu’une maturité démocratique doit aller de pair avec le développement de la population et ce dans les cercles des plus réduits (individu) aux plus larges (société).

Le débat bien que présents à certains niveaux de cette chaîne, abouti rarement à des solutions durables, pire parfois lorsque le résultat est un total rejet des-dites solutions.

A l’origine, l’histoire de cette société complexe distinguant un évident obstacle celui des cinquante ans de dictature à tolérance zéro, qui n’ont guère favorisé le compromis de cohabiter dans la différence, dont la conséquence est de trouver des tunisiens qui jouissant d’une certaine forme de liberté à qui la tolérance fit défaut, quelques semaines après le 14 janvier. Une tolérance sans laquelle nul peuple mixte ne survivrait paisiblement.

Donc un premier pas à faire dans la quête de la maturité en cassant cet obstacle, serait cette Tolérance qui « n’est ni complaisance ni indifférence. C’est le respect et l’appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre monde, de nos modes d’expression et de nos manières d’exprimer notre qualité d’êtres humains » (UNESCO- Déclaration de principes-Nov1995).

La responsabilité contre le « Syndrome de Peter Pan » ?

Cet obstacle de dictature serait, peut être, à l’origine du « Syndrome de Peter Pan » de l’idée que l’Etat serait indéfiniment responsable, de et pour nous citoyens, en imposant la pensée unique.

La liberté retrouvée le 14 janvier, a fait naître deux blocs de personne au minimum, un dit « majorité silencieuse » et un autre « fervents contestataires ». Les deux se rejoignent dans ce complexe de paternalisme du pouvoir, car d’une part la majorité silencieuse se laisse dicter les résolutions qu’elles émanent des gouvernements, ou de l’autre bloc de personnes, ces derniers qui contestent tout et rien en rejetant la faute sur les dirigeants qu’ils soient des acteurs sociaux ou politiques, tous leur déplaisent.

Où est passée donc la responsabilité, important critère de maturité ?, celle de l’avenir personnel qui est soudé à celui de tout un pays. Une responsabilité d’adultes qui ont coupé le cordon, pour se déterminer un chemin individuel. L’idée de l’avenir existe chez tous, mais ont-ils tracé le chemin qui les y conduirait ? Non, bien au contraire ce qu’on remarque c’est les avis qui convergent vers : « trouvez nous des solutions » non pas « nous proposons des solutions ».

Certainement que la responsabilité n’est pas seulement assignée à une partie de la société, mais à tous les maillons, et même si certains nous déçoivent, la maturité politique est aussi importante que celle morale –civile, car elle est garante des libertés revendiquées par la société « adulte ». Ainsi chacun devra travailler sa maturité pour éviter que son avenir, et donc celui d’une nation, ne soit compromis..

Et comme disait Jules RENARD : « Ne comptez pas trop sur la société pour faire des réformes : réformez-vous vous-mêmes. »

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