Par Saleh El Faleh,

Après l’UGTT qui a réussi à intimider la justice tunisienne en obtenant en un temps record, même dans les annales des républiques les plus bananières, la levée de l’interdiction de voyage contre Jrad, il est tout a fait normal que N. Karoui fasse autant. Lui aussi peut intimider !

Si l’UGTT a sa « machine à broyer » comme l’a bien martelé Monsieur Abid El Briki devant les Tunisiens ébahis, Karoui aussi a une machine dont il peut se servir pour « broyer » de l’adversaire et au passage le droit tout court en utilisant des hommes de droit, révolutionnaires de surcroit.

Hier j’ai regardé le “débat” sur Nessma ou les avocats de la chaine nous ont le plus normalement du monde fait un remake assez brillant du plaidoyer qu’ils avaient déjà performé le jour même devant le tribunal mais avec les avocats de autres parties en moins. Une séance spéciale live leur a été accordée par la chaine qui les a engagés pour la défendre dans les locaux du tribunal!

Avoir une chaine de TV, y ramener ses propres avocats pour qu’ils vous défendent en direct est un luxe que le commun des mortels ne pas se payer surtout s’il s’agit d’avocats « révolo ».

Je ne sais pas si la loi tunisienne en matière de justice et de liberté de la presse autorise des tels plaidoyers par des avocats dans une affaire qu’ils traitent sur les plateaux de TV surtout si la Tv en question est leur client? Sincèrement je ne sais pas car je ne faisais pas trop d’attention aux textes de lois que l’on a pris habitude à piétiner dans notre République aussi bien Bourguibienne que Zabaienne.

Je sais très bien que mon pays, la Tunisie, n’est pas une référence en matière de justice indépendante ou de médias libres et responsables. Mais je sais aussi qu’il n’est pas nécessaire d’être une lumière en matière de droit pour comprendre que le bon sens exige que lorsqu’une affaire est entre les mains de la justice, il ne faut pas trop en parler au risque d’influer sur le cours de la justice. Cela est un principe consacré dans toutes les démocraties dignes de ce nom ou les médias ne peuvent traiter un dossier entre les mains des juges tant que la justice n’a pas tranché.

Se faire défendre sur sa propre chaine TV par ses propres avocats dans une affaire en cours de règlement par les juges…Il faut oser. En tout cas c’est une première que même Berlusconi n’a pu oser malgré son empire politico-médiatique. Même dans les républiques les plus bananières du monde, on n’a pas encore eu droit à un aussi joli spectacle. Bouya Lahnine s’est avéré en fait plus efficace que Silvio Bunga bunga.

Quand à certains avocats, pas tous, qui nous ont prodigué ce spectacle de basse gamme, je dis Messieurs vous avez peut être gagné en termes de publicité et d’argent, mais soyez surs que vous avez énormément perdu en terme de crédibilité et d’estime de milliers de tunisiens. Et ca c’est une perte stratégique !

Messieurs votre positionnement idéologique ou politique et votre aspiration légitime à la visibilité ne doivent pas vous faire oublier que vous êtes beaucoup plus que des prestataires de services. Votre allergie pour Ennahda peut se soigner autrement que par des alliances néo-Zabatistes. Une bonne partie de la gauche tunisienne qui avait béni ou fermé l’œil sur les crimes de Ben Ali contre les islamistes et qui a continué à « siéger » dans les plateaux de Nessma avant et durant la campagne s’en mord les doigts aujourd’hui.