Cecile Feuillatre, AFP

Lorsque les bourreaux d’hier obtiennent des promotions et deviennent des stars sollicités par la télé pour s’exprimer librement, c’est que l’impuissance du gouvernement le met en faillite ,mais lorsque le chef d’une association terroriste illégale « l’interdiction du péché » (ennahyi 3la lmonker) se pavane dans le ministère des affaires religieuses ,et que la police assiste sans bouger, à des scènes de violence et de lynchage de citoyens pacifiques par des fanatiques en transe, c’est que les autorités sont complices .

Jusque-là, chaque fois que la société civile se rassemblait pour manifester, et qu’on leur envoyait des miliciens pour les empêcher d ’exprimer leur mécontentement, il y avait toujours des policiers qui se mettaient entre les deux pour empêcher les violences; comme fut le cas deux semaines plus tôt à la Kasba ,lorsque les enseignants et les journalistes ont manifesté leur colère vis-à-vis de la main mise sur la presse.

Mais ce qui s’est passé hier, 23 janvier, devant la porte arrière du tribunal de première instance de Beb Bnet, était étonnant ,car la police était là mais en retrait : les deux camps étaient comme d’habitude l’un en face de l’autre, avec juste la route entre les deux. Alors que la société civile les regardait en silence, les salafistes hurlaient et tremblaient de l’intérieur ; chaque fois qu’une personnalité publique sortait du tribunal, les insultes fusaient et la police regardait. J’étais debout du côté des salafistes pour mieux les observer, et tenter de les comprendre.

Certains ont l’air d’être ailleurs, comme s’ils étaient en rêve, alors que d’autres ont le regard brillant et les yeux cernés. On sent en eux un certain mal être, ou un manque indescriptible, et l’on comprend mieux ceux qui disent que le fanatisme est un exécutoire pour toute sorte de frustration refoulée.

D’autres encore très jeunes étaient probablement nouvellement recrutés. J’ai essayé de discuter avec eux et leur demander pourquoi ils n’étaient pas à l’école .Ils ne répondaient pas et essayaient de me sermonner en me sortant des phrases toutes faites ; probablement celles qu’on leur a ressassé dans les mosquées, puisqu’en général,c’est là que leur « dogmatisation » commence.

Plus tard dans la matinée, lorsqu’un groupe de journalistes quittent le tribunal, une horde de salafistes gesticulants, les prend en chasse, en les traitant de tous les noms, et probablement les agressant physiquement, car j’ai entendu les hurlements d’une femme. Instinctivement, je regarde du côté des policiers, prise d’une envie irrésistible de leur demander d’intervenir. Mais ils n’ont pas levé le petit doigt pour protéger Mr Krichène.

La question qui se pose, est : est-ce que ces fanatiques sont laissés libres d’agir et d’agresser tous les civiles à leur guise ? Ou est-ce seulement les universitaires et les journalistes qui sont ciblés ? Car on ne peut s’empêcher de penser à ce que le premier ministre a dit lors de son dernier débat télévisé : à savoir : des membres de l’U.G.T.T, de l’université et de la presse veulent faire la guerre au gouvernement pour le faire plier. A la lumière de ce qui vient de se passer devant le tribunal où il est clair que les journalistes sont ciblés, n’est-ce pas vrai d’affirmer plutôt le contraire : que le gouvernement s’attaque à ces trois institutions de la société civile pour les faire plier ? Car, à ma connaissance ,ce n’est pas les universitaires ou les journalistes qui vont faire des sit-in dans les mosquées, mais des salafistes qui vont camper dans les facs, interrompre les examens et tabasser les étudiants.

D’ailleurs à quoi cela rime de s’acharner coûte que coûte sur ces institutions et incriminer les autres pour ses propres erreurs ? Après tout ce n’est pas la société civile qui a lâché des milliers de pédophiles et de violeurs dans la nature ; à croire qu’on cherche à augmenter l’insécurité et la recrudescence de braquages et de viols d’enfants.

Pourquoi le gouvernement n’agit pas ? Pourquoi ne protège-t-il pas ses citoyens ? Est-ce par crainte de fâcher un allié inestimable ? Ou par esprit complice de ses idées extrémistes, et donc il ne fait rien pour les encourager à nous « islamiser » ? Autrement dit nous « fanatiser », puisque nous sommes déjà musulmans, mais modérés ; et personne n’a le droit de nous imposer ses idées extrémistes, surtout pas une minorité; même s’ils utilisent pour cela non pas la pédagogie du bâton, mais le terrorisme de la matraque…