"Microcosme", Assemblée Nationale de la Constituante, Le Bardo. 10 décembre 2011. Photographie Hamideddine Bouali

“Microcosme”, Assemblée Nationale de la Constituante, Le Bardo. 10 décembre 2011. Photographie Hamideddine Bouali

Passant de 31 à 35 députés, le bloc de l’Alliance démocratique, devient la deuxième force à l’Assemblée nationale Constituante (ANC), après celui du parti islamiste Ennahdha. Les dissensions perpétuelles qu’a connues l’ANC, depuis le 22 novembre 2011, ont provoqué en effet des mouvements d’élus passant d’un bloc à un autre au sein de l’ANC, selon les intérêts et les idéologies de chacun. Ces changements de groupe ont permis l’émergence du bloc démocratique.

Le 19 décembre, “traverser le parquet” pour le député Selim Ben Abdesselem a été “presque naturel”, pour lui. Sur sa page facebook officielle, M. Ben Abdesselem a déclaré :

Aujourd’hui, nous avons annoncé mes amis Fatma Gharbi, Selma Mabrouk, Ali Bechrifa et moi, notre adhésion au groupe démocrate (el kotla ed’dimocratia) au cours d’une conférence de presse tenue à 15h à l’ANC. […]

Si une cette décision de rejoindre un groupe parlementaire a demandé réflexion après avoir siégé en indépendants depuis le 9 octobre, notre adhésion au groupe démocrate nous est apparue presque naturelle pour plusieurs raisons. En effet, nous avons depuis près de deux mois travaillé très étroitement avec les membres de ce groupe sans en être membres sur les dossiers de l’ISIE, de Siliana et maintenant du budget et de la loi de finance. Faire partie d’un groupe important en nombre est apparu, à l’évidence, comme le moyen d’être plus efficace dans le travail parlementaire.

Mis à l’épreuve de l’exercice d’un régime parlementaire dans une Tunisie post-dictatoriale, les 217 députés de l’ANC sont actuellement répartis en huit groupes parlementaires comme suit [1] :

  • Ennahdha (89)
  • Bloc démocratique (35)
  • Aucun groupe parlementaire (34)
  • CPR (15)
  • Ettakatol (13)
  • Bloc Liberté et dignité (12)
  • Bloc Wafa (9)
  • Indépendants (10)

Compositions initiales du bloc de l’Alliance démocratique

16 députés du PDP : Parti Démocrate Progressiste
Mahmoud Baroudi, Mehdi Ben Gharbia, Najla Bourial, Issam Chebbi, Ahmed Nejib Chebbi, Moncef Cheikhrouhou,Iyed Dahmani, Mahmoud El May, Mohamed Gahbich, Mohamed Neji Gharsalli, Mohamed Ben Mabrouk Hamdi, Maya Jeribi, Chokri Kastalli, Mohamed Nejib Khila, Rabeh Khraifi, Kais Mokhtar.

5 députés FDTL connu sous le nom d’Ettakatol
Ali Bechrifa, Selim Ben Abdessalam, Abdelkader Ben Khmis,Fatma Gharbi, Salma Hedia Mabrouk,

5 députés du PDM : Pôle Démocratique Moderniste
Salma Baccar, Ahmed Brahim, Nadia Chaabane, Samir Taieb, Mohamed Elarbi, Fadhel Moussa

4 députés de Afek Tounes
Noômane Fehri, Rim Mahjoub, Mahdia Samira Merai, Chokri Yaich

Autres partis et listes
Mohamed Lotfi Ben Mesbah du Parti de la justice et l’égalité
Karim Bouabdelli du Parti libéral maghrébin
Mongi Rahoui du MPD
Foued Thamer > Pour un front national Tunisien
Slaheddine Zahaf >Voix de l’indépendant

L’Alliance démocratique face à la Troïka

Bien qu’elle soit la deuxième force, l’Alliance démocratique reste encore loin derrière la coalition de la Troïka. Cette dernière, jouissant théoriquement de la majorité avec ses 117 députés au sein de l’ANC, pourrait continuer à imposer ses choix législatifs puisque pour tout vote d’une [2] loi organique, il suffit d’avoir la majorité absolue fixée à 109 voix.

Cependant, les désaccords récurrents entre les deux alliés Ennahdha et le CPR, notamment au niveau des choix de vote et de la politique menée au sein du gouvernement, semblent pousser le parti islamiste à chercher d’autres alliés tels que les blocs Wafa ou celui de la Liberté et Dignité. Ceci a été confirmé lors d’une interview que Nawaat avait faite avec le vice-président d’Ennahdha M. Abdel Hamid Jelassi lors de laquelle ce dernier nous a confié qu’il est possible qu’Ennahdha et le CPR ne deviennent plus partenaires au sein de la Troïka pour n’être plus que desamis, travaillant chacun de son camp pour le bien de la Tunisie.

Mise à jour > 5 janvier 2012
Le député Mehdi Ben Gharbia a déclaré sur les ondes de la radio Mosaique FM que le bloc démocratique à l’ANC, n’est pas intéressé par le remaniement ministériel qui sera annoncé dans les jours qui viennent.

Les deux blocs parlementaires Wafa et Dignité refusent de rejoindre la coalition au pouvoir

Le 19 décembre, Slim Boukhdhir, a déclaré que son parti Wafa a reçu “une offre officielle” pour rejoindre la coalition au pouvoir. Le lendemain, le parti a fini par la refuser, jugeant la demande protocolaire ne touchant pas le fond des choses. Car, il est important de rappeler que le point de désaccord concerne avant tout la réforme de la justice. En effet, le parti Wafa avait publié, au préalable, un communiqué le 17 décembre, appelant à la démission du ministre de la Justice, -le très contesté- Noureddine Bhiri.

Ayant été pressenti comme nouveau ministre de la justice, Abderraouf Ayadi (SG du parti Wafa) n’aurait accepté ce poste, selon Nacer Brahmi (membre du parti Wafa) que si le programme de réforme proposé par Wafa est intégré, chose qui aurait été visiblement refusée.

Les négociations de la part d’Ennahdha ont été également entamées deux mois plus tôt avec le bloc Liberté et Dignité selon le député Abderrazak Khallouli.

La Troïka cherche de nouveaux alliés avant les prochaines élections, sauf qu’avec sa position dominante, ce partenariat avec elle ne pourra être que superficiel sans prendre en considération notre programme.

Par ailleurs, M. Khallouli s’est abstenu de nous parler des postes au sein du gouvernement Jebali qui auraient été proposés au bloc Dignité et Liberté, présidé par M. Néjib Hosni.

Refusant de faire partie de la coalition au pouvoir “pour la forme“, les deux blocs parlementaires Wafa et Liberté & Dignité, resteraient donc à l’écart.

Remaniement ministériel et enjeux législatifs

En conséquent, mise à part le récent changement partiel effectué au niveau du ministère des Finances, qui a été confié au ministre du tourisme M. Elyes Fakhfakh, le remaniement ministériel et la recomposition de la coalition au pouvoir, notamment à l’ANC, restent encore incertains. En attendant la délibération du Conseil de Choura du parti Ennahdha qui s’est réunit hier 23 décembre, pour discuter de la nouvelle composition du gouvernement, le ministre de la Justice reste le plus contesté, que ce soit par la société civile, les partis de l’opposition ou même par l’Association des Magistrats Tunisiens (dont les membres dépassent 1500 juges) qui accuse M. Noureddine Bhiri d’avoir mis la main sur le pouvoir judiciaire.

Le parti Ennahdha réussira-t-il à avoir de nouveaux alliés, outre son partenariat avec Ettakatol et celui du CPR de plus en plus fragilisé ? Quelles seraient les nouvelles alliances du bloc démocratique ?

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[1] Visitez le site www.marsad.tn pour plus d’informations

[2] Selon l’article 6 de la Loi constituante n° 2011-6 du 16 décembre 2011, relative à l’organisation
provisoire des pouvoirs publics prennent la forme de lois organiques les textes relatifs à :
– L’adoption des traités,
– L’organisation de la justice,
– L’organisation de l’information, de la presse et de l’édition,
– L’organisation des partis politiques et leur financement, des associations, des
organisations non gouvernementales et des ordres professionnels,
– L’organisation des forces de l’armée nationale, à l’exception des statuts
particuliers qui sont pris par arrêté républicain, Traduction non officielle par Democracy Reporting International – 6 janvier 2012 – (DRI ne garantit
pas l’exactitude de cette traduction).
– L’organisation des forces de sécurité intérieure, à l’exception des statuts
particuliers qui sont pris par décret,
– Le système électoral,
– Les libertés et les droits de l’homme, le droit au travail et le droit syndical,
– Le statut personnel.