"Microcosme", Assemblée Nationale de la Constituante, Le Bardo. 10 décembre 2011. Photographie Hamideddine Bouali

“Microcosme”, Assemblée Nationale de la Constituante, Le Bardo. 10 décembre 2011. Photographie Hamideddine Bouali

Le projet d’amendement du règlement intérieur de l’assemblée nationale constituante tant attendu est enfin à l’étude. Mais malheureusement, la plus importante mesure pour rendre cette constituante un peu plus efficace, à savoir remédier à l’absentéisme des élus, n’a pas été réellement prise ; puisque le projet présenté ne prévoit des sanctions qu’au bout de trois absences injustifiées consécutives. Autrement dit, l’élu peut s’absenter deux fois sans raison, et sans être sanctionné, fait inacceptable pour un fonctionnaire qui a de lourdes responsabilités.

D’autre part, si sa troisième absence est justifiée, il peut s’absenter à nouveau deux fois sans devoir fournir de justificatifs ; ce qui signifie que les élus sont encouragés à rester chez eux pour laisser le champs libre aux manipulateurs, qui peuvent ainsi avoir une majorité confortable ; puisque ces élus absentéistes sont les démocrates ; les élus nahdhaouis, eux, sont quasiment jamais absents ; d’autant plus qu’on fait tout pour corrompre les élus, à travers l’augmentation de leurs primes par exemple, et les convaincre de ne pas trop se mêler de ce pourquoi ils sont élus : la constitution.

Imaginez le nombre de lois « pro-troïka » adoptées à cause de l’absence des élus démocrates ? Comme le renvoi du P.D.G de la banque centrale, Mr Nabli : aurait-on eu la majorité requise pour le licencier, si tous les élus démocrates étaient présents ? Une telle défaillance ne pourrait-elle pas être considérée comme une haute trahison ? Puisqu’ils ont trahi la confiance de leurs électeurs ; et quelle validité aurait une constitution adoptée dans de telles circonstances ? Ceci est vraiment trop grave, et il est étonnant que ces élus n’aient pas compris ces manipulations.

Pour couronner le tout, maintenant que les discussions sérieuses sur les différents articles de la constitution vont commencer, le projet d’amendement du règlement restreint énormément la liberté d’expression des élus, et octroie au président de l’Assemblée les pleins pouvoirs pour décider de les sanctionner si nécessaire, sans qu’ils puissent se défendre, et sans droit de réponse.

Sachant parfaitement qu’une constitution extrémiste, ou “boiteuse”, ne passera pas, car elle devra être adoptée par la majorité des 2/3 des élus, tous ces nouveaux règlements controversés, sont probablement une nouvelle tentative désespérée d’Ennahdha pour gagner du temps, et retarder l’échéance électorale coûte que coûte. Après tout le rapporteur général de la constitution, ne vient-il pas justement de réclamer un break (fosha) ? Alors que les tunisiens attendent et que le pays est encore traversé par une vague de contestations et de grèves ?

Aujourd’hui, 4 janvier, par exemple, les habitants de Redeyef (Gafsa) sont entrés en grève générale, et une manifestation a été organisée à Kasserine pour réclamer l’emploi et le développement ; alors que des protestataires revendiquent leur droit au travail et la réhabilitation de leurs logements, dans une délégation du Kef (Barnoussa).

Une pause ? Comment osent-ils parler de pause, quand des gens se nourrissent d’herbe pour ne pas mourir de faim, quand la relance économique se fait attendre, que le développement est en sursis, et que le déficit se creuse à cause de la méfiance des investisseurs, et de cette constitution qui traîne ?

Voilà des questions dont les réponses sont connues d’avance. Toutefois, la question qui se pose réellement, et dont la réponse est inconnue, est : les Tunisiens supporteront-ils un second 23 Octobre, et la société civile, dont l’U.G.T.T, leur accordera-t-elle un autre break ?