Le regard tourné vers le hors-champ, on dirait perdu. Peut-être là où se repèrent, quelque part au loin, des radeaux de fortune souvent en détresse. Là, dans le Sud de la Tunisie, l’horizon se fait décidément funèbre. Sur ce littoral qui serait un des tremplins vers leur paradis européen, la mer recrache des dizaines de vies. Entre les dépouilles de migrants noyés en Méditerranée, et la mort qui rôde dans cette zone franche, il n’est plus tout à fait question de sauver les fantômes des eaux. À une soixantaine de kilomètres des frontières libyennes, rien de ce terrain inculte ne semble avoir changé, hormis peut-être le peu de verdure qu’il en reste et un relief de sable et de pierres, blanchi par le soleil. Nous sommes en fait à Errouis, près de Zarzis, aux avant-postes du drame, à l’endroit d’un cimetière improvisé. Sans compassion facile, les images que tire Kamel Moussa de ce Cimetière des Inconnus ne parlent pas d’elles-mêmes ni, surtout, depuis nulle part.