Ce jour du 10 décembre le soleil de Gaafour brillait de mille feux sur toute la Tunisie. Dans ce froid matinal de Guerra[1]  saisonnière, il réchauffait les cœurs et pansait les blessures laissées par tant d’années de justice déniée.

Une scène surréaliste s’offrait à nos regards incrédules : une imposante escorte policière ouvrait le cortège de jeunes et de moins jeunes venus de Gaafour et d’ailleurs, conduits par le maire, venus déposer une plaque commémorative inaugurant le nouveau site de mémoire de la ville, le Musée contre la torture installé dans les locaux de l’ancien commissariat de police, là où, un certain 8 mai 1987, Nabil Barakati décédait sous les coups de ses tortionnaires. Des majorettes précédaient le cortège au rythme de «Oh when the saints, go marching in», le traditionnel chant funèbre folk de New Orleans.