Bien que confiné dans l’étroitesse de son format, Angle mort s’impose sans conteste comme un film fort et nécessaire. Délaissant pour un temps le terrain de la fiction où il a donné de bonnes propositions comme La Laine sur le dos, et de moins bonnes à l’instar de Demain dès l’aube, Lotfi Achour signe son premier documentaire animé. C’est un court-métrage d’une rare justesse et d’une grande maturité, à la finalité et la démarche salutaires. Car dans la Tunisie post-révolution, où la justice transitionnelle n’est pas à l’abri des dérives, le fantôme des crimes d’État et de l’impunité systémique est plus que jamais présent. Centré sur un nom et une voix, ceux de Kamel Matmati, le film s’empare d’un cas des plus emblématiques de disparition forcée. Il s’élève contre le risque d’ensevelir l’histoire et la mémoire des victimes de la dictature, en en déconstruisant les usages politiques qui ne font qu’enterrer davantage leurs récits et consacrer par conséquent toute une culture de l’amnésie. Il faut voir ce court-métrage – en attendant le long.