Une manifestante face a un policier à Tunis le 9 avril 2012. afp.com/Fethi Belaid

Le matin du 9 Avril, je me rends en famille à rue Habib Bourguiba, pour prendre un café sur la place. Bien sûr, on savait qu’une manif était prévue et on comptait y participer à rue Mohammed Ali. Une demie heure plus tard, un peu avant 10 heures, nous entendons des clameurs et des coups de sifflets venant du coté du théâtre. Surpris de voir, la manif déjà à rue Habib Bourguiba où il était théoriquement interdit de manifester, nous rejoignions la foule qui doit se composer de quelques centaines de personnes. Comme elle était précédée d’une rangée de policiers, je les suppliais de nous permettre d’avancer. Les policiers m’ont répondu très poliment « Mais bien sûr madame, nous sommes avec vous aujourd’hui !». Naïvement, je les ai crus, vu que le 20 Mars ils étaient vraiment avec le peuple.

Quelques mètres plus loin, quelqu’un crie « lacrymo » ! Je trouvais cela étonnant, car j’étais en première ligne et je ne voyais aucune trace de gaz lacrymogène. E n regardant en arrière je m’aperçois qu’effectivement une fumée s’épaissit, en plein milieu de la foule et des cris. A ce moment-là, je ne comprenais toujours pas ce qui s’est passé. Je ne comprenais pas que la police a utilisé la ruse pour nous attirer dans un guet apens, nous encercler et nous arroser de gaz lacrymogène. Pourquoi ne nous ont-ils pas simplement empêchés d’emprunter la Rue Habib Bourguiba depuis le départ ?

Quoiqu’il en soit il fallait courir, ce que nous avons fait. Malheureusement, un jeune policier me pousse violemment par terre, et un autre me lance une chaise, qui heureusement ne m’atteint pas sur la tête, mais sur le dos. Sur le coup on ne réalise pas, mais par la suite je m’aperçois que mon bras que je bougeais difficilement me faisait très mal.

Quand à cette histoire de Molotov, j’atteste et je confirme, ce sont des mensonges. Il n’y avait pas trace de Molotov et je trouve honteux qu’un ministre qui se dit « islamique » mente aussi effrontément. Personne n’a enfreint la loi non plus, et il n’y avait aucun perturbateur parmi nous et tout ces scénarios que le ministre a essayé désespérément d’imaginer hier sont une honte. J’avais honte hier soir de voir notre ministre débiter de telles niaiseries. Comment ont-ils pu oublier si vite leur propre matraquage ? J’étais là et j’ai tout vu, et rien de ce qu’il a dit n’est vrai. Cette bassesse me prouve encore plus que nous sommes à la veille d’une dictature bien plus dangereuse que celle de Ben Ali. Pour cette raison et pour l’avenir de nos enfants, nous sortirons encore dans les rues le 1er Mai et les jours suivants, et nous nous battrons pour empêcher ceux que nous avons libérés de nous bâillonner.