Elles sont nombreuses, et de tout âge, devant le siège de la délégation de Jebiniana, qui compte plus de 44 000 habitants. Certaines portent leurs jeunes enfants dans les bras. A vu d’œil, elles seraient même bien plus nombreuses que les hommes. Et cela, n’étonne personne. « Bien sûr qu’il y a plus de femmes, puisque ce sont elles les premières victimes de la misère », rétorque Wassila, venu réclamer une augmentation de salaire.

Les ouvrières de chantiers sont payées 236 DT, tout ce que nous demandons est d’aligner notre salaire à celui du SMIC, soit 316 DT

« Les ouvrières de chantiers sont payées 236 DT, tout ce que nous demandons est d’aligner notre salaire à celui du SMIC, soit 316 DT ». Elles sont là depuis une dizaine de jours et n’ont pas l’intention de laisser tomber, tant la colère est grande. « Qui s’inquiète pour la facture d’électricité non-payée ? Qui s’inquiète pour son fils qui ne pourra pas remplacer ses chaussures déchirées ? Qui s’inquiète de ne pas pouvoir préparer un repas pour ses enfants ? Les femmes ! », lance Selma, les yeux fatigués et soucieux. Les promesses des autorités, serinées comme un disque rayé, n’ont fait que remuer le couteau dans la plaie.