Wissem se souvient de tout. Il portait trois vestes et deux pantalons. Pas pour avoir des vêtements de rechange une fois arrivé en Italie, non. Juste parce qu’il avait une angine et qu’il avait froid, ce 10 février 2011, quand il s’est embarqué sur le Raïs Ali, bateau de pêche tunisien qui devait le conduire vers l’Italie. Wissem est un survivant d’un naufrage parmi tant d’autres en Méditerranée. Il raconte l’envie de partir, la préparation du voyage, les espoirs qui ne meurent pas d’atteindre un jour les côtes de l’Europe.

C’est passer ou mourir. Il n’y a pas le choix. En Tunisie il n’y a plus d’espoir.

Wissem dépeint la même situation que celle de tous ces jeunes qui quittent l’Afrique à cause d’un conflit, d’un pouvoir dictatorial, d’un contexte économique critique, ou simplement parce qu’eux aussi ont envie de découvrir le monde. Sauf qu’à un moment donné Wissem arrête de raconter. Ce voyage était sa quatrième tentative de rejoindre l’Europe. « Passer ou mourir. » Mourir dans un naufrage, oui. Mourir de la main d’un homme, non. Car le naufrage du bateau sur lequel il se trouvait a été provoqué par l’abordage d’un navire de l’armée tunisienne.