Lotfi-Abdelli

Intelligent, cultivé, populaire, artiste polyvalent et engagé, Lotfi Abdelli a le profil idéal pour postuler au poste du Président de la République. En 2019, l’humoriste made in Tunisia aura 49 ans, soit un an de plus que l’actuel Premier ministre canadien, Justin Trudeau et deux ans de plus que Barack Obama, quand il a été investi comme 44e président des Etats-Unis. C’est quand même l’âge de la raison !

« Pendant 20 ans, je vous ai fait rire, je vous promets que si je deviens président, je ne vais pas vous faire pleurer », avait déclaré le comique Jimmy Morales, 46 ans, lors de la campagne présidentielle 2015 au Guatemala.

Ironie du sort, le dimanche 25 octobre dernier, les Guatémaltèques ont répondu en masse à l’appel de l’humoriste, comédien et animateur de télévision, en l’élisant comme nouveau président de leur République.

Ce charismatique comique a, en effet, été plébiscité de 68 % des voix lors du second tour qui l’opposait à Sandra Torres, ex-première dame du pays, selon des résultats officiels portant sur 96,3 % des suffrages exprimés. Alors, pourquoi pas chez-nous en 2019 ?

Jimmy Morales

Le comique et actuel Président du Guatemala, Jimmy Morales.

Entre danse contemporaine, cinéma, théâtre et sitcoms télévisés, Lotfi Abdelli ne laisse personne indifférent. Certes en tant qu’Artiste accompli, il n’a plus rien à prouver, mais en tant que leader d’opinion, ses sorties sur les plateaux télévisés et ses vidéos ont révélé au grand public un personnage engagé qui se place toujours du côté du peuple contre l’establishment politique.

Entre le 17 décembre 2010 et le 14 janvier 2011, durant le soulèvement populaire, les Internautes se souviennent de sa célèbre vidéo « Ben Ali, dégage ! » postée sur le réseau social, Facebook. L’humoriste n’est pas allé par 4 chemins en qualifiant l’ex-président de la République de « vieux clown périmé » et en le sommant de quitter le pays et d’arrêter les massacres contre le petit peuple.

Et le 28 janvier 2011, il était aussi présent dans le sit-in de la Kasbah I pour demander la démission de Mohamed Ghannouchi.

Très critique durant le règne de la Troïka, le natif de la médina de Tunis n’a épargné personne. On se souvient de son soutien aux journalistes tunisiens dans leur grève générale, le 17 octobre 2012.

Grand défenseur de la liberté d’expression sous nos cieux, le franc-parler de Lotfi Abdelli a fini par pousser le nahdhaoui Samir Dilou , ex-ministre des Droits de l’homme et de la Justice transitoire et porte-parole du gouvernement, dans les gouvernements Jebali et Larayedh, à quitter le plateau de “Bila Moujamala” sur Hannibal TV.

Le 23 juillet 2013, durant le mois du ramadan, en compagnie du musicien Bayrem Kilani, alias Bendir Man, Lotfi était parmi les milliers de citoyens tunisiens qui ont participé au sit-in du Bardo pour demander le départ de la Troïka.

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Direct, fonceur et franchouillard, Abdelli n’a pas froid aux yeux . Et ses mots dérangent et vont toujours droit au but. Son humour acide agace les politiques, comme en témoignent aussi les départs du dirigeant CPR et lieutenant de Mohamed Moncef Maerzouki, Tarek Kahlaoui, ex-Directeur général de l’Institut Tunisien des études stratégiques (ITES) et du journaliste de Zitouna TV Mokdad Mejri du plateau « Attasiaa Masaa » (neuf heures du soir) de Moez Ben Gharbia sur Ettounsia TV (El Hiwar Ettounsi, actuellement).

Lotfi Abdelli au sit-in du Bardo, été 2013.

Lotfi Abdelli au sit-in du Bardo, été 2013.

Et si tourner en dérision l’ex-président de la république, Zine el Abidine Ben Ali est devenu un sport national, surtout après son départ vers l’Arabie saoudite, Lotfi Abdelli ne s’est pas arrêté à ce stade.

En effet, touts ceux qui ont succédé à Z.A.B.A. ont subi le même sort que leurs prédécesseurs. De Foued Mbazaâ jusqu’à Béji Caïd Essebsi passant par 3M (Mohamed Moncef Marzouki), l’enfant terrible du petit et grand écran n’a cessé de « démystifier » le personnage du Président de la République que ce soit dans sa pièce de One-Man-Show « Made in Tunisie » ou à travers des sketchs improvisés via des Talk-shows télévisés comme c’était le cas, récemment, sur le plateau « 24/7 » chez Myriam Belkadhi (El Hiwar Ettounsi) en critiquant le baiser du dramaturge Moncef Souissi sur le front président de la République. Alors pourquoi ne pas voir Lotfi Abdelli dans la peau d’un candidat pour la présidentielle de 2019 ?

Un peu partout dans le monde, les exemples d’humoristes et de comiques qui ont franchi le Rubicon de l’univers politique sans assez nombreux. Outre le récent cas du guatémaltèque Jimmy Morales, tout le monde se souvient, sans aucun doute, de la candidature de Michel Colucci, alias “Coluche”, lors de l’élection présidentielle française de 1981. Une intiative qui avait ouvert la voie à d’autres maîtres du rire.

Manifeste-Coluche

Manifeste de Coluche lors de la campagne présidentielle 1981.

Bien évidement, en postulant pour la Magistrature suprême, l’homme à la salopette avait révélé aux Français le fait qu’il y avait vraiment une proportion de gens qui se sentaient mal représentés.

Candidat « pour rire » au début, Coluche amuse beaucoup moins lorsqu’un sondage le crédite de 16 %. La classe politique se raidit et l’humoriste finit par subir des menaces, souligne un édito de bienpublic.com.

Il suffit de consulter les journaux de l’époque pour mesurer l’onde de choc et le malaise provoqués par une telle aventure.

C’est chose faite en cette morose fin d’année 80 : le chômage commence à miner les soubassements de la société française et au début du mois, un attentat antisémite rue Copernic a encore alourdi le climat. Le moment est crucial puisque ce coup médiatique – annoncé depuis plusieurs mois – survient en plein « raidissement » du pouvoir en place. En effet, après avoir été suspendu d’antenne sur RMC, Coluche est censuré par l’ensemble des médias sur consigne de l’Elysée. Avec cette campagne, il trouve le moyen d’occuper la scène d’une façon inattendue, lit-on sur bienpublic.com.

Drôle de similitude entre l’ambiance générale qui régnait dans la France de 1980 et la Tunisie d’aujourd’hui. Alors Lotfi, pourquoi ne pas suivre la pas de Coluche et devenir le candidat d’une Tunisie « désabusée », le candidat des marginaux et des laissés pour compte ?

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La Une du journal satirique HARA-KIRI

Toujours dans le vieux Continent, pas loin de l’hexagone, il suffit de franchir les Alpes pour entendre parler du « Movimente Cinque Stelle, M5S » (Mouvement 5 étoiles), fondé à Gênes le 4 octobre 2009 par l’humoriste italien Beppe Grillo et Gianroberto Casaleggio dans le sillage du mouvement des Amis de Beppe Grillo, actif depuis 2005. Il se qualifie d’« association libre de citoyens ».
En 2013, lors des élections générales italiennes, le mouvement obtient plus de 23,5 % au Sénat, presque autant que la coalition du Parti démocrate, et plus de 25,5 % à la Chambre des députés, où il frôle le score du même parti (total Italie et circonscriptions étranger).De ce fait, les « Grillini » obtiennent l’élection de 163 parlementaires, à leur première expérience électorale.

L'humoriste italien, Beppe Grillo avec un casque estompé avec l'emblème du « Movimente Cinque Stelle, M5S »

L’humoriste italien, Beppe Grillo avec un casque estompé avec l’emblème du « Movimente Cinque Stelle, M5S »

Humoriste, acteur de théâtre, de cinéma, ou de télévision, provocateur, blogueur et agitateur d’idées, Beppe Grillo a, également, animé deux journées populaires en Italie, le « V-Day » pour Vaffanculo (« va te faire foutre ») en 2007 et le V2-Day en 2008. Voilà un profil pas si loin de celui de notre Abdelli national !

Alors Lotfi, ça ne te tente pas une telle aventure? Après tout, un Président de la République avec ton humour décalé et tes critiques acerbes, les Tunisiens ne risquent pas de s’ennuyer… Spectacle garanti!