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Deux opérateurs de téléphonie mobile se donnent en spectacle pour le plus grand bonheur d’un public non averti.  Le clash entre Ooredoo et Tunisie Télécom enflamme la toile depuis quelques semaines. Certains applaudissent « le génie, la créativité » et l’effort esthétique déployés tandis que les moins impressionnés renvoient tout cela à « un coup marketing » dans un secteur innovant et prospère. La guerre des spots entre l’opérateur qatari et son concurrent national alimente un débat passionné chez les internautes. Que recèle-t-il en réalité ?

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« Le génie et la créativité » du spot d’Ooredoo ne sont en réalité qu’une pâle copie du concept de la série télévisée française Bref, qui met en scène, depuis 2011, des anecdotes ou des brèves sur la vie d’un trentenaire célibataire. Mais la charge est frontale. C’est l’histoire d’un abonné « Papaphone » -qui reprend la charte graphique de Tunisie Télécom- qui subit toutes les mésaventures possibles et imaginables d’un client : de l’accueil désagréable, à l’attente interminable en passant par la publicité mensongère. Tunisie Télécom se prête alors au jeu et rapplique avec un slogan « Leorido » [je n’en veux pas]1, mettant en scène une fausse rousse infidèle qui subit les remontrances cyniques de Hichem Rostom jouant son propre rôle.

Mais derrière le cliché du citoyen simplet écrasé par un service public incompétent ou celui de la nymphomane séduite par les pétrodollars, se cachent les difficultés des deux opérateurs à accroitre leurs profits dans un marché désormais saturé. La Tunisie compte 15 millions d’abonnés2, pour une population inférieure à 12 millions d’habitants.

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Un marché saturé, reconnaît le ministre !

La question du profit serait le réel fond du problème. Selon les déclarations de Anouar Mâarouf, ministre des Technologies de l’information, de la communication et de l’économie numérique, « Il faut que la guerre des prix s’arrête pour redresser la barre, la valeur globale du marché des télécoms a chuté ». Avec trois opérateurs qui modulent les prix des communications à souhait, le secteur de téléphonie se trouve en crise. La seule façon de remédier à cette situation serait de fixer des modalités sur « les prix des terminaisons d’appels entre les opérateurs ». La terminaison d’appels est le coût de transmission facturé par un opérateur à un autre pour faire transiter ou terminer l’appel sur son réseau.

La guerre des spots est suffisamment sérieuse pour que réagisse le ministre en personne. Pour Mâarouf, le clash n’a pas lieu d’être. Il tente de minimiser sa portée en jouant l’équilibriste. Il reconnait ce que les PDG des trois opérateurs et leurs services de communication tentent de dissimuler :  « Les trois opérateurs sont à positions égales, le marché des télécommunications est saturé », explique le ministre, avant d’ajouter que « le secteur n’est pas prédisposé à recevoir de nouveaux opérateurs publics ».

Par ailleurs, le ministre réfute la rumeur selon laquelle l’opérateur français Orange aurait décidé de quitter le pays : « la compagnie est un acteur principal dans le marché des télécoms ; nos partenaires veulent investir davantage dans le secteur des télécommunications ».

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Autre signe de la crise de la téléphonie mobile : l’augmentation vertigineuse du nombre des offres commerciales envoyées par SMS aux abonnés. Matin, midi et soir, au travail, dans la rue ou au foyer, les clients des trois compagnies sont bombardés de propositions toutes plus coûteuses les unes que les autres. Toujours plus d’abonnements à tarifs réduit, de forfaits renouvelés automatiquement, de retraits de 400 millimes par jour, ou encore d’offres à 1 dinar. Le matraquage frise le racket.

les signes de fébrilité dans le secteur de la téléphonie mobile ne manquent pas. Début octobre, Ooredoo déclenche les hostilités à coup de pub mais opère aussi une purge dans son département des ventes. Orange agite l’épouvantail du départ et agit en coulisse pour consolider la position dominante de Marouene Mabrouk,  tandis que Tunisie Télécom s’aventure dans des rachat hasardeux, comme celui de Go Malta.

Notes

  1. Jeux de mots entre Ooredoo [je veux] et Leorido [je ne veux pas].
  2. Source: Mincom.