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Joint Special Operations Command. Source : http://www.socom.mil

Ayant eu le feu vert de l’administration sortante de Barack Obama pour établir une base secrète au Moyen-Orient, le Commandement des Opérations Spéciales de l’Armée américaine (JSOC) renforce sa mission antiterroriste à l’étranger. Le vendredi 25 novembre, le Washington Post annonce l’initiative du gouvernement américain qui vise à « élargir les pouvoirs de l’unité élite militaire pour chasser les combattants étrangers au niveau mondial ».

« Actuellement un outil d’attaque clé employé par les commandements militaires régionaux, le JSOC va devoir diriger une nouvelle force de renseignement multi-agences et d’action ». Tel est le but de cette structure, nommée le Counter-External Operations Task Force, ou tout simplement « Ex-ops », qui sera implantée à l’étranger pour mener des opérations de renseignement et d’attaque de manière « transrégionale ».

Puis le 29 novembre, le journal The Daily Beast précise : le JSOC « lance un nouveau centre anti-terroriste dans un lieu tenu secret au Moyen-Orient». Selon d’autres responsables américains, sous couvert d’anonymat, le projet comprend l’extension d’un site existant et vise à servir de « plateforme permanente de partage d’information », tout comme les centres de fusionnement en Iraq et Afghanistan, développés dans système militaire « counter-network ». Ce dernier consiste en un réseau de renseignement, disposant de drones, satellites, ressources humaines, pour préparer les opérations d’attaque.

Le secrétaire de la Défense américain Ashton Carter, qui a approuvé cette initiative, y aurait déjà fait allusion en octobre lors d’une conférence à Paris avec d’autres ministres de la défense. Accompagné par le Général Tony Thomas, chef du Commandement, Carter aurait annoncé que le JSOC a été chargé de la recherche et de la capture des combattants étrangers. Dorénavant, Thomas sera libéré de toute la chaine hiérarchique de commandement et directement attaché à la Maison Blanche. Selon un ancien haut gradé, « Maintenant [Thomas] peut demander ce qu’il veut et…à moins qu’il y ait une autre priorité plus importante, les militaires sur le terrain doivent s’exécuter ».

Ce n’est pas la première fois qu’on entend parler de l’augmentation de pouvoir du JSOC. Dès sa première année au pouvoir, l’administration Obama a attiré l’attention des médias par rapport au renforcement de ce corps antiterroriste et son rapprochement de la Maison Blanche. « Le JSOC est-il une agence de renseignement ou une unité de l’armée ? » demande The Atlantic en Décembre 2009.  Retraçant la trajectoire du JSOC depuis sa fondation en 1980 jusqu’aux gouvernements de Bush et Obama, le journal souligne la politisation de l’unité, considérée comme « le commandement d’opérations spéciales qui se substitue à la CIA ». Un constat qui sera repris par Sean Noonan, employé de la société de renseignement Stratfor, dans un échange de courriels fuité par Wikileaks : « Ce n’est pas nouveau », écrit Noonan. « Les missions du JSOC ne sont pas soumises à un décret présidentiel examiné par le Congrès, comme c’est le cas pour toute action secrète de la CIA. » En 2011, la presse américaine annonçait la création d’un nouveau centre de « fusionnement », où l’élite militaire des opérations spéciales allait collaborer avec des responsables de plusieurs agences américains (le FBI, la Sécurité intérieure, entre autres) dans un seul local quelque part près du Pentagone.

L’extension des pouvoirs du JSOC est dévoilée moins d’un mois après que des responsables américains aient confirmé  « ouvrir la voie » pour une base de drones armés en Tunisie. Alors que le ministère de la Défense a démenti cette révélation, en précisant que la coopération entre les deux pays se limite à une assistance d’entraînement militaire et de contrôle des frontières, des documents fuités par Nawaat en mars 2016 mettent en évidence la tenue de négociations sécrètes pour une base militaire américaine sur le territoire tunisien. Béji Caid Essebsi, le 22 novembre, s’était vanté d’avoir lui-même autorisé les drones américains d’opérer depuis la Tunisie. Si toutes les parties prenantes, y compris la Tunisie, tentent de minimiser la nature de leur participation à la lutte antiterroriste menée par le gouvernement américain, sa globalisation parait inévitable. Comme l’a remarqué un responsable au Washington Post concernant le JSOC, « Cela dure depuis un bon moment. Là, tout simplement, on lui donne des stéroïdes ».