C’est un simple mouvement, assez ample néanmoins pour dire de quoi Demain serait fait : en même temps qu’elle prend de la hauteur, la caméra abandonne le corps perché du haut de l’immeuble sans le perdre de vue. Le cadre desserré, le point de vue devient distant,  mais pas indifférent pour autant. Ce n’est pas un dénouement, bien qu’on y pense. L’on trouverait peut-être dans ce travelling arrière une manière de sceller un sens du recul devant un personnage capable d’aller jusqu’à payer de sa vie mais qui, dans sa bulle, n’en reste pas moins au bord du précipice. C’est l’un de ces pères aux failles enfouies, que le cinéma tunisien a fait revenir depuis 2011. Bien que ce premier film de Dhafer L’Abidine capitalise en effet sur l’ambition de tailler, dans le morne tissu des dix dernières années, une fiction des talons d’Achille de la post-révolution, il ne faut pas chercher loin son écueil : s’il a les moyens de ses fins, il n’est pas sûr qu’il en a l’intelligence.