Nous prenons acte du droit de réponse de Madame Ben Sedrine. Et si nous contestons sa lecture de notre article, nous réaffirmons notre solidarité à son égard face à l’acharnement judiciaire dont elle est actuellement l’objet.
Avant la rédaction et la publication de cet article, Madame Ben Sedrine a été contactée pour un entretien. Elle n’a pas donné suite à notre requête, invoquant sa fatigue ; ce que nous comprenons aisément, au vu de sa situation. Mais c’est par sa volonté que cet article a donc été rédigé sans sa version directe des faits, rendant d’autant plus infondée l’accusation d’un texte construit pour la charger. Les deux personnes interrogées dans l’article, son avocat et la sociologue Najaat Araari, y prennent d’ailleurs toutes deux sa défense, sur le plan juridique comme sur le plan méthodologique.
Sur le fond, parler de « sandwich de crédibilité » suppose que rappeler un parcours militant, citer des sources contradictoires et exposer des critiques documentées, relèverait de la manipulation. Bien au contraire : un article qui ne présenterait que sa version ne serait pas un travail journalistique, mais un simple communiqué. Rendre compte des tensions internes à l’IVD et des critiques sur sa gestion n’est pas « ressortir de la naphtaline » certains dossiers. Ce sont des éléments publics qui font partie du contexte du verdict. Les passer sous silence aurait été faire preuve de malhonnêteté.
Écrire que sa personnalité controversée n’implique pas la solidité juridique des accusations n’est certainement pas une concession gênante, encore moins la preuve que notre journaliste « détruirait son propre argumentaire ». C’est la ligne que l’article trace explicitement entre le registre judiciaire et le registre réputationnel. Deux registres qui coexistent dans le débat tunisien depuis des années, et que nous n’avons pas inventés.
S’agissant du paragraphe sur la BFT, la version de son avocat est intégralement rapportée dans l’article, avec attribution nominative. Dire que cet argument a été occulté est donc factuellement inexact.
Quant au conditionnel et aux sources non identifiées, ce sont les règles ordinaires du métier quand une information ne peut, à ce stade, être confirmée par une source nommée. C’est un choix de prudence, pas de lâcheté.
L’intelligence artificielle n’a été en aucun cas utilisée pour “défigurer” ou altérer son image en vue de servir un récit dépréciateur. Les traits du portrait n’ont été en aucune manière retouchés. Seules les couleurs ont été traitées dans un souci d’intégration graphique. Le cahier et la mention “25” ont été rajoutés dans notre visuel pour illustrer le verdict.
Nawaat a toujours défendu les droits et les libertés, tout autant que la justice transitionnelle. Nous avons toujours consacré une place importante à la question mémorielle, et aux libertés dans nos choix éditoriaux, comme l’attestent nos travaux sur les prisonniers politiques d’hier et d’aujourd’hui.
Notre article s’inscrit pleinement dans cette ligne. Ce qui nous a semblé important à documenter, c’est le narratif instrumentalisé par le pouvoir pour prétendre à une légitimité de poursuites et de verdicts qui bafouent l’État de droit. Tout en exprimant notre indignation et notre solidarité face à l’injustice que subit Sihem Ben Sedrine, nous avons le devoir d’éclairer nos lecteurs sur les péripéties qui ont conduit à cette situation et à la fragilisation du processus de justice transitionnelle.
Toutefois, le droit de réponse de Madame Ben Sedrine dépasse, par endroits, la contestation légitime de notre lecture journalistique pour se transformer en une mise en cause globale de Nawaat, de son équipe et de son intégrité éditoriale. Nous le regrettons d’autant plus que Nawaat a consacré, ces dernières années, de nombreux portraits et enquêtes à des prisonniers politiques, des opposants et des figures de la société civile, poursuivis sous le pouvoir de Kais Saied.
Tous nos travaux ont été réalisés selon les mêmes principes : documenter les faits avec rigueur, rappeler les parcours lorsqu’ils éclairent le contexte, dénoncer l’absence des garanties d’un procès équitable, sans jamais renoncer à notre indépendance éditoriale ni substituer le plaidoyer au travail journalistique. La solidarité avec une personne victime d’une justice instrumentalisée n’a jamais signifié, pour Nawaat, l’abandon de la distance critique, de la vérification ou de l’exigence d’objectivité.
En tant que journalistes, notre travail consiste à dire toute la vérité, y compris ses aspects déplaisants. Notre démarche porte aussi le souci d’une confiance large du public, nécessaire à la réussite de tout processus de justice transitionnelle. Mais comme le promet notre devise, « pour y voir plus clair », notre premier engagement demeure envers nos lecteurs.




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