La tortue marine a toujours servi d’indicateur des équilibres de l’écosystème marin, grâce aux données importantes qu’elle fournit aux chercheurs. Malheureusement, cette spécificité n’a pas permis à cette espèce de vivre et de se reproduire tranquillement sur les côtes tunisiennes. La pêche excessive et la pollution, auxquelles s’ajoutent des croyances populaires selon laquelle ces tortues guériraient certaines maladies incurables et associées à de la sorcellerie, en ont fait une espèce menacée d’extinction, malgré les efforts considérables déployés par les militants et les associations écologiques pour sensibiliser le public.
Hédia n’aurait jamais imaginé que son combat contre la leucémie la mènerait à des choix douloureux. Les séquelles de sa maladie l’ont astreinte à un traitement long et éprouvant, où les moments d’espoir se mêlaient aux rechutes. Elle s’est soumise au protocole de soin, a suivi ses examens avec rigueur et attendu une amélioration qui lui apporterait un peu de réconfort. Mais au fil du temps, cette confiance commençait à s’ébranler peu à peu. Les médicaments ne produisaient plus l’effet escompté, et à ce stade où l’assurance scientifique s’estompe et se révèle incapable d’apaiser l’angoisse, elle décide, à l’instar de beaucoup d’autres, d’explorer des voies parallèles, où l’on fait appel aux mystères, et où la quête de la guérison s’étend au-delà des limites de la science.
Il ne lui restait plus qu’à essayer ces vieilles recettes toujours en vogue dans les milieux populaires de la région de Ghannouch, à Gabès. Et c’est ainsi qu’on lui a conseillé de consommer de la viande de tortue de mer « bon pour le cancer », lui assure-t-on. L’idée lui semblait étrange au départ, mais s’est vite imposée comme un recours envisageable, surtout en l’absence d’alternatives. Avec une certaine hésitation et beaucoup d’espoir, Hédia s’y est engagée, mue par le désir de saisir la moindre chance de guérison. Elle n’était pas la seule dans cette situation. De telles pratiques attirent nombre de patients : tous ceux qui n’ont pas trouvé dans la médecine une solution, espèrent trouver dans la superstition une lueur d’espoir. Hédia raconte à Nawaat :
En 2023, j’ai acheté de la viande de tortue marine auprès d’un intermédiaire qui traite avec certains pêcheurs, pour environ 50 dinars, et je n’en ai consommé qu’une petite quantité une seule fois. Mais j’ai appris par la suite, par le biais d’une association écologique, les risques d’intoxication liés à une consommation régulière de cette viande, alors j’ai immédiatement cessé d’en manger.
Zahira, originaire de la région de Nahal à Gabès, nous relate, à son tour, son expérience personnelle : « Il y a trois ans, j’ai décidé d’acheter de la viande de tortue marine après avoir entendu dire dans mon entourage qu’elle pouvait guérir la stérilité de mon mari, d’autant plus que la médecine n’avait pas réussi à apporter de solution à notre problème. » Elle explique : « J’ai obtenu cette viande auprès d’un pêcheur qui la vendait au noir à 100 dinars le kilo. » Elle avoue que la tentation était très forte, surtout dans son entourage familial et social.Il faut dire que les traditions et les croyances populaires dans ces milieux jouent, souvent, un rôle non négligeable face aux maladies incurables.

De la viande toxique vendue illégalement
Derrière ces cas isolés se cache un réseau plus vaste de pratiques illicites. En effet, selon des sources concordantes, il arrive que les tortues marines échouées sur les plages de la baie de Gabès soient abattues et vendues sur le marché parallèle, au lieu d’être remises à des associations ou aux autorités compétentes, et ce, à l’insu des structures de contrôle. Ces pratiques alimentent des croyances bien ancrées, présentant la tortue comme un « remède » contre les maladies incurables. Ce commerce génère d’importants profits financiers, alors que cet animal est déjà confronté à une double menace, humaine et environnementale, qui met en péril son existence : de la pollution à la pêche excessive et accidentelle, en passant par le changement climatique…
Interrogé sur l’évolution de ce fléau, Chettaoui Alaya, président du syndicat de la pêche côtière de la délégation de Ghannouch et membre du Conseil de développement de la pêche côtière traditionnelle, affirme que « les opérations d’abattage et de vente des tortues marines n’ont pas complètement cessé, bien qu’elles aient diminué ces dernières années. » Dans un entretien avec Nawaat, le responsable déclare que « des personnes qui ne sont ni des pêcheurs, ni des marins, se rendent sur les plages et égorgent les tortues mortes. Ils exploitent les croyances populaires sur leurs vertus contre la stérilité pour vendre leur chair à des prix exorbitants pouvant atteindre 110 à 120 dinars le kilo. » Il souligne :
Si les efforts des associations de protection des tortues et les mobilisations écologistes ont contribué à réduire ce fléau au cours des deux dernières années, il en reste toujours des cas isolés.
De son côté, l’Association pour la sauvegarde des zones humides du sud de la Tunisie a recensé des cas de consommation de viande de tortue pour les mêmes motifs susmentionnés. Ces réseaux exploitent, en effet, l’ignorance de la population quant aux risques liés à la consommation de viande de tortue, comme l’explique Nasser Ghellis, coordinateur des actions de terrain de l’association, dans une déclaration à Nawaat. « La pêche des tortues se fait actuellement de manière essentiellement accidentelle, indique-t-il. Cependant, on a vu des cas d’abattage délibéré, notamment parce que certains marchands profitent de la détresse des malades, ce qui fait que ces pratiques ne menacent pas seulement les êtres humains, mais constitue également une pression terrible sur les tortues marines. »
Des études scientifiques internationales ont révélé que la viande de tortue contient des polluants et des métaux lourds qui s’accumulent dans l’organisme humain. La consommation de viande de tortue est en effet associée à ce qui est appelé le chelonitoxisme, une intoxication alimentaire qui peut être mortelle et pour laquelle il n’existe aucun remède spécifique. Les études en question ont recensé plus de 62 cas d’intoxication à travers le monde, faisant plus de 2 400 malades et 420 décès, suite à la consommation de viande de tortue marine. Parmi ces cas, il a été enregistré en 2024 le décès de 9 personnes et l’hospitalisation de 78 autres à Zanzibar après avoir consommé cette viande. Des cas similaires ont également été signalés aux Comores et aux Philippines, provoquant des décès, dont celui d’un nourrisson suite à la transmission des toxines par le lait maternel[1].
Ces données montrent que les toxines accumulées dans l’organisme des tortues, à cause de la pollution de la chaîne alimentaire marine, ne disparaissent pas, même après la cuisson, ce qui rend leur consommation dangereuse pour la santé humaine. Ce qui démonte clairement les croyances relayées par certains réseaux louant les prétendues « vertus thérapeutiques » de cette viande, alors qu’elle peut en réalité être à l’origine d’intoxications et de décès.
La tortue marine est un indicateur écologique précis de l’écosystème marin, eu égard à son cycle de vie complexe et à sa longévité. Or des études scientifiques montrent que le taux de survie des jeunes tortues est très faible, car très peu d’entre elles atteignent l’âge de la maturité (20 à 30 ans). Seule une tortue sur 1000 naissances parvient à atteindre l’âge de la reproduction. Cela signifie que tout recul de leur population aujourd’hui n’aura des retombées qu’après plusieurs décennies, en raison de la longueur du cycle de régénération.
Cette fragilité biologique la rend particulièrement vulnérable à de nombreuses violations humaines, notamment celles causées par les équipements de pêche et les changements climatiques accélérés qui reconfigurent ses habitats marins.
Entre les filets de pêche et le changement climatique
Le recul du massacre des tortues ne s’expliquerait pas seulement par les campagnes de sensibilisation et la prise de conscience croissante des pêcheurs quant à leur importance écologique. Pour Hamed Mallat, contrôleur environnemental à la réserve naturelle et côtière de Kerkennah, membre de l’Association Kraten pour le développement durable, la culture et les loisirs, et chercheur en océanologie spécialisé dans l’étude et la protection des tortues marines :
Les pressions économiques, telles que la hausse du coût du matériel de pêche et le déclin des ressources halieutiques, ainsi que les ravages de la pêche non autorisée, poussent certains pêcheurs à considérer le sauvetage d’une tortue prise dans leurs filets comme un fardeau, dès lors que cela abime les filets, privant ainsi le pêcheur de son gagne-pain, tandis que la tortue meurt par asphyxie.
Hamed Mallat
Les tortues marines respirent par les poumons, comme les humains, ce qui les rend vulnérables à la suffocation si elles se retrouvent coincées dans des filets de pêche ou des déchets marins. Ce phénomène est particulièrement fréquent dans les petits villages côtiers, où certains pêcheurs s’adonnent à la pêche traditionnelle près des côtes. Les tortues se retrouvent alors coincées, incapables de remonter à la surface pour respirer, ce qui entraîne souvent leur mort. C’est le constat qu’a établi l’association Kraten à Kerkennah.
S’agissant des changements climatiques, leurs effets se répercutent directement sur le cycle de vie biologique des tortues marines, car la hausse des températures à l’intérieur des nids pendant la période d’incubation des œufs joue un rôle dans la détermination du sexe des petits. Des études montrent que des températures basses (inférieures à environ 27,7 °C) donnent naissance à des mâles, tandis que des températures élevées (supérieures à 31 °C) engendrent un grand nombre de femelles.
Avec la hausse continue des températures due au changement climatique, de nombreux sites de nidification à travers le monde font apparaitre une prédominance nette des femelles. Ainsi, une étude récente a révélé que 57 sites sur 64 à travers le monde affichent des proportions fortement favorables aux femelles, dépassant même les 90 % dans certains cas. Ce décalage constitue une menace réelle pour la survie de l’espèce, car il pourrait entraîner à long terme une pénurie de mâles aptes à la reproduction, ce qui affaiblirait la capacité reproductive des tortues et menacerait leur équilibre démographique.
En raison de cette double menace qui pèse sur leur survie, le déclin des populations de tortues marines entraîne un déséquilibre écologique, avec la prolifération de certaines espèces envahissantes telles que le crabe bleu et les méduses, en plus de ce que l’on appelle localement « Daech de la mer ». Or les tortues se nourrissent de ces organismes et contribuent, par conséquent, à en limiter la prolifération. Leur absence entraîne donc une prolifération excessive, qui affecte les ressources halieutiques et les écosystèmes côtiers, ainsi que les moyens de subsistance des pêcheurs et la baignade estivale, selon Hamed Mallat.
Une étude scientifique publiée en 2023 dans la revue Animals, réalisée par le professeur Imed Jribi et des chercheurs de l’université de Sfax, en collaboration avec le Muséum national d’histoire naturelle de Paris, révèle que la pêche accidentelle constitue l’une des menaces les plus graves qui pèsent sur les tortues marines en Tunisie. S’appuyant sur 483 entretiens menés auprès de pêcheurs dans 19 ports, l’étude a estimé qu’environ 11 740 tortues marines (dont la plupart ont été relâchées en mer) sont capturées chaque année en Tunisie, principalement par les chaluts, qui ont le plus grand impact en raison de leur utilisation intensive. Les résultats montrent l’ampleur de la pression que subit cette espèce, due essentiellement à son contact avec les différents équipements de pêche[2].
La baie de Gabès représente l’un des habitats les plus importants pour les tortues marines en Méditerranée, où un nombre croissant d’entre elles viennent de différentes régions à la recherche d’une nourriture abondante et de températures modérées. Les tortues marines présentes en Tunisie et en Méditerranée appartiennent essentiellement à trois espèces. La tortue caouanne (Caretta caretta) et la tortue verte (Chelonia mydas) sont les deux espèces les plus répandues dans la région. La troisième espèce est la tortue luth (Dermochelys coriacea), qui est considérée comme la plus grande au monde, mais qui n’est observée en Méditerranée que de manière occasionnelle et rare, puisqu’elle y est juste de passage. Elle vient de l’océan Atlantique, dans des vagues de migration en quête de nourriture, sans être une espèce sédentaire ou nicheuse dans ces eaux. C’est ce qu’explique à Nawaat, Imed Jribi, membre du groupe d’experts sur les tortues marines en Méditerranée et président du réseau de protection des tortues marines en Afrique du Nord.

Une double pollution : lumineuse et plastique
Outre les croyances populaires et la pêche accidentelle, la pollution impacte gravement la tortue marine. D’abord la pollution lumineuse. Le professeur Imed Jribi explique dans son étude[3] que cette forme de pollution constitue une menace réelle pour les tortues caouanne sur les plages de Chebba, dans le gouvernorat de Mahdia. La lumière artificielle des lampadaires et des habitations voisines désoriente les petites tortues lorsqu’elles quittent leur nid la nuit. Elles sont en effet attirées par la lumière au lieu de se diriger vers la mer. Cela les expose davantage à la déshydratation, à l’épuisement, aux prédateurs ou aux accidents de la route, sans compter d’autres menaces telles que l’occupation des plages, qui sont des lieux propices à la nidification, en raison de l’expansion urbaine et des activités humaines intensives.
La même étude met en relief une grande différence entre les plages. Ainsi, par exemple, sur la plage d’Essir à Chebba, caractérisée par un éclairage très intense, il a été constaté que tous les petits déviaient de leur itinéraire naturel et étaient exposés à des risques accrus. Tandis que sur la plage de Sidi Messaoud, la moins exposée à la lumière, n’a enregistré que 21 % de cas d’égarement, sans hécatombe. Les conclusions de l’étude soulignent la nécessité de prendre des mesures de protection ciblées, notamment l’occultation ou la suppression de l’éclairage inutile, l’utilisation de lampes à spectre rouge et le lancement d’une campagne de sensibilisation pour protéger les sites de nidification.
La pollution plastique et ce que l’on appelle les « filets fantômes », qui échappent aux pêcheurs et restent dans la mer, constituent une hantise supplémentaire, car ils se transforment en pièges mortels pour les espèces marines, notamment les tortues et les poissons, en particulier dans la baie de Gabès.
Les tortues marines servent d’indicateurs permettant de surveiller l’écosystème marin, car l’étude de leurs déplacements et de leur comportement permet de comprendre l’équilibre de la chaîne alimentaire. C’est pourquoi les chercheurs se servent de dispositifs de suivi pour surveiller leurs itinéraires, leurs zones d’alimentation et leurs migrations. Cela permet d’identifier les zones de pollution plastique et lumineuse et de repérer les pressions environnementales. Ces données constituent un outil essentiel pour élaborer des stratégies de protection efficaces et appuyer les efforts de sauvetage et de réhabilitation des tortues.

Malgré l’existence d’une multitude de lois nationales et de conventions internationales qui classent les tortues marines comme espèces protégées, l’écart entre les textes juridiques et leur application sur le terrain demeure incontestable, à cause de la faiblesse des mesures dissuasives. Alors que leur capture, leur mise à mort ou leur commerce, sont interdits en vertu des lois sur la protection des ressources marines et de la biodiversité, ainsi que des engagements internationaux de la Tunisie. Malgré toutes les prérogatives accordées aux forces de l’ordre pour traquer les infractions et lutter contre la pêche illégale, et malgré aussi le travail de sensibilisation et d’intervention mené par les associations écologiques, selon nos sources, les dépassements persistent.
Ils sont prêts à sauter sur leur embarcation pour aller aider une tortue marine coincée dans un filet au large. Les jeunes de l’association Notre Grand Bleu, à Monastir, font la fierté de leur région. Leur combat : préserver la vie marine et côtière en Méditerranée et les activités humaines qui en dépendent, main dans la main avec les pêcheurs et la population locale.
Dans le cadre de notre enquête, nous avons adressé une demande officielle au ministère de l’Intérieur afin d’obtenir des informations sur le nombre d’infractions liées à la pêche ou à la capture de tortues marines et sur leur situation sur les côtes tunisiennes, en particulier dans le golfe de Gabès. Mais nous n’avons reçu aucune réponse jusqu’à l’heure où cet article est mis en ligne. A son tour, le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydriques et de la Pêche s’est abstenu de répondre à nos questions sans fournir d’explication, comme nous l’a fait comprendre la chargée de communication. Tout cela suscite des interrogations quant à l’efficacité des plans élaborés par l’État pour protéger cette espèce marine menacée d’extinction.
Des expériences pionnières pour la réhabilitation des tortues
En matière d’efforts de sauvetage, la Tunisie est considérée parmi les pays relativement avancés dans le domaine du traitement et de la réhabilitation des tortues marines blessées, comparé à de nombreux pays du sud de la Méditerranée. On y trouve des centres spécialisés, dont celui de Monastir, relavant de l’Institut supérieur des sciences et technologies de la mer, et un autre à la Faculté des sciences de Sfax. Les deux s’occupent de la réhabilitation des tortues avant leur remise en liberté dans leur milieu naturel. Or, face à la faible application de la loi, sont apparues des initiatives sur le terrain qui tentent de combler ce vide, en mettant en place des mécanismes d’intervention directe plus efficaces pour protéger et sauver les tortues marines.
Sur l’île de Kerkennah, l’AKDDCL a lancé une expérience pionnière. Il s’agit d’une plateforme flottante destinée à la réhabilitation des tortues marines blessées, installée près de l’île de Gremdi, dans la région d’Al-Ataya. Cette plateforme vise à réduire le délai entre la découverte d’une tortue blessée et sa prise en charge, en permettant aux marins de la transporter directement vers le site de soins en mer, et de ne pas avoir à attendre longtemps pour la transférer jusqu’à la terre ferme. Des examens médicaux et des traitements sont effectués sur place sous la supervision de spécialistes et de vétérinaires, avant que les tortues ne soient relâchées dans leur milieu naturel. Il s’agit d’une initiative unique en Méditerranée, où la plupart des actions s’appuient sur des centres terrestres, affirme Hamed Mallat, un des membres actifs de l’association.

Hamed Mallat révèle que le nombre de tortues sauvées directement en mer au cours des deux dernières années s’élève à 332, auxquelles s’ajoutent environ 18 tortues accueillies en 2024 et 19 en 2025 sur la plateforme flottante dédiée aux soins et à la réhabilitation. Dans la baie de Gabès, rapporte Abdenasser Ghlis, 12 tortues marines ont été relâchées en mer au cours de l’année passée dans le cadre de ces initiatives, après avoir été soignées.
Ces initiatives s’inscrivent dans une perspective plus large en Tunisie visant à renforcer la préservation de la biodiversité marine. Des expériences similaires ont été développées à Monastir, notamment dans l’archipel des Kuriat, qui compte parmi les principaux sites de nidification des tortues marines du pays. Ces îles ont ainsi bénéficié de programmes de protection des nids et de surveillance des tortues, dans le cadre d’une approche participative associant recherche scientifique et société civile. Ce qui prouve qu’il est possible de mettre en place des modèles réussis pour la préservation de cette espèce, malgré les défis environnementaux et les pressions humaines grandissantes.
Au-delà des résultats concrets réalisés au niveau local, ces initiatives se heurtent à un contexte plus large, où la protection de la tortue marine devient un enjeu transfrontalier au sein d’un espace méditerranéen commun. Et les engagements environnementaux se mêlent à d’immenses défis économiques, ce qui réduit l’impact des efforts de sauvegarde au-delà de leur espace local.
L’influence des grandes compagnies de transport entrave l’application de la loi
Les lois et conventions internationales constituent la pierre angulaire de la protection des écosystèmes marins, notamment la Convention de Barcelone pour la protection de la mer Méditerranée, qui vise à réduire la pollution et à préserver la biodiversité dans la région. Cependant, l’effet de ces cadres légaux reste limité sur le terrain, en raison de l’immixtion des influences internationales et des conflits d’intérêts entre les pays industrialisés et les compagnies maritimes.
Interrogé par Nawaat, Christian Huglo, avocat français et expert international en droit de l’environnement, estime que « la protection de l’environnement marin en Méditerranée se heurte à de réelles difficultés d’application », expliquant que le renouvellement des eaux de la Méditerranée prend environ un siècle, « ce qui donne à toute pollution, même accidentelle, un impact durable. » L’expert rappelle, ici, les pouvoirs limités qui sont ceux de l’Organisation maritime internationale et l’influence des lobbies du transport maritime dans la définition des règles du jeu, « ce qui affaiblit, selon lui, l’efficacité des lois et les vide en partie de leur substance. »
En définitive, la tortue marine n’est pas confrontée à des menaces disparates, mais à un ensemble de pressions qui va des pratiques locales persistantes aux activités économiques transfrontalières difficiles à contrôler. Devant tant d’obstacles, la protection de cette espèce devient un véritable test de la capacité du système environnemental mondial à imposer ses règles, et non pas seulement à les brandir dans le cadre d’une équation inégale.
[1] Sciences de l’environnement générale, vol. 954, 1er décembre 2024. Etude mondiale sur les cas d’intoxication dus à la consommation de viande de tortue marine et leurs effets sur la santé humaine
[2] Rencontres avec les pêcheurs : un outil peu coûteux pour évaluer l’impact de la pêche sur les tortues marines vulnérables en Tunisie et identifier des mesures d’atténuation. Maissa Louhichi, Alexandre Gérard, Imed Jribi (2023). Étude. Laboratoire BIOME, Faculté des sciences, Université de Sfax, Tunisie, en collaboration avec PatriNat, Musée national d’histoire naturelle, Paris, France
[3] Impact de la pollution lumineuse sur la nidification de la tortue à bec de faucon à Chebba, Faculté des sciences, Université de Sfax, Tunisie. 31/10/2025.





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