François Hollande, Moncef Marzouki et Lorent Fabus avant la la photo de groupe lors du sommet 5+5 à Malte le 5 octobre. Crédit image : Philippe Wojazer.

François Hollande, Moncef Marzouki et Laurent Fabius avant la la photo de groupe lors du sommet 5+5 à Malte le 5 octobre. Crédit image : Philippe Wojazer.

Comme lors des célébrations du 14 janvier 2012, où seul un député français avait fait le déplacement, aucun responsable politique de premier plan n’assistera au deuxième anniversaire de la fuite de l’ex-dictateur Ben Ali à Tunis le 14 janvier prochain. Selon le Journal du dimanche, le président Hollande refuserait même de venir à Tunis avant de nouvelles élections.

François Hollande boycotte la Tunisie de la Troïka

Même s’il souhaite se rendre en visite dans la capitale tunisienne en 2013, François Hollande a fait savoir qu’il ne ferait pas le voyage avant que les Tunisiens se dotent d’un nouveau parlement, selon une information révélée par le Journal du dimanche. Une façon de dire qu’il boycotte le gouvernement actuel dirigé par le parti islamiste Ennahdha et ses deux alliés du centre.

Le président français a chargé la ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Hélène Conway-Mouret, de transmettre son message à l’occasion du 14 janvier, à savoir que « la France a confiance dans le processus démocratique et dans la possibilité de conserver les acquis de la révolution ». En langage diplomatique, les autorités françaises souhaitent voir enfin aboutir la phase transitionnelle et que les autorités tunisiennes s’attachent à consolider les acquis pour lesquels les Tunisiens ont fait chuter l’ancien régime.

Contraste dans le traitement réservé par la diplomatie française au Maghreb

Outre cette absence très remarquée, il est intéressant de noter que depuis la prise de fonction de François Hollande à l’Élysée il y a huit mois, un seul membre du gouvernement s’est rendu à Tunis : la ministre déléguée chargée de la Francophonie lors du Festival cinématographique de Carthage.

Dans le même temps, la capitale algérienne voyait défiler les ministres français avant de recevoir en grandes pompes le locataire de l’Élysée en décembre dernier. Le premier ministre français s’est par ailleurs rendu au Maroc et devrait y être suivi prochainement par le président socialiste. Toutefois, le président tunisien, Moncef Marzouki, avait pour sa part été chaleureusement accueilli à Paris en juillet dernier.

La France inquiète de l’enlisement et du possible détournement du processus démocratique

Cité par le journal, le porte-parole diplomatique de l’Élysée, Romain Nadal, estime que « toute la difficulté semble être dans l’évaluation du maintien des “acquis de la révolution”, N’en faire ni trop, ni pas assez ». Paris surveille donc avec attention l’évolution de la situation politique et s’inquiète des retards pris dans l’élaboration de la Constitution et de la tentation d’Ennahdha de virer vers l’autoritarisme comme en témoignent de nombreux épisodes durant l’année 2012.

Le remaniement attendu à l’occasion du 14 janvier risque d’ailleurs d’être instructif. Les changements qui seront annoncés renseigneront sur les velléités du parti islamiste d’abuser de sa position dominante pour accaparer plus de ministères ou pour remplacer les ministres issus des autres partis d’une coalition minée par ses divergences.

Excès de non-ingérence de la France ?

« Mais on aurait tort d’attendre trop longtemps », soutient l’ancien ambassadeur de France à Tunis Yves Aubin de La Messuzière, cité par le JDD. « Le président Hollande aurait dû faire le déplacement symbolique à la petite Tunisie pour rendre hommage au pays qui a ouvert la voie au printemps arabe, les Tunisiens se seraient sentis renforcés dans leur phase de transition, » poursuit-il.

Le principe de non-ingérence cher au président français le pousse-t-il à ne pas prendre la mesure des responsabilités de la France dans l’appui à la transition démocratique ? À défaut d’une visite d’État du président, une visite du chef de la diplomatie Laurent Fabius, du ministre de l’Économie Pierre Moscovici ou de celui de l’enseignement Vincent Peillon aurait pu être bénéfique dans les domaines de coopération bilatérale nécessaires à la Tunisie, conclut le diplomate.

Rached Cherif