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En cette phase de campagne électorale, nos candidats à la présidentielle se ruent vers les plateaux de télévision et les stations radios pour présenter leurs programmes. Si certains usent d’une communication rudimentaire se maintenant dans les attributions imposées par la Constitution au futur président de la République ; distillant ce que l’on pourrait qualifier de « politique politicienne », à l’instar de Nourredine Hached, Mustapaha Kamel Nabli, (tous deux aujourd’hui retirés de ces élections) Mehrez Boussayene ou encore Kamel Morjane, d’autres, préférant nous entretenir des idées que des hommes, n’hésitent pas jouer sur des cordes sensibles voire populistes, afin d’attirer un électorat indécis. D’autres encore se risquent à tenir des promesses farfelues dont la mise œuvre et la réalisation ne sont nullement de leur ressort.

Beji Caid Essebsi et le paternalisme Bourguibien

Beji Caid Essebssi a semble-t-il bien compris la psychologie des électeurs tunisiens. En effet, comme l’ont analysé des psy pour Nawaat, le Tunisien est en quête de la figure du Père. Ce que confirme une récente enquête de l’institut Tunisie-Sondage qui dévoile que 67% des Tunisiens estiment que leur choix du futur président de la République est dicté par la personnalité du candidat et par sa filiation.

Ainsi, Beji Caid Essebsi n’hésite pas à jouer sur la fibre bourguibiste, le citant, sans cesse, lors de ses discours et rappelant, à tout va, sa proximité avec le Père de la Tunisie moderne. La ressemblance va encore plus loin : entre le style vestimentaire, les lunettes noires, la posture et le langage du corps, durant ses interventions, Beji Caid Essebsi reprend tous les codes ravivant la figure du « combattant suprême » dans l’inconscient populaire. Cela va plus loin encore avec le slogan de sa campagne qui n’est autre qu’un tic de langage de Bourguiba : le fameux « fa bihaythou ». Cela explique, sans doute, le vote massif des plus de 40 ans pour le parti de Beji Caid Essebsi, Nidaa tounes, lors des dernières élections législatives.

Marzouki, Chebbi, Ben Jaafar et l’épouvantail du retour à l’ancien régime

Ces trois candidats à la présidentielles basent l’essentiel de leur programme sur le matraquage avec la peur du retour à l’ancien régime par l’accaparement du pouvoir par un parti unique, en l’occurrence Nidaa tounes. Ayant qualifié la victoire de ce dernier aux législatives comme une victoire basée « sur un vote de la peur », ces derniers n’hésitent pas à instrumenter cette peur pour disqualifier le candidat de Nidaa tounes, le présentant à l’électorat comme un dictateur potentiel. En se suffisant d’une telle communication, ces « révolutionnaires démocrates » tombent dans le piège du populisme, omettant de combattre leur adversaire sur un autre terrain : son programme, et les leurs.

Une telle communication politique aurait pu porter ses fruits, dès la création de Nidaa, mais la débâcle électorale de ces partis, lors des législatives, met en doute, aujourd’hui, leur opposition critique ; d’autant qu’ils ont eux-mêmes, par leur silence, cautionné la présence des Nidaistes sur la scène politique. Leur ego les a mené à sous-estimer l’influence de Nidaa tounes, et il semble aujourd’hui trop tard pour ces partis de brandir l’étendard du « taghawol », tant celui-ci entretient la division et nourrit leur double discours, eux qui se disent « unificateur ».

Cependant, en se plaçant anti-nidaa tounes, ces candidats ratissent, auprès de l’électorat d’Ennahdha qui n’a donné aucune intention de vote à ses partisans, au détriment des valeurs qu’ils ont prêché par le passé.

Argent politique, imposture, populisme et autres pyromanies

D’autres candidats encore n’ont pour seule arme que des promesses, populistes et, parfois, saupoudrées d’argent politique.

Safi Said fait partie de ceux-là. Prônant un nationalisme arabe enterré, depuis des lustres, et voulant isoler la Tunisie de ses « ennemis » nationaux et internationaux, il n’hésite pas à tenir un discours populiste, à Gafsa et à Kairouan, afin d’attirer les électeurs dans son sillage, utilisant a peu de choses près le même langage. Pire encore, il n’hésite pas à dénigrer ses adversaires politiques dans cette course vers Carthage sur sa propre page Facebook.

Yassine Channoufi, quant à lui, semble être plus un candidat aux élections municipales qu’un candidat à la magistrature suprême. Dans son meeting de Bizerte, par exemple, il n’a pas hésité à proposer des programmes de réaménagement de chaque ville qu’il visite : faire de Bizerte une ville touristique, refaire le pont de Bizerte… Autant de projets qui sont loin des prérogatives du futur président de la République. Appelant au pardon de ceux qui ont travaillé avec les « Trabelsi », dont il a fait partie, le revendiquant même, sa communication champêtre lui fait défaut.

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Mohamed Frikha semble, pour sa part, avoir mis tous les atouts matériels de son coté : entre pancartes géantes sur les murs de la capitale, allant même jusqu’à s’accaparer l’entrée de la station de train de la place Barcelone, publicité intempestive sur les réseaux sociaux, c’est la nature de son discours qui montre sa légèreté politique : entre appels du pieds à l’électorat d’Ennahdha, de plus en plus prisé, et des promesses à tire-larigot dans les différentes villes qu’il traverse, c’est surtout son arrogance qui va, certainement, lui jouer de mauvais tours.

Les « absents » n’ont pas toujours tort

Des candidats, et non des moindres, se distinguent par l’absence de tapage médiatique autour de leurs personnes. Nous pensons de prime abord, au candidat de l’UPL, à savoir Slim Riahi.

Après des élections législatives réussies, l’on s’attendait à un raz de marée médiatique de sa part en vue des présidentielles. Force est de constater que celui que ses partisans surnomment le « golden boy » a préféré faire dans la sobriété pour ce scrutin, bien loin du tapage de la campagne législative de son parti. Penser que cela soit de la suffisance serait une erreur. Le résultat de son parti aux législatives est estimé par ses proches collaborateurs, comme un matelas suffisant pour l’envoyer au second tour de la présidentielle, évitant ainsi les reproches d’en faire un peu trop.

Hamma Hammami en a fait tout autant. Préférant éviter le cirque médiatique, il a profité de son passage à Nessma tv pour voir déferler en sa faveur une vague de sympathie. Loin des feux des projecteurs, il continue de miser sur une campagne qui a réussi à propulser le Front Populaire dans le peloton de tête des législatives. Laissant aux autres « présidentiables » l’art du lynchage sur la place publique, il espère profiter du travail sur le terrain de sa base, afin d’accéder au second tour.

Pour une première campagne présidentielle, face au nouveau défi pluraliste, cette campagne est de bonne augure. Mais, force est de constater que les coups sous la ceinture, fusant de toutes parts, sont bien loin de l’idéal démocratique, auquel aspirent les citoyens. Pendant que Beji Caid Essebssi joue sur la corde bourguibienne, et que les « démocrates » manipulent le discours de la peur, qu’ils ont eux-mêmes condamnés lors des législatives, sans compter les « fantaisistes » qui promettent à tout va, il se pourrait, une fois n’est pas coutume, que les absents n’aient pas tort.