Témoignages recueillis par Henda Chennaoui et Yassine Bellamine ; Images par Malek Abderrahman et Med Mansali ; montage Tarek Chouiref et Noura Boukmiha.

Voter par conviction ou voter pour sanctionner un des deux candidats. Ce fut la question que nous avons posée à quelques électeurs pour ce second tour des élections présidentielles. Alors que certains expriment leur confiance à leur candidat, d’autres ont voté aujourd’hui pour, simplement, accomplir un devoir citoyen ou pour éviter le « pire ».

« Entre la peste et le choléra, j’ai choisi celui qui nous fera le moins mal », nous a répondu une dame à l’Ariana, tout juste en quittant le bureau de vote. Pour elle, les deux candidats ne sont pas convaincants et ne reflètent pas ses valeurs. Prenant le contrepied, un autre citoyen exprime sa méfiance par rapport à un candidat en particulier. « Ceux qui ont échoué les trois dernières années doivent partir. J’ai voté pour donner une chance aux nouveaux…» explique-t-il en faisant allusion au rendement de Marzouki à la présidence.

Durant cette journée électorale, à Tunis, l’ambiance dans les bureaux de vote était calme. Pas de klaxons dans les rues, ni de « youyou » ni de selfies … Les Tunisiens ont pris une nouvelle habitude, celle de tremper leur doigt dans cette encre bleue, si désagréable. Mais, manifestement, ils semblent satisfaits d’aller jusqu’au bout de ce marathon des urnes.

Quel que soit le candidat qui va gagner, je suis, déjà, content que ces élections s’achèvent bientôt. Je parle, évidemment, de la tension suscitée par les conflits dans les familles et entre amis. Les gens se radicalisent de plus en plus et ça sera, vraiment, soulageant d’en finir avec cette bataille …, nous confie un jeune de la Marsa, qui a voté, sans grande conviction.

« La terreur qu’ils essayent de semer ne nous empêche pas de voter et d’investir les urnes avec nos choix libres. Nous n’avons pas peur! », assure un citoyen à la Marsa, exprimant sa fierté d’aller choisir son futur président. L’un de ses amis soutient que la Marsa est connue pour son appartenance politique à Nidaa Tounes. « Ici, tout le monde ou presque votre Bajbouj … mais nous savons que nous ne représentons pas la majorité. À l’intérieur du pays, le choix ne sera pas le même…».

Loin du choix et du soutien que les uns ou les autres préfèrent apporter à un candidat en particulier, plusieurs Tunisiens considèrent les élections comme une obligation civique devant décider de leurs destinées politiques.

L’un des votants au bureau de Mutuelleville nous explique que :

le plus important est l’exemple que nous avons réussi à donner au monde entier. Nous sommes un pays arabe et démocratique. Les Occidentaux ne cessent de nous féliciter pour l’accomplissement de ce processus transitionnel. Et au-delà, je pense que l’acquis est, également, cette société civile forte et vigilante qui a poussé la Tunisie vers cette réussite historique.