Réunion au Palais de Carthage, 16 juillet 2018. Crédit : Page Facebook de la présidence de la République

Bien entendu, pour le pays cela favoriserait d’abord et essentiellement l’apparition de toutes sortes d’extrémisme et de terrorisme. Et sur ce plan, la Tunisie a déjà connu (et connait encore) quelques épisodes des plus détestables de son histoire récente, même si jusque-là le chaos total a pu être évité. La question qui se pose aujourd’hui est alors de savoir qui, dans un tel désordre général, pourrait profiter de la situation, pour tirer son épingle du jeu, gagner la sympathie des Tunisiens et provoquer une reconfiguration plus cohérente du paysage politique du pays ? Et avec quelles intentions réelles ? A priori, la plupart des partis politiques créés depuis 2011 sont à exclure dès le début d’une telle perspective, tellement leur situation est des plus lamentables. Quant aux partis plus ou moins anciens et généralement présentés comme modernistes et progressistes, ils devraient pouvoir être en mesure de jouer ce rôle. Logiquement, ils trouveraient, si c’était le cas, une bonne partie de la population, derrière leur action. Sauf que l’expérience a montré, du moins jusqu’à présent, que leurs mauvais calculs et leur incapacité à s’unir les ont toujours empêchés de pouvoir aller dans ce sens.

Par contre et au vu de la réalité du terrain, force est de constater que les seuls qui seraient réellement capables d’envisager un tel projet et de planifier pour sa réalisation, ne seraient autres que les islamistes d’Ennahdha. Et tout indique qu’ils sont déjà à l’œuvre et font tout pour y parvenir. La seule inconnue qui semble toutefois inquiéter et agacer beaucoup de gens y compris les islamistes, s’appelle Youssef Chahed, l’actuel chef du gouvernement dit d’union nationale, qu’on soupçonne de plus en plus de vouloir, lui aussi, incarner une autre hypothèse de changement et susciter à sa façon une recomposition totale de la classe politique du pays. Pendant ce temps, la Tunisie qui n’en peut plus d’attendre la mise en place des solutions et réformes pouvant l’aider à sortir de sa crise lancinante et multidimensionnelle, semble de plus en plus prise en otage par certains de ses propres enfants, qui ne pensent pour l’instant qu’à la préparation des échéances électorales de 2019.

Un état de délabrement total

Il est incontestable aujourd’hui, que le contexte général en Tunisie est loin d’être réjouissant. On est loin de l’euphorie qui a suivi la révolution. Débarrassés de la dictature de Ben Ali, les Tunisiens ont effectivement cru, dans un premier temps, que leurs problèmes allaient être progressivement résolus. Beaucoup d’entre eux pensaient même que des solutions allaient être rapidement trouvées pour les jeunes sans emplois et les régions défavorisées et marginalisées. En même temps et avec la nouvelle Constitution de 2014, ils pensaient également s’être débarrassés du régime présidentialiste qu’ils subissaient depuis un demi-siècle, en le remplaçant par un autre plus démocratique. Sauf que, dans tous ces cas, la réalité s’est avérée un peu plus compliquée que prévu et les espoirs du début se sont transformés petit à petit en déception pour certains, en résignation pour d’autres, voire en colère pour des franges de plus en plus nombreuses de la société. Ce changement d’attitude chez les gens a commencé par les déboires du temps de la troïka et s’est amplifié de façon considérable avec les suites inattendues des élections législative et présidentielle de 2014.

L’espoir né avec l’élection de Béji Caïd Essebsi à la présidence de la République, n’a été en effet qu’un simple mirage. A peine élu, ce dernier décide de tourner le dos à ses propres électeurs, de se rapprocher de Rached Ghannouchi qu’il avait pourtant promis de combattre et, au lieu d’être le garant de la nouvelle Constitution, se lance dans des pratiques du pouvoir qui rappellent plutôt l’ancien régime. Aujourd’hui, on ne parle plus d’exception tunisienne, mais de cacophonie politique, de déviation des objectifs de la révolution de 2011, de crise économique et d’avenir incertain. Sans vouloir faire du catastrophisme, et de l’avis de plusieurs observateurs, le pays est traversé actuellement par des clivages et des dissensions à tous les niveaux, aussi bien dans les sphères du pouvoir, que dans la société en général. Il y règne, en plus des risques persistants d’insécurité, un désordre politique et institutionnel tel qu’on ne sait plus où donner de la tête. Tous les jours, on en apprend un peu plus sur les difficultés auxquelles fait face le pays et, en même temps, rien ne bouge. On a l’impression de faire du surplace, alors que la Tunisie continue de s’enfoncer dans une crise sans précédent, avec notamment : une crise économique et sociale lancinante, un système politique hybride et improvisé, un chef d’état âgé en fin de règne mais avec un important pouvoir de nuisance, un chef de gouvernement en sursis et sans aucune majorité réelle de soutien, un législatif morcelé et livré au bon vouloir des lobbies et des intérêts partisans, une classe politique désorganisée, instable et obsédée par les échéances électorales de 2019, une société gangrénée par la corruption et la contrebande, une population déprimée en grande partie résignée et qui a du mal à suivre les bouleversements politiques de son pays.

Une alternative crédible possible, mais très difficile

Fort heureusement si la sortie d’une telle crise n’est généralement pas aisée, elle reste tout de même tout-à-fait possible. Mais, tout dépend dans quelles conditions elle sera faite, par qui et avec quelles intentions.

Plusieurs partis sont devenus une partie du problème :

Telle qu’elle est aujourd’hui, la scène politique tunisienne n’offre aucune solution sérieuse au pays et donne plutôt l’impression d’une instabilité permanente et surtout d’une impuissance totale des acteurs politiques actuels à se remettre en cause. Et ce constat amer est loin d’être une fatalité ou une simple vue de l’esprit. Il résulte tout naturellement des incohérences des forces politiques tunisiennes elles-mêmes et de leurs structures qui sont en grande partie caractérisées et dominées par une accumulation d’incompétences, d‘égoïsmes exacerbés, d’arrivisme et parfois même de pur amateurisme.

Cette situation est d’autant plus néfaste et improductive qu’elle a fini par pousser une bonne partie de la population à être dégoûtée de l’action politique en général et surtout des partis qui l’incarnent. Et ce résultat est pour le moins désolant. Car de l’avis de la plupart des constitutionnalistes dans le monde, les partis politiques ont (dans toute société qui se respecte) un rôle éminemment important et constituent par leur existence et leur bon fonctionnement une des conditions nécessaires et indispensables à l’exercice de la démocratie. En effet, contrairement aux idées reçues et propagées par certains milieux, les partis politiques contribuent à l’instauration de la démocratie et évitent généralement aux pays de tomber dans l’anarchie. Ils encouragent et préparent l’individu à être un citoyen actif et averti en lui donnant la formation et l’information dont il peut avoir besoin pour participer de façon efficace et constructive à la vie en société. Or, le problème en Tunisie, c’est que la plupart des partis politiques sont malheureusement loin de remplir ce noble rôle dont le pays et ses citoyens auraient énormément besoin. S’ils se distinguent par leur nombre impressionnant (officiellement près de 214 à ce jour), ces partis n’ont en fait qu’une existence fictive et nuisible. Leurs adhérents se limitent assez souvent à quelques dizaines de parents et amis de leurs fondateurs. Ces derniers qui en assurent la direction, le font généralement sans avoir tenu de congrès et donc en dehors de toute structure démocratiquement élue. Leurs programmes se limitent à quelques slogans sans aucun intérêt, ni lien effectif avec la réalité et les besoins du pays. La plupart d’entre eux n’ont aucune identité idéologique claire et sont parfois manipulés soit par des lobbies et des affairistes locaux, soit carrément par des forces étrangères qui ne cherchent qu’à déstabiliser le pays et l’affaiblir. Tous ces soi-disant partis sont donc logiquement disqualifiés, car incapables de présenter la moindre solution pour la Tunisie de demain. Leur disparition inévitable pourrait d’ailleurs susciter, voire favoriser la refonte et la réorganisation de l’action politique dans les années avenir.

Le mince espoir d’un pôle des forces progressistes et modernistes :

Fort heureusement, beaucoup d’autres partis ont une grande légitimité historique et ne manquent ni d’expérience, ni d’hommes et de femmes compétents parmi leurs militants (Al Massar, le Front populaire avec ses différentes composantes, Al Joumhouri et pas mal d’anciens militants démocrates indépendants, sans compter les déçus d’un bref passage par Nidaa,…). La seule chose qui leur manque c’est de prendre conscience de la force qu’ils peuvent représenter une fois unis dans l’action et de la responsabilité qui leur incombe pour sauver le pays des griffes de l’obscurantisme, de l’affairisme et de la corruption. Même s’ils ne le disent pas et se montrent plutôt (et à juste titre) critiques à leur égard, beaucoup de Tunisiens continuent à espérer un réveil même tardif de ces forces dites modernistes et progressistes (ou ce qui en reste). C’est la seule carte sur laquelle ils comptent pour un éventuel redressement de la situation du pays, mais à condition encore une fois que ces forces se ressaisissent, que leurs dirigeants se rappellent de leurs erreurs, mettent entre parenthèses leurs égos surdimensionnés et leurs divergences et se présentent unies dans le cadre d’un pôle ou d’une alliance électorale solide et sincère. L’espoir fait vivre comme on dit et quand on se rappelle de la dynamique du sit-in du départ en 2013 au Bardo, on se dit qu’il n’est peut-être pas interdit de rêver. L’état catastrophique du pays (et de leurs propres partis) pourrait finir par provoquer au sein de ces forces un ultime sursaut de patriotisme et de responsabilité (dont elles ne manquent pas), pour essayer ensemble de créer une nouvelle force politique capable de rééquilibrer le paysage politique tunisien, de mettre fin à l’hégémonie grandissante des islamistes et d’arrêter l’hémorragie actuelle. Pourront-elles le faire et réussir enfin un tel pari ? Il n’est pas interdit de le souhaiter, mais malheureusement l’expérience nous oblige à rester prudents et donc à l’envisager avec une bonne dose de scepticisme.

Les islamistes avancent, par étapes successives

Tous les acteurs politiques tunisiens le savent, mais on a l’impression que personne n’en tire les conclusions qu’il faut : la force des islamistes d’Ennahdha réside essentiellement dans la faiblesse de leurs adversaires et se base sur la stratégie du long terme, empruntée à Bourguiba, à savoir « la politique d’étape par étape ». Profitant ainsi des avantages du « consensus », qui leur permettait d’avoir le pouvoir sans en assumer la responsabilité directe et sans être exposés au premier plan, ils ont pris le temps de se faire oublier, de bien préparer les élections municipales et de réussir à s’implanter un peu plus dans les différentes villes et régions du pays où leurs candidats ont pu être élus. Et ils étaient plutôt nombreux. Aujourd’hui, encouragés par cette victoire récente aux dernières élections municipales, les nahdhaouis n’hésitent plus à recourir à la manière forte et à préparer les esprits au raz-de-marée qu’ils comptent réaliser en 2019, en raflant également les pouvoirs législatif et présidentiel. En attendant, ils continuent à avancer de façon méthodique et à utiliser toutes les cartes pour redéfinir les alliances partisanes et imposer une nouvelle reconfiguration du paysage politique national, qui serait favorable à la mise en place progressive de leur propre projet de société.

Le lien qui les rapprochait de Béji Caïd Essebsi jusque-là était basé sur une considération des rapports de forces politiques résultant des élections de 2014. Et cet équilibre précaire entre les deux ne pouvait tenir que tant que ces rapports ne changent pas et que les intérêts respectifs des deux parties ne s’opposent pas. Or, en période pré-électorale, comme c’est le cas aujourd’hui, chacun est amené à jouer sa propre partition et donc à avancer à visage découvert. Sentant que l’entente avec Béji Caïd Essebsi connait en ce moment quelques difficultés et considérant que ce dernier est aujourd’hui affaibli et en fin de règne, Ghannouchi prend de plus en plus ses distances et montre qu’il n’est plus disposé à le soutenir dans toutes ses initiatives, notamment dans son désir d’éjecter Youssef chahed de la présidence du gouvernement. En même temps et pour ne pas s’isoler, les islamistes s’activent à rechercher de nouvelles alliances ailleurs. C’est ainsi qu’ils sont devenus les chantres du consensus sur le plan national en tentant de se rapprocher de leurs adversaires habituels, pour mieux les neutraliser et se donner, aux yeux du peuple, l’image de ceux qui veulent toujours éviter les conflits et les remplacer par un effort de dialogue et de réconciliation. Mais, fidèle à sa roublardise, Ennahdha prétend utiliser le consensus comme un moyen pouvant sortir le pays de la crise par le dialogue. Sauf que le mot dialogue est ici utilisé dans le sens de marchandage et de combines sur le dos justement du peuple tunisien. Dans ce sens, leur soutien actuel à Youssef Chahed n’est pas non plus sans arrières pensées. Il est surtout conditionné par un engagement de ce dernier à ne pas se présenter aux prochaines élections présidentielles, contre Ghannouchi (qui s’y voit déjà !). Il est en outre d’abord et essentiellement un soutien à « la stabilité politique », pour pouvoir mieux se concentrer sur la préparation des échéances électorales à venir. C’est donc une nouvelle alliance proposée à Youssef Chahed en lieu et place de celle qu’ils avaient avec Béji Caïd Essebsi, mais basée sur leurs propres intérêts et objectifs.

L’inconnu qui agace et inquiète tout le monde

On l’a compris, tous les acteurs politiques tunisiens ne pensent plus qu’à une seule chose : comment prendre le pouvoir à partir de 2019. Chacun joue sa propre carte et essaye d’abord de conforter sa position au sein de la classe politique, en essayant de la remodeler dans le sens qui lui convient le mieux. Et dans ce combat à couteaux tirés, Youssef Chahed, n’est plus un simple spectateur. Considéré au début comme un jeune novice et sans aucune expérience politique significative, il devient aujourd’hui pour beaucoup, le candidat qui agace. En tous les cas, pour lui les années se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a deux ans, alors qu’il était un illustre inconnu, il a été révélé et presqu’imposé par Béji Caïd Essebsi pour remplacer Habib Essid au poste de chef de gouvernement et a pu même bénéficier d’un préjugé favorable de la part de la classe politique. Aujourd’hui en revanche, le personnage est devenu la cible de toutes les critiques et, pour beaucoup, l’ennemi juré et l’homme à abattre. Une conséquence directe de deux facteurs essentiels et assez sensibles : la lutte contre la corruption qu’il a osé déclencher et donc la prévision des prochaines échéances électorales de 2019.

Son erreur semble être de ne pas avoir pris conscience suffisamment tôt des difficultés qui l’attendaient. Car en fait rien n’allait lui être pardonné, y compris (et surtout) au sein même de sa propre famille politique. Ses détracteurs sont donc nombreux et ne ratent aucune occasion pour lui rendre la tâche difficile et l’empêcher de mener à bien l’action gouvernementale dont il a la charge et qui est des plus compliquées. Béji Caïd Essebsi lui reproche son manque de docilité et sa volonté d’utiliser ses propres prérogatives en toute indépendance, sachant que la Constitution de 2014 lui donne plus de pouvoirs que le président de la République. Ce qui n’est point du goût de Béji Caïd Essebsi qui comptait (en le mettant à la Kasbah) pouvoir garder l’initiative en toutes circonstances comme s’il était encore sous l’ancien régime. Nidaa Tounès et surtout son chef auto-proclamé Hafedh Caïd Essebsi lui reprochent la même chose, mais en plus le fait d’avoir touché au dossier ô combien délicat de la lutte contre la corruption et mis en prison l’un des barons de la corruption Chafik Jarraya dont les liens avec les partis dominants (comme Nidaa) sont très importants. De son côté, l’UGTT l’accuse d’être soumis aux exigences de l’Union européenne et de vouloir mener de grandes et douloureuses réformes structurelles suggérées par les bailleurs de fonds internationaux et notamment le FMI au détriment des intérêts nationaux et des classes laborieuses.

Sommé donc de partir ou de procéder au moins à un remaniement partiel de son gouvernement, il écoute tout le monde, mais reste droit dans ses bottes poursuit son chemin et n’en fait qu’à sa tête.  Même par rapport aux exigences d’Ennahdha qui le soutient à condition qu’il renonce à être candidat aux prochaines élections présidentielles, il n’a donné, du moins officiellement, aucune suite. Toujours avec beaucoup de sang-froid, il a jusqu’à présent réussi à surmonter toutes les tentatives de déstabilisation qui l’ont visé. Mieux encore, le mouvement de désintégration continu de plusieurs partis et le « tourisme politique » qui l’accompagne, pourraient très vite se traduire par un changement des équilibres politiques au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple qui lui serait plutôt favorable. Ce qui lui permettrait non seulement de garder son poste à la tête du gouvernement (quitte à apporter quelques remaniements partiels), mais de pouvoir envisager et préparer la suite avec plus de sérénité. Une célèbre maxime de l’auteur américain James Freeman Clarke nous apprend que : « la différence entre l’homme politique et l’homme d’Etat est que le premier pense aux prochaines élections, et le deuxième aux prochaines générations ». On serait curieux de savoir dans quelle catégorie se situe Youssef Chahed. Quels sont ses projets personnels et serait-il, malgré le chantage des islamistes, candidat à la présidence de la République en 2019 ? A-t-il les mains libres, ou serait-il, comme on le présente, un otage entre les mains des islamistes d’Ennahdha d’un côté et des chancelleries occidentales de l’autre? Seul l’avenir nous le dira avec précision. Car comme tous les autres protagonistes de la scène politique tunisienne, il reste totalement imprévisible et continue à avancer sans rien dévoiler de ses intentions réelles.

Seul contre tous, il ne pourra toutefois pas tenir le coup pendant longtemps. Tôt ou tard, il sera obligé de choisir entre une démission ou un retour devant l’Assemblée des Représentants du Peuple qui lui serait plutôt favorable. Ce qui lui permettrait non seulement de garder son poste à la tête du gouvernement (comme le lui « conseille » BCE). Mais, dans les deux cas et surtout dans les conditions actuelles, son mandat à la tête du gouvernement semble avoir touché à sa fin. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour lui. Car dans un cas comme dans l’autre, il va pouvoir profiter de l’occasion pour désigner ses adversaires comme les seuls responsables de ses propres difficultés et de celles du pays.

Une fois évincé du palais de la Kasbah (d’une façon ou d’une autre) et donc retrouvant une liberté d’action et de parole, il est fort probable qu’il se lancera rapidement dans la constitution de son propre mouvement (ou parti). Et à l’instar d’un Emmanuel Macron en France (exemple séduisant pour certains), il déclarera sa candidature à la présidence de la République bien avant les autres et se présentera comme l’homme du renouveau de l’action politique en Tunisie et surtout de la lutte contre la corruption. Ce scénario est loin d’être une fiction, puisqu’un nouveau groupe parlementaire lui apportant publiquement son soutien, vient d’être constitué sous le nom de « la Coalition nationale » et pourrait bientôt (avec déjà 43 députés) se placer au 3ème rang des forces politiques à l’Assemblée des Représentants du Peuple qui lui serait plutôt favorable. Ce qui lui permettrait non seulement de garder son poste à la tête du gouvernement, peut-être même mieux encore dans les jours et semaines à venir.

Se lancer dans une telle aventure lui permettrait donc de se positionner comme un sérieux concurrent dans la course au pouvoir et de se donner le temps et les moyens d’y parvenir. Le tout sera de savoir pour appliquer quel programme politique et économique et surtout avec quelles autres forces politiques ? Sera-t-il encore l’homme politique indépendant qu’il prétend être aujourd’hui ou, au contraire, un simple paravent utilisé par un islam politique dominant, revanchard et comptant s’installer au pouvoir pour une durée indéterminée ?

En attendant que les choses se clarifient par rapport à l’ensemble de ces points, la Tunisie risque de connaitre une année « blanche » en 2019, car rien de concret et d’efficace ne pourra se faire, étant donné que le personnel politique sera entièrement mobilisé pour la préparation des échéances électorales à venir. Pour le reste, il sera urgent d’attendre : les grandes décisions notamment dans les domaines économique et social risquent d’être retardées et l’administration condamnée à un fonctionnement encore plus ralenti qu’il ne l’est aujourd’hui. La patience des tunisiens sera sans doute un peu plus mise à l’épreuve. En même temps, la situation du pays reste toujours tributaire de son environnement géopolitique. Or, le contexte régional en particulier continue à inciter à la plus grande vigilance, puisqu’il est loin d’être rassurant et comporte un ensemble de facteurs susceptibles, à tout moment, de jouer un rôle défavorable à la stabilité et à l’indépendance réelle de la Tunisie.