Quatre jours seulement nous séparent du 24 octobre, 96 heures, 5760 minutes, 345600 secondes…et on attend, on attend malgré tout un changement… un changement qui ne viendra pas des urnes tant qu’il y aura des mains derrière qui en tirent tout ce qui n’est pas rouge et qui nettoient tout ce qui peut nuire aux 99% devenus symbole de déshonneur pour tous les Tunisiens

Quatre jours seulement nous séparent du 24 octobre, 96 heures, 5760 minutes, 345600 secondes…et on attend, on attend malgré tout un changement… un changement qui ne viendra pas des urnes tant qu’il y aura des mains derrière qui en tirent tout ce qui n’est pas rouge et qui nettoient tout ce qui peut nuire aux 99% devenus symbole de déshonneur pour tous les Tunisiens.

Le changement ne viendra pas des urnes. Mais viendra-t-il d’ailleurs ? Ai-je le droit de l’espérer quand même ? Ai-je le droit d’en rêver ? Viendra t-il des cœurs des Tunisiens, viendra-t-il des mains des Tunisiens ? Viendra-t-il d’un NON collectif qui criera fort : Assez, assez de mensonges, assez d’insultes à notre honneur et notre volonté. On en a marre, on ne veut plus vivre esclaves sur notre propre terre, on veut plus mendier notre propre argent. On veut, on veut et on veut… le peuple pourrait-il vouloir ? J’ai beaucoup lu dans l’histoire sur la force des peuples et j’en ai entendu parler. J’ai beaucoup cherché dans les yeux des Tunisiens la force que pourrait détenir un peuple. Je ne sais peut-être pas chercher mais jusqu’à maintenant je n’ai rien vu, sinon des silhouettes qui courent, courent et courent et qui ne s’arrêtent jamais.

J’ai longtemps eu l’envie en traversant le centre ville de Tunis pendant les heures de pointe que le temps s’arrête pour une minute, juste le temps de me permettre de demander à tous ceux qui couraient, « pourquoi courez-vous » ? Pourquoi ? Seraient-ils capables de répondre ? Le Tunisien choisit-il sa vie ? A-t-on appris au tunisien que dans la vie il n’y a pas qu’un seul chemin et qu’avant de courir il faut choisir et que pour choisir il faut réfléchir et que pour réfléchir il faut s’arrêter au moins une minute dans sa vie pour se poser la question : « est-ce bien cela ce que je veux ? »

Nejriou 3alkhobza, pourquoi ? C’est quoi elkhobza ? C’est pour rester en vie ? Mais la mort ne nous épargnera pas, c’est pour rester le plus longtemps possible en vie, pour quoi faire ? Pour vivre ? Mais c’est quoi vivre ? Est-ce courir derrière ses envies, ses instincts ? Est-ce cela qu’on a de plus cher ? Ne sentez-vous pas que vivre c’est un peu plus que ça ? Sont-ils des cons alors, ceux qui font des grèves de faim pour une idée, ceux qui se privent de la bouffe qui est la vie « elkhobza » pour un concept virtuel qui ne se mange pas et ne se met pas dans la poche, sont-ils des cons alors ceux qui acceptent que leurs corps souffrent sous la torture pour un principe qu’ils veulent préserver, sont-ils des cons alors ceux qui payent de leurs vies juste pour dire un mot de trois lettres : NON. Quel drôle de plaisir éprouvent-ils en disant NON ? NON, pourtant c’est un mot que tout le monde peut prononcer. A quoi sert de préserver sa vie en satisfaisant tous ses besoins si on ne vit pas ? Levez la tête vers le haut, qui sait ? Peut-être que vous ne voyez que le pied de l’arbre, que vous vous contentez des miettes alors que les fruits sont bien là encore sur les branches de l’arbre n’attendant que d’être cueillis.

Elkhobza ! N’avez-vous pas vécu un jour le plaisir de la partager, le bonheur d’offrir la moitié de votre pain à un affamé simplement parce que le regard de reconnaissance que vous avez vu dans ses yeux a semé en votre cœur un drôle de plaisir, un plaisir bizarre pourtant le ventre est encore vide et on a donné ce qu’on a de plus cher : elkhobza.

A votre avis qu’est ce qui vaut le plus, une Porsche ou un principe ? Un château ou une idée ? Qu’est ce qui est le plus facile à enlever ? Une voiture ça s’achète, un château ça se vent. Avez-vous déjà vu des tortionnaires torturer des gens pour leur enlever leurs voitures, leurs villas ou leur argent ? Pourtant on voit tous les jours des gens qui se font torturer pour qu’ils abandonnent leurs idées et ça n’a jamais été simple de tuer les idées. Les idées ne s’achètent pas et ne s’emprisonnent pas. Elles ont la force de dépasser les barreaux des prisons et toutes les frontières.

Aujourd’hui, le 24 octobre approche et les Tunisiens courent toujours… et moi je cherche toujours dans leurs yeux …C’est dur de parler, celui qui parle se met à la place de celui qui sait tout et moi je ne sais rien. C’est dur aussi de se taire lorsqu’on ne possède que les paroles, les paroles d’un anonyme qui se cache derrière son écran.

« Chidd mchoumek la ijik ma achouem » et « yerhmek ya rajel ommi loul ». Pourquoi devrais-je me contenter d’un « mchoum » juste par ce que le pire existe et je sais très bien que le meilleur existe aussi ? Pourquoi devrais-je avoir peur du pire alors que c’est moi qui fais que ce soit le pire ou le meilleur : c’est moi qui le fais, c’est nous qui faisons nos rois et tyrans, leur force puise dans nos faiblesses. Pourquoi devrais-je regarder par terre alors que mes yeux peuvent très bien atteindre le ciel ? Pourquoi accepterais-je de vivre dans la merde par peur que le soleil m’éblouisse si je tente de m’en sortir, le soleil m’éblouira certes mais finira par m’illuminer et ouvrir mes yeux sur tant de beauté qui existe dans ce monde. Pourquoi ? Pourquoi sommes-nous si ambitieux pour tout ce qui concerne nos projets personnels, -on veut avoir un portable dernier cri, on veut avoir une voiture dernier cri, on veut avoir un « clim » dans chaque chambre, on veut avoir tout en dernier cri quitte à passer le restant de sa vie endetté misselich l’essentiel c’est de faire mieux que les autres, d’avoir plus que les autres. On veut des mariages de 7 jours et 7 nuits, on dépense les milliers et milliers de dinars pour une nuit, 3 ou 4 heures, on veut l’orchestre le plus cher, la salle de fêtes la plus chère, on veut la limousine de Kaïs Ben Ali pour le cortège. On veut être le meilleur. Mais dès qu’on commence à parler de la Tunisie, du pays, du groupe, disparaissent toutes les ambitions, toutes les envies, on ne rêve plus, on se contente de ce qu’on a. Tout le monde rêve du boulot bien payé, d’une femme à la hollywoodienne, d’un château aux bords de la mer, on passe des heures et des heures à rêver. Qui rêve d’une Tunisie de demain ? Qui passe des heures et des heures à imaginer une Tunisie meilleure, une Tunisie sans injustice, sans torture, sans mensonges, une Tunisie libre, démocrate, développée, une Tunisie sans misère et sans ignorance. Une Tunisie qui appartient à tous les Tunisiens. Qui en rêve ?

Aujourd’hui et par respect pour tous ceux qui souffrent en Tunisie. Ceux qui sont dans les prisons pour rien, ceux qui sont à l’extérieur des prisons mais qui défendent ou sont proches de prisonniers, ceux qui refusent de passer leur vie à applaudir des paroles de cons et qui militent pour que dans notre pays les mains qui applaudissent diminuent en faveur des mains qui travaillent, ceux qui voient très bien l’issue du chemin, qui savent que si nous avancions rapidement c’est parce que nous faisions une chute libre vers la terre et que nous finirons tous par nous casser la gueule sur les rochers de l’illusion de « tout va bien » et « tounes bikhair » et qui essayent en vain de souffler dans les oreilles des Tunisiens : réveillez vous, ceux auxquels on a volé leur argent, l’argent du peuple et avec lequel on a bâti des casinos et des parcs d’attractions qu’ils regardent de loin comme regarde un pauvre, qui ne possède pas le prix d’un morceau de pain, une part de gâteau dans une viennoiserie de luxe. Par respect pour tous ceux qui rêvent d’une Tunisie meilleure, je ne peux que dire NON, un non faible, un non virtuel, un non anonyme, un non qui ne vaut peut être rien mais qui vient du fin fond de mon cœur, un non sincère qui ressent votre souffrance et respecte vos sacrifices. NON à tous ceux qui veulent faire de nous des marionnettes qui dansent sur leurs propres tombes, bénissent leurs assassins et applaudissent leurs voleurs, des perroquets qui ne répètent que ce qu’on veut qu’ils répètent, des machines qui bossent sans arrêt pour gonfler leurs poches et gonfler leurs comptes bancaires à l’étranger. NON à tous ceux qui veulent nous voler notre volonté, notre dignité et notre honneur et même nos rêves. NON à la dictature, NON a Ben Ali. NON aux élections du 24 octobre 2004.

« Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué, c’est peu de chose mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. » Jean Polon.