REUTERS/Jean-Paul Palissier

Par Oussama Ketatni.

Après la démission du gouvernement de transition et la nomination du respectable Béji Caid Essebsi, l’opposition a pris une avance sérieuse sur la scène politique. Le pouvoir de négociation du gouvernement s’est cruellement affaibli devant les méthodes d’une opposition très contestée. En effet le Front du 14 janvier, qui s’avère être la seule entité d’opposition, compte dans ses rangs l’UGTT (et son président caméléon) quelques groupuscules d’extrême gauche (et à leur tète Hammami le terrible) le congrès pour la république (et à sa tète Marzouki qui, s’est consommé un peu trop tôt et a besoin d’une coalition pour ne pas finir dans le cendrier), Ben Jaafer (qui manque de partisans et d’idées et qui vient en chercher) et quelques associations à peine naissantes et sans poids (qui auront du mal à remplir un minibus…). (Je dis ça non pas pour discréditer l’opposition mais pour montrer qu’elle loin de représenter le peuple tunisien ce qui est aussi le cas du gouvernement)

Le Front, qui par ses méthodes nous rappelle le Front national Français, continue à user de ces méthodes malsaines afin de gagner du terrain et imposer ses idées au nom du peuple et sous l’égide de protecteur de la révolution. En effet avant de rencontrer le nouveau chef du gouvernement provisoire agonisant, l’UGTT a annoncé une grève générale à Sfax afin de le mettre au parfum de ce qui attend le gouvernement s’il refuse les revendications du Front. Parmi les revendications, on distingue celle qui demande à voter un conseil constitutionnel (CC ou ConCon) dans le plus bref des délais, cette revendication semble à première vue légitime vu le contexte révolutionnaire du changement qui plane sur le climat du pays, or sa mise en place, son fondement et les pouvoirs qui lui seront délégué posent de très grandes interrogations. De combien de personnes sera composé ce CC ? Sur quelles bases allons nous voter nous qui avons du mal à élire un seul homme ? Si le Destour actuel, n’est plus en mesure de satisfaire les aspirations démocratiques du peuple parce qu’il a été crée par un CC en 1959 et que les présidents l’on retouché selon leurs besoins, pourquoi recourir à la même méthode (CC) pour en créer un nouveau ? Le peuple méfiant pourra-t-il prendre le risque de conférer tout les pouvoirs dont un dictateur dispose à une seule entité et lui confier, par la même occasion, son avenir?

Comme agir vaut mieux que critiquer, je ne vais pas me dérober de cette obligation en vous proposant un autre scénario qui pourrait être une alternative qui me semble plus démocratique et comporte beaucoup moins de risque ;

– Chaque composante du paysage politique présente un membre qui sera soit nommé soit élu, on laisse le choix aux partis de choisir leur représentant au sein du CC.

– Chaque composante du paysage politique proposera une version de la constitution qu’elle voudra soumettre aux votes, avec la possibilité de rapprocher les constitutions voisines sous la forme de coalitions entre les partis ce qui diminuera le nombre de constitutions proposées et donnera à une version plus de chances d’être élue (car elle présentera plus d’un parti).

– Chaque membre du CC veillera à ce que la version proposée par son parti suit son cheminement, en bonnes et dues formes, vers la soumission aux votes. Il assurera la négociation et la coordination avec les autres membres du CC.

– Outre la proposition d’amendements et de versions de constitution, le CC aura la noble tâche d’organiser des élections ou c’est le peuple qui choisira la constitution qu’il verra plus adaptée à ses aspirations parmi celles proposées par le CC.

En suivant cette voie, on laissera le peuple choisir par lui même son destin, on lui épargnera la tâche d’élire un parmi une centaine d’inconnu au lieu d’élire ce qu’il lira de ses propres yeux à tète reposée. On donnera la chance à tous les partis politiques, les organisations et les composantes de la société civile de contribuer à l’élaboration de la constitution de leur pays sans exclusion, on apprendra aux différents partis qui se bousculent et se lancent des accusations à tort et à travers à composer ensemble et à œuvrer pour le bien du pays, par l’organisation collective d’élections constitutionnelles, on satisfera les désirs de pouvoirs des acteurs politiques en accordant la possibilité au CC de surveiller l’activité du gouvernement de transition, on laissera le temps au peuple d’accomplir son devoir en s’informant sur les différents types de constitutions pour pouvoir voter et finalement, on aurait reconnu la maturité du peuple et son aptitude à choisir son destin sans recourt à la procuration.

Le choix crucial de ce CC qu’on votera à la hâte, aura de lourdes et longues conséquences sur l’avenir de notre patrie. Autant s’appliquer et tenter de contribuer, chacun de son coté, à la mise en place de la démocratie qui se fait attendre, produisez, créez, n’ayez plus les bras croisés ! Qu’avons-nous accomplit depuis notre chère révolution ? Sommes-nous dignes du sang de nos martyrs ? Il est temps de s’unir et de nous engager à faire de notre pays un exemple planétaire, nous sommes devant une chance inespérée qu’on est en train de gâcher, laissons de coté nos égos et nos appartenances pour construire notre Tunisie.