Je voudrais bien voir la réponse d’un Tunisien Lambda à cette simple question : « Qu’est ce que c’est qu’un parti politique ? »

« Autrefois c’était des gens habillés en rouge qui pratiquaient de sombres rituels autour d’une seule et unique personne qu’on voyait partout, une formation en applaudissement était nécessaire.
Maintenant, c’est des conférences quotidiennes animés par des inconnus durant lesquelles on discute de sujets abstraits dans un langage que je ne comprends pas. J’ai parfois du mal à suivre, mais il ya souvent des petits fours. »

Bonne réponse Mr Lambda !

Et je vous comprends mon très cher monsieur, soixante dix partis politiques ? Comment interpréter cela ? Ebauche de liberté ou preuve de la mésentente évidente entre les Tunisiens ?

Avant de se demander si le simple citoyen assimile ce concept de multipartisme, il faudrait plutôt voir du coté de nos hommes politiques : est ce raisonnable d’avoir une mise à jour hebdomadaire de nouveaux partis politiques ? Est ce que chacun de nous peut s’improviser « homme politique » ?

Si je décide de créer mon propre parti, cela implique que ce que je propose diffère voire même innove par rapport à ce qu’il y a déjà sur le marché. A moins que je sois dans le discount. Dans ce cas là, j’existe que pour créer une légère concurrence dans une bataille perdue d’avance, je m’adresse à une certaine population (NDLR : les petits budgets) et je me fais un bénéfice minime. Vu sous cet angle là, tous les partis politiques dont on n’entend pas parler, sont des sortes de groupements de personnes qui se sont crées leurs propres partis pour avoir un certain espace propres à eux.

Messieurs, créez donc une association ! Un parti politique diffère de tout autre organisme par la simple intention de gouverner. Si vous n’avez pas d’ambitions, que vous n’êtes pas outillés (notamment avec des diplômes attestant de solides formations académiques en sciences politiques), si vous n’êtes pas médiatisés, si on ne connait même pas le nom de votre parti, nous les simples citoyens tunisiens, pourquoi existez vous alors ? Pour le plaisir de créer un parti politique, pour avoir un local ou on peut s’éclater, pour mettre ça sur son CV, peut être pour offrir à quelqu’un… Les gens qui me gouverneront devront avoir les compétences nécessaires pour et non pas des moyens financiers importants et de grandes gueules.

Si un parti n’arrive pas à se démarquer, pourquoi ne pas fusionner avec un autre ? Vous allez me dire qu’il y a déjà des relations informelles entre quelques uns mais cela n’est pas de bon augure pour un pays qui se veut dorénavant transparent. On ne peut pas se permettre de s’éloigner autant dans les idéologies et les points de vue, surtout pas dans ce contexte si particulier : Si chacun des partis a sa propre vision des choses, il me faudrait des mois et des mois pour faire le tour, d’autant plus qu’une petite analyse factorielle ressortirait les 6 grands courants majeurs de ce qui se pratique au sein du monde politique actuel : droite, gauche, centre, socialiste, nationaliste, religieux.

La discussion n’est pas l’élément unique, ni l’élément fondamental de la vie du parti. Quand la discussion n’est pas nourrie par l’action mais par elle-même, le parti est perdu. Le nouveau parti aurait dû avoir la possibilité de prendre part à des actions de masse, de rassembler une expérience, commettre des erreurs, afin que la discussion se développe à un niveau supérieur et soit fructueuse. Léon Trotski – 1879-1940 – Journal d’exil – 4 septembre 193

« Ce grand nombre de partis donne des couleurs au paysage politique et dynamise la vie civile. » Pour le moment ce n’est qu’un chiffre. Les Tunisiens ne connaissent que trois ou quatre partis politiques qui font parler d’eux à travers des polémiques et non pas des prises de position ou des discours constructifs. Est-ce la faute aux médias qui contrôlent notre connaissance et modulent nos opinions avec cette fameuse théorie du complot (que je ne réfute pas au passage) qui revient sans cesse chez un peuple ne pouvant plus faire confiance à personne ? Ou s’agit-il alors des partis eux mêmes qui manquent d’idées, qui ne savent pas comment s’y prendre préférant ainsi faire partie du décor ?

Il me parait clair, que tout est imputable au citoyen. Il faudrait s’interroger sur la nature de notre implication dans cette société qu’on est en train de reconstruire. Assister aux conférences pour les petits gâteaux, survoler toutes les revues internationales, créer un blog (qui ne sera mis à jour que le jour de son lancement) alors qu’il y en a déjà assez, parler dans les cafés… tout ca ne sert plus à rien.

Dès à présent, il faut aller chercher l’information par soi même afin de clarifier et de réorganiser ses idées, il faut aider et soutenir concrètement les partis auxquels nous adhérons. Arrêtons de bloguer, arrêtons de suivre les médias et allons puiser à la source. Aidons à la préparation des meetings et conférences, offrons de la main d’œuvre aux partis qui se sont mis en évidence à travers le dur travail de ses adhérents. Récompensons leurs efforts en écoutant d’abord ce qu’ils ont à nous dire, essayons de les suivre dans leurs raisonnements, posons leurs nos questions, intimidons les, provoquons les (dans le bon sens du terme), parlons d’eux avec humour, désacralisons cette image de politicien intouchable, rapprochons les de nos quotidiens. Après, si nous nous sommes plus d’accord, si nos opinions ne concordent pas, je vais voir ailleurs, je m’ouvrirai aux autres partis, c’est ça la démocratie.

Mon vote est vital et précieux, il sera raisonné, réfléchi et convaincu ou ne le sera pas.

Allez, ce n’est pas tout ca, mais je dois aller vite finaliser le lancement de mon propre parti…