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Par : Mohamed Arbi Nsiri
In memoriam Chokri Belaïd

Le mot démocratie (la dêmos Kràtos de l’époque antique) est l’un des termes les plus usités du vocabulaire politique. Cette notion forte, par sa dimension transculturelle a donné matière à de très nombreux écrits et réflexions. Ainsi, pour Alix De Tocqueville (1805-1859) ; dont le chef d’œuvre « De la démocratie en Amérique » marque l’avènement dans la pensée politique moderne ; la démocratie est liée au développement graduel de l’égalité des conditions et donc elle est un fait providentiel basé sur la durabilité dans le temps et sur l’universalisme au niveau spatial.

Ce constat a amené l’auteur à dire que la démocratie est la conséquence de l’égalité et qu’elle est aussi un gouvernement auquel le peuple prend une part importante car son sens profond est intimement lié à l’idée de la liberté publique. En effet, l’idée démocratique ne peut se réduire à un ensemble de garanties contre le pouvoir autoritaire. 

Le continent européen sur lequel est née la démocratie a subi au 19ème siècle de multiples totalitarismes. Le champ démocratique s’est de ce fait limité à la mise en œuvre d’un ensemble de garanties prévenant l’arrivée au pouvoir des dirigeants contre la volonté populaire. Mais l’idée démocratique ne peut s’en contenter et doit trouver un contenu positif car la culture démocratique et fortement liée à l’idée de la citoyenneté.  C’est dans l’acteur social que doit se combiner la raison et la mémoire sans laquelle n’existent pas d’acteurs produisant l’histoire.

Ces deux faces de l’action sociale requièrent des conditions institutionnelles qui sont la définition même de la démocratie dont la notion combine trois composantes excluant tout principe supérieur : Il n’y a pas de démocratie sans libre choix des gouvernants par les gouvernés, sans respect des droits fondamentaux ni sans respect de la citoyenneté. Le lien qui unit ces trois principes existe précisément qu’avec la mise en pratique d’un principe central de pouvoir et de légitimation. Par le double refus de l’État autoritaire, les sociétés modernes essayent de «réassocier» le monde politique à l’éthique, tout en respectant les réalités du terrain.

Néanmoins, il faut noter que l’idée démocratique s’affaiblit, à travers la perte de légitimité des institutions, la croissance des inégalités et de la misère, l’absence de solidarité et la montée des intégrismes religieux. La perte de sens et de rêve d’un monde meilleur, au moins différent, amène à la domination sans partage d’un nouveau système oligarchique basé sur la concentration croissante du pouvoir décisionnel par une caste restreinte de dirigeants politiques.

Avec conscience et raison, beaucoup de chercheurs s’interrogent sur le contenu social et culturel de ce système, et les conflits de valeur entre société civile et société politique. Suivant cette méthodologie authentique qui reste cohérente avec les objectifs de cette expérimentation on peut poser la question suivante : Comment permettre à chacun d’être acteur et non plus simple ressource au service des différents pouvoirs, en renouvelant la liberté individuelle et celle des systèmes ?

S’il n’y a pas de démocratie sans libre choix des gouvernants par les gouvernés, alors le système politique mis en place n’est pas une démocratie. Y-a-t-il pour autant contradiction à décider de l’accès au pouvoir tout en répondant aux demandes de la majorité ? Chacun écrivant sur la démocratie, commence par distinguer les démocraties « directes »  de celles « indirectes » dites aussi démocratie représentative.

Ceux qui se concentrent sur les institutions opposent parfois la « démocratie des assemblée » à la « démocratie parlementaire » ; mais la distinction est la même car dans une démocratie directe, le peuple se gouverne effectivement lui-même, c’est-à-dire que chacun à le droit de la prise de décision comme l’était le model grec antique, tandis que l’autre système repose sur le choix des représentants du peuple pour prendre des décisions au nom du groupe.

Les analyses conceptuelles de la démocratie affichent toujours à assurer que la démocratie directe n’existe plus du moins dans les États moderne contrairement à la conception antique. Cette indiscutable vérité tend à être suivie de l’affirmation qu’une telle démocratie ne peut plus exister à cause de la taille des sociétés contemporaines. On peut adopter une attitude historique différentes, tournée vers d’autres types d’expériences humaines ce qui tend à prendre des formes variables selon la nationalité de l’auteur, selon son idéologie et selon son école philosophique … (etc).

Le monde anglo-saxon a porté son regard vers les cités-États grecques de l’époque classique pour s’inspirer de ce model ; c’est pourquoi ils sont irrésistiblement attiré par leurs propre forme de démocratie directe traduite dans les assemblée communale (The town meeting). Les français, depuis Jean Jacques Rousseau, ont dirigé en outre leurs regards vers la Rome antique pour trouver leurs sources inspiratrices.  

Affirmant que la démocratie est une politique de la reconnaissance de l’autre, les philosophes des lumières ont développé les thèmes de la diversité humaine, de la nécessité à vivre ensemble avec nos différences. C’est l’appel à un monde pluriel, fait d’échanges et de respect où la mémoire nourrit les hommes sans les figer.

Néanmoins, la démocratie peut être menacée si elle se fragmente en un ensemble de communautés enfermées dans la défense de leurs identités idéologiques ou de leurs intérêts,  c’est-à-dire des mondes clos, non-communicants qui font les baronnies du monde politique. C’est pourquoi l’une des réflexions les plus inspirées du siècle des lumières touche aux interactions entre philosophie et politique.

La démocratie doit reconnaître ainsi les conflits des idées tout en favorisant un espace de débats et de délibérations puisqu’il s’agit d’un système institutionnel qui assure la combinaison entre la réflexion intellectuelle et le fait politique. L’éthique contribue évidemment à reconstruire l’espace public en insistant sur la transparence, sur l’égalité et sur la supériorité de la loi. Le souci de l’intérêt général doit aussi permettre un référentiel commun de valeurs, ce qui nous amène à dire qu’un « Tractatus politicus » est indissociablement une œuvre de pensée dont la signification doit être basée sur la liberté de pensée, la liberté s’exprimer pour arriver à traduire le fond profond de l’idée démocratique.