Les articles publiés dans cette rubrique ne reflètent pas nécessairement les opinions de Nawaat.

Je souhaite user de mon droit de réponse pour éclairer l’aspect fondamentalement biaisé de l’article de Rihab Boukhayatia « Sihem Ben Sedrine, 25 ans de prison : le triomphe de l’impunité ? »

Je ne m’arrêterai pas sur l’usage abusif de l’IA pour défigurer mon image afin d’asseoir un narratif hostile, déroulé tout le long d’un article qui est présenté comme une défense de mon cas. En réalité il s’agit d’un texte manipulatoire dont la structure vise à justifier l’injustifiable : ma condamnation à 25 ans de prison.

L’auteure y utilise une technique classique de désinformation : le “sandwich” de crédibilité.

Pour faire croire à une analyse objective, le texte commence par m’attribuer mon héritage de lutte contre la dictature, puis cite des experts de l’Instance pour détailler la méthodologie irréprochable de l’IVD. Mais entre ces deux couches de vérité, l’auteur glisse les pires rumeurs à mon encontre depuis la dictature de Ben Ali.

Plus de la moitié de l’article est en effet consacrée à ressortir de la naphtaline de vieux conflits internes de l’IVD, des rumeurs de mauvaise gestion et des plaintes d’anciens membres révoqués par le Conseil de l’IVD. Sous couvert d’objectivité, on dresse le portrait d’une femme autoritaire et contestée, installant ainsi dans l’esprit du lecteur l’idée que sa condamnation pénale ne serait finalement pas totalement imméritée.

Pourtant, la journaliste elle-même détruit son propre argumentaire au paragraphe 13, en admettant que “la personnalité controversée de Sihem Bensedrine et les critiques concernant sa gestion de l’IVD n’impliquent pas la solidité juridique des accusations de « falsification »”. Si elle le sait, pourquoi avoir passé 80% de l’article à mêler ces critiques à l’affaire pénale? Parce que l’objectif n’est pas d’analyser le verdict, mais de conditionner le lecteur à l’accepter.

Sur le plan juridique, l’accusation de “falsification” concernant le paragraphe de la BFT est un faux procès éventé. Comme le rappelle mon avocat dans ce même article, ce paragraphe existait publiquement dès le 14 décembre 2018. Il n’a pas été “glissé” en secret, mais reporté dans la version finale selon les règles prévues par le procès-verbal du Conseil de l’IVD.

Sur le plan journalistique, l’auteure de l’article utilise des formules lâches pour enfoncer le clou, tel que l’usage du conditionnel sans aucune vérification : *”auraient fait l’objet de poursuites lancées à son initiative”, on l’anonymat : *”certains lui reprochent également d’avoir profité…”. C’est une technique de lâcheté journalistique : on lance l’accusation sans avoir à la prouver, en la faisant porter par des “on” indéfinis

En reliant une guérilla politique passée à une machination judiciaire présente, cet article ne fait pas le travail de la mémoire : il fait exactement le travail de ceux qui veulent effacer l’héritage de la justice transitionnelle. Discréditer le rapport de l’IVD en discréditant sa présidente : c’est le naufrage de l’esprit critique.