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Quand les portes du gouverneur de Gafsa se ferment devant nous, à qui s’adresser ?

C’est ainsi que les jeunes sit-inneurs ont eu l’idée de marcher, durant 8 jours, jusqu’ à la place de la Kasbah « où tout se décide ». Le 1er février, ils entament leur marche stoppée depuis lundi au niveau de la cité El Mourouj. Originaires d’une des régions la plus touchée par le chômage ( 26,2 % en 2014 ), les 57 chômeurs sont déterminés à sonner le glas des promesses non tenues du pouvoir.

la nuit sous la pluie et le froid

Au troisième jour du sit-in « forcé » au parc de cité El Mourouj, les chômeurs reçoivent, Fakher Gafsi, le gouverneur de Tunis, et non Abdelatif Missaoui, celui de Ben Arous. Venu en tant que messager de Habib Essid, le gouverneur essaye de rassurer les chômeurs de Gafsa :

Je viens pour vous dire que le premier ministre est au courant de vos demandes. Vous pouvez rentrer chez vous !

Mais les protestataires ne sont pas satisfaits et gardent le semblant de campement que les forces de l’ordre essayent de leur arracher. « Hier soir, les policiers nous ont enlevé deux tentes et nous avons, donc, passé la nuit sous la pluie et le froid », témoigne Hosni Salhi, 30 ans, chômeur depuis 10 ans et porte parole du sit-in.

Avant de décider de parcourir les 450 kilomètres jusqu’à Tunis, les chômeurs ont tout essayé avec les responsables régionaux. « Après plusieurs manifestations pacifiques dans la ville de Gafsa, nous avons demandé de voir le gouverneur. Sans réponses de sa part, nous avons entamé un sit-in au siège du gouvernorat. Encore une fois, le gouverneur a refusé de nous recevoir. Après, il nous a tout simplement signifié qu’il n’a aucune solution et que nous pourrions mettre le feu dans la ville » explique Mohammed Tlili, 29 ans, diplômé en tourisme et au chômage depuis une dizaine d’années.

« Les pieds gonflés et ensanglantés, nous avons continué notre marche »

Sur le chemin, nous avons vu de toutes les couleurs. Des inconnus nous ont agressé en nous jetant des pierres, d’autres nous ont insulté. Des partis politiques ont tenté de récupérer notre marche.

Entouré de ses compagnons de route, Mohammed raconte le long périple de la marche de la dignité et de l’emploi « Sur le chemin, nous avons vu de toutes les couleurs. Des inconnus nous ont agressé en nous jetant des pierres, d’autres nous ont insulté. Des partis politiques ont tenté de récupérer notre marche. Mais nous n’avons pas cédé. Les pieds gonflés et ensanglantés, nous avons continué notre marche. Et nous y voilà ! forts et debout ! Y – a-t-il une autre preuve plus percutante que nous avons raison et qu’ils ont tort ? ».

Mabrouk Miloud, 33 ans, chômeur depuis 10 ans, s’insurge contre la répression policière et la criminalisation de la contestation sociale. « Au lieu de me recevoir et d’étudier mon dossier, le délégué régional de Gafsa, Hatem Jebali, a choisi d’appeler la police. Ils m’ont arrêté durant des heures. Puis, ils m’ont obligé à signer un engagement sur l’honneur de ne plus franchir le seuil de la délégation et de ne plus réclamer du travail. Demander du travail est devenu un crime ! La justice sociale, la dignité et le bonheur sont inscrits dans la nouvelle constitution mais le pouvoir insiste de nous y priver » affirme Miloud, le visage tendu et fatigué. À Gafsa, Miloud habite dans une cabane « qui risque d’effondrer à n’importe quel moment sur ma mère et mes deux sœurs ».

Les sit-ineurs forcés ne demandent pas uniquement de l’emploi. Ils revendiquent une administration locale plus à l’écoute et plus transparente.

Comment les habitants de la région la plus riche du pays soient aussi pauvres et marginalisés ? L’argent est dans les poches des riches et des responsables. Les postes de l’administration publique se vendent entre de 500 à 3000 dinars. Le comble est que tout le monde soit au courant, affirme Mohamed.

Alors qu’à Gafsa l’ambiance est de plus en plus tendue, suite à la tentative de suicide collectif d’hier, Afef Gherissi, 37 ans, diplômé en gestion de ressources humaines et au chômage depuis une dizaine d’année, appelle le pouvoir à arrêter son « baratin politique ». « Nos dirigeants doivent changer leur stratégie envers les régions défavorisées. Les promesses non-tenues, les demi-mesures et les actions de charité gouvernementale ne sont plus suffisants. Il faut restructurer tout le système économique et revoir la stratégie de l’emploi. Cette révolution est sociale et elle le restera » explique la jeune femme avant d’ajouter « nous considérons que cette marche ne concerne pas uniquement Gafsa mais aussi Kasserine, Sidi Bouzid, le Kef et toutes les régions marginalisées ».

Devant les campeurs, la police a dressé des barricades. De l’autre coté de la rue, trois lycéens s’approchent du campement. Empêchés de franchir la ligne rouge de la police, l’un d’entre eux brandit le signe de la victoire aux misérables des temps modernes.