Les luttes sociales se multiplient, c’est une bonne nouvelle. Elles tendent à faire tâche d’huile dans tout le pays, c’est encore mieux. Et j’en suis très content. Ce qui est formidable dans ces luttes, c’est qu’elles montrent que, malgré la récession politique et la corruption des principales forces qui prétendent exprimer les intérêts des classes populaires, l’élan revendicatif donné par la révolution demeure une réalité.

Comme c’est pratiquement toujours le cas, ici ou ailleurs, quand les pauvres, ou d’autres groupes sociaux opprimés, revendiquent activement leurs droits, on entend beaucoup parler de manipulation. Il y aurait déjà beaucoup à dire sur la notion de manipulation. A supposer qu’elle ait vraiment un sens dans le cas des luttes collectives, sociales ou politiques, elle est généralement considérée comme une action de bas en haut, exercée par un individu ou un groupe sur une matière sociale passive et dépourvue de toute autonomie. Une telle manière d’envisager les choses est extrêmement problématique. Mais laissons cela, je n’ai pas envie de devenir sociologue.

Ennahdha, certaines cliques de Nida Tounes, l’UGTT, des groupes de gauche, sont accusés, les uns ou les autres, de susciter les mobilisations de ces dernières semaines ou de mettre de l’huile sur le feu. Quand bien même cela était le cas, et je suis sûr du contraire, cela ne changerait rien. Admettons pourtant que tel ou tel parti se solidarise des protestataires en fonction de calculs qui lui sont propres, admettons même que pour des raisons a priori peu sympathiques, il encourage, au moins ponctuellement, le développement et l’extension de ces luttes, peut-on pour autant affirmer que celles-ci sont manipulées, injustifiées, illégitimes ? Assurément non.