Par Amjad Ghazi

Nous sommes bien obligés de constater que Halima reprend ses vieilles
habitudes. 24 heures après le départ de M. Frahat Rajhi du Ministère de l’Intérieur, les milieux autorisés s’autorisent un silence irresponsable à plus d’un titre.

Ce ministère, rendu la pierre angulaire de tout l’édifice gouvernemental par le régime défunt, demeure d’une importance capitale pour la vie de tous, pour la réussite ou l’échec de la Révolution. La purge –il faut appeler les choses par leurs noms-salutaire n’a pas été menée à son terme ; ce n’est un secret pour personne.

Ce ministre qui a tranché par sa parole claire et ses manières «fils du peuple » a été la cible dès son installation par les gens du sérail. On lui a reproché son manque de professionnalisme. Un Conseiller, il se reconnaîtra, voulant se refaire une virginité a même dit trouver « ce bleu sympathique». Peut-être a-t-il dit « préférable ». Je cite de mémoire ; pas le temps de vérifier.

Pensez donc, un ministre qui se fait voler son portable ! et au ministère ! A l’autre bout, la rue l’a trouvé, allez savoir pourquoi, bon ministre. Ceux que la chose publique intéresse, et ils sont fort nombreux en ces journées révolutionnaires, lui savent gré au moins pour deux avancées notables : la disparition –espérons que ce n’est pas sur le seul papier- de la sécurité de l’Etat, la Stasi tunisienne, et le procès en dissolution intenté au presque déjà hors la loi RCD.

Son départ ne relève donc pas très précisément du fait divers. Et l’on nous doit des explications. Cela concerne tout le monde. On comprend bien le silence de celui qui part, particulièrement dans des circonstances pareilles. On peut deviner et justifier sa réserve. Mais le mutisme de ceux qui président à nos destinées ?

Messieurs et Mesdames de la Présidence Provisoire, du Gouvernement Provisoire, vous êtes sous le regard du peuple ; et ce peuple est, sans démagogie, majeur. Il l’a prouvé à la face du monde, de mille et une nobles façons. Vous êtes surtout sous le regard de ceux qui ont payé de leurs libertés et donné leurs vies pour que vous soyez là où vous êtes. Pour que vous prépariez l’avènement de la démocratie. Pour que la conduite des affaires du peuple soit visible, lisible, et clairement discutée. Pour que chacun décide, en connaissance de cause, d’accepter ou de refuser ce que dit et fait l’homme ou la femme politique.

Votre silence nous dit, entre autres choses pénibles, que vous pensez que la fête est désormais finie, qu’il faut laisser les grands s’occuper, maintenant, des grandes choses.

Votre silence alimente par ailleurs la rumeur ; « jarîdat qâlû » est un poison mortel que vos anciens nous ont servie et resservie jusqu’à la lie, jusqu’à la nausée, pour les raisons que vous savez.

Cela est inadmissible en toutes circonstances, sous toutes latitudes. Venant d’instances provisoires que personne n’a élues, cela est, de surcroît, insupportable. Et on vous l’envoie pas dire.

Que les partis dignes de ce nom exigent des explications, et les associations qui se battent pour la démocratie. Que les journalistes libres et démocrates fassent leur travail. Que ce silence qui confine au mépris se rompe, ne constitue pas un précédent. Sous aucun prétexte.

Le temps des sérails est révolu. Et la raison d’Etat fait toujours le malheur des peuples.