Crédit photo: leaders.com.tn

Le complot. Des “mains obscures”. Des “parties bien connues”. Des résidus de l’ancien régime. Des extrémistes de gauche. Ce refrain est entendu par le peuple depuis que la troïka s’est formée. Il avait commencé avec la diatribe de Mohamed Abbou à l’assemblée constituante lorsque l’opposition avait dénoncé le projet de constitution provisoire (l’histoire a donné raison à cette dernière après l’affaire Baghdadi).

Au début, c’était la gauche. La gauche, celle qui n’avait obtenu que 0.0000% selon les nouveaux hommes forts du pays. Avec si peu, elle réussissait quand même à être derrière tous les maux de la patrie. Grèves, sit-in, tout était de sa faute. Derrière chaque problème, se cache un gauchiste. Il ne restait plus qu’à attendre parler de l’arrivée imminente des chars soviétiques sur l’avenue Bourguiba.

Dans la foulée, c’était au tour de l’UGTT. Tout va pour le mieux dans le pays. Le seul fautif est le syndicat. Tout irait tellement mieux sans lui. Après la grève des agents de municipalité, ses locaux furent attaqués à plusieurs endroits. La réaction ne s’est pas faite attendre. La centrale syndicale est la seule organisation du pays capable de mobiliser la rue à travers tout le pays. Le pouvoir comprit qu’il s’agissait là d’un gros morceau, son tour viendra, mais pas maintenant.

On passa ensuite à taper sur les journalistes. Toute personne qui critiquait le pouvoir était taxée de rcdiste. Qu’importe que le gouvernement nomme lui-même des rcdistes à la tête des médias. Ce sont les journalistes qui dénoncent ces nominations qui sont issus de l’ancien régime. Le sit-in devant la TV nationale, où l’on agressa tous ceux qui y travaillaient (journalistes ou pas) fut emblématique du fascisme du parti au pouvoir. La calomnie, la violence, exercée dans l’impunité la plus totale. Pourtant, on ne trouve pas les mêmes indignations quand il s’agit de Arbi Nasra et de sa chaîne Hannibal TV. Evidemment on ne va pas demander des comptes à celui-là. Surtout quand il invite chaque samedi soir un membre du gouvernement pendant deux heures. Ou qu’il transmet le congrès d’Ennahdha. Ou qu’il réalise un reportage sur la présidence de la république comme au bon vieux temps avec Ben Ali. Il y a les bons rcdistes, et les mauvais rcdistes. Les mauvais rcdistes n’étant pas obligé d’être nécessairement des partisans de l’ancien régime pour avoir cette étiquette charmante.

Arriva Béji Caid Essebsi. Et cela repartit de plus belle: attention au retour du RCD. Tout était maintenant imputé au RCD, et en particulier à Caid Essebsi. Ennahdha avait pourtant bien proposé Béji Caid Essebsi à la présidence de la république (ainsi que Ahmed Mestiri et Ahmed Ben Salah) après les élections. Mais lorsqu’il est notre candidat, c’est un homme d’état, patriote et un personnage historique (d’après Rached Ghanouchi lui-même). Dès lors qu’il devient dangereux pour nos intérêts, c’est une autre histoire. Là encore, il y a les bons vieux destouriens, et il y a les mauvais. Comme Chedli Ayari, nommé à la tête de la Banque Centrale.

Aujourd’hui, avec les événements de Sidi Bouzid et les manifestations à plusieurs endroits, le parti au pouvoir nous fait un concentré de tout ce qui a été dit précédemment. Une alliance entre l’extrême gauche, l’UGTT et le RCD (entendez par là Nidaa Tounes). Un discours qui nous rappelle celui du sinistre Mezri Haddad qui nous parlait lors de la révolution d’une “horde de fanatiques et de néo-bolchéviques” qui semait la terreur dans le pays.

Manipulation, calomnie, mensonges à répétition, telle semble être la seule devise de ceux qui nous gouvernent. Le gouvernement et la troïka avec cette attitude sont entrain de creuser leur propre tombe. Croient-ils réellement pouvoir tromper les gens avec ces petites manigances et ficelles bien connues?

Par Hedi Attia