Une quinzaine de jeunes ont pris la mer depuis Zarzis. Un seul a survécu. Malgré les morts qui s’accumulent et la chasse aux départs menée avec l’appui de l’Europe, des centaines de Tunisiens rêvent encore de la traversée.
Une quinzaine de jeunes ont pris la mer depuis Zarzis. Un seul a survécu. Malgré les morts qui s’accumulent et la chasse aux départs menée avec l’appui de l’Europe, des centaines de Tunisiens rêvent encore de la traversée.
Il est des corps que l’on surveille avant même qu’ils aient appris à se connaître. Des corps que l’on couvre, que l’on juge, que l’on protège jusqu’à les enfermer. Avec “L’amande”, publié sous le pseudonyme de Nedjma, une femme ose déplacer le silence: raconter le désir féminin, c’est déjà contester ceux qui prétendent en fixer les limites. Mais derrière le roman érotique se dessine une question plus vaste, plus intime et profondément politique : à qui appartient le corps d’une femme lorsqu’une société entière croit avoir son mot à dire ?
La série macabre des morts suspectes en détention se poursuit. L’été caniculaire contribue à anéantir le peu de dignité qu’offraient encore les prisons tunisiennes. Derrière les communiqués de l’administration pénitentiaire, la mort en détention reste, presque toujours, une affaire sans coupable.
Trois mille ans de civilisation, une lumière méditerranéenne, une fierté arabo-islamique. C’est ainsi que nous aimons nous raconter. Mais depuis le discours du 21 février 2023, un autre visage est apparu dans le miroir tunisien : agressions, expulsions, morts dans le désert, une militante emprisonnée, une Europe complice. Ce texte est une traversée de cette blessure et une question posée à nous-mêmes, sur ce que nous sommes devenus.
L’injustice subie par ce journaliste, depuis son arrestation, illustre l’aveuglement d’un pouvoir aux abois. En même temps, l’élan de solidarité qu’il suscite montre les limites de la politique de répression qui s’abat sur les journalistes et les opposants.
La stigmatisation en santé mentale en Tunisie ne résulte pas seulement d’un manque d’information. Elle peut aussi persister dans des milieux cultivés, lorsque des termes issus du champ médical sont employés sans mesurer leur portée symbolique et sociale. Les journalistes, responsables politiques, artistes, ont un rôle particulier dans la construction des représentations collectives.
Le Code du statut personnel a libéré la famille du carcan religieux, mais pas l’individu. Surtout pas la femme. Soixante-dix ans après son adoption, le CSP reste l’un des derniers remparts juridiques contre lequel s’acharnent les conservatismes. Et derrière les célébrations du 13 août, une question demeure : que reste-t-il de l’émancipation lorsque l’égalité elle-même devient négociable ?
La modernité ne consiste pas à abandonner une culture pour une autre. Elle correspond plutôt à la capacité d’une société à utiliser ses propres ressources historiques tout en adoptant les outils universels de la connaissance. L’histoire de la Tunisie est marquée par des figures réformatrices qui ont tenté de concilier ouverture intellectuelle et affirmation identitaire. Mais cet héritage doit être renouvelé.
En Tunisie, comme ailleurs, la coexistence entre identité sociale et identité numérique révèle parfois un décalage. Des propos qui seraient modérés dans l’espace réel peuvent être exprimés plus facilement en ligne, car la distance physique diminue le poids du regard social immédiat. Or une société qui règle toutes ses blessures à travers les réseaux sociaux risque de transformer le débat public en confrontation permanente.
Vivre à plusieurs dans quelques mètres carrés, partager un lit quand la chance le permet, boire, manger, dormir dans le même périmètre étouffant, sans autre horizon que des murs de béton. Alors que la Tunisie suffoque sous une chaleur de plomb, des milliers de détenus purgent une double peine : celle de la prison, et celle de ses conditions indignes. Et des décès suspects en quelques jours, reflétant une réalité carcérale que l’Etat peine à assumer.
Nous prenons acte du droit de réponse de Madame Ben Sedrine. Et si nous contestons sa lecture de notre article, nous réaffirmons notre solidarité à son égard face à l’acharnement judiciaire dont elle est actuellement l’objet.
Je souhaite user de mon droit de réponse pour éclairer l’aspect fondamentalement biaisé de l’article de Rihab Boukhayatia « Sihem Ben Sedrine, 25 ans de prison : le triomphe de l’impunité ? »
Derrière la transe, derrière la sueur et le mouvement, il y a une histoire qui sent le cuir tanné, le roseau et la corne de vache, et qui raconte mieux que n’importe quel livre l’âme de la Tunisie profonde. Ce texte est dédié à Salah Farzit, qui a passé cinq décennies à moderniser le mezoued sans jamais trahir son âme populaire.
Une canicule, une inondation, des coupures d’eau et d’électricité, la soif, une calamité de plus. Peu importe le désastre : il y a toujours un coupable tout trouvé. Les femmes, leurs corps, l’art, la joie de vivre.
Lorsqu’une société ne dispose pas d’espaces permettant de reconnaître les souffrances du passé, celles-ci ne disparaissent pas nécessairement. Elles peuvent continuer à influencer les relations présentes. Quand certains sont appelés à « tourner la page » sans qu’il ne leur soit permis de participer à l’écriture de cette page, la mémoire risque de se transformer en conflit permanent.
Les relations entre le Parlement et le gouvernement n’ont jamais été aussi délétères. La plupart des ministres n’assistent plus aux débats. Le président, lui, ne se gêne plus à traiter ses ministres avec condescendance et, en cas de difficulté, à les jeter à la vindicte populaire. Autant de signes d’une rupture à tous les niveaux de la décision.
Le délestage n’est plus seulement un fait technique : c’est devenu, en quelques jours, un objet de colère et de demande de comptes. L’électro-caniculo-phobie naît précisément à cette jonction : entre un corps qui ne supporte plus la chaleur et une infrastructure qui ne suit plus. En Tunisie, le malaise de ce mois de juillet 2026, devient ainsi un phénomène psycho-socio-climatique émergent.
Vingt-cinq ans de prison pour avoir présidé la commission chargée d’établir la vérité sur les crimes de la dictature. Le verdict contre Sihem Ben Sedrine referme, six ans après sa publication, le rapport le plus dérangeant de l’histoire récente tunisienne.