Médias, institutions publiques, réseaux sociaux : en temps de crise, ces sources devraient éclairer les citoyens. Or, en Tunisie, elles ne jouent pas pleinement ce rôle, et le citoyen se retrouve sans repères. L’été 2026 en offre la démonstration.
Médias, institutions publiques, réseaux sociaux : en temps de crise, ces sources devraient éclairer les citoyens. Or, en Tunisie, elles ne jouent pas pleinement ce rôle, et le citoyen se retrouve sans repères. L’été 2026 en offre la démonstration.
Dans “Bakma”, le film réalisé par Abdelhamid Bouchnak, la peur ne vient plus de ce que la caméra consent à taire. Elle monte de nos rues, de nos escaliers, de nos commissariats, de ces lieux familiers dont la violence a fini par se confondre avec le décor. Ce film n’est pas qu’une fiction : c’est un procès. Et l’on s’aperçoit vite, dans le noir, que le banc des accusés est de notre côté de l’écran.
La Tunisie célèbre chaque 23 janvier l’abolition de l’esclavage, rarement ceux qu’elle a libérés. Or ce silence cause des ravages. Il alimente le racisme d’aujourd’hui, de la discrimination quotidienne aux discours officiels sur les migrants subsahariens. Dans « Les héritiers du silence », Abdelhamid Larguèche retrace la traite transsaharienne et redonne voix à ceux qu’on a fait taire.
Ressource vitale dont l’État est censé garantir l’approvisionnement, l’eau est devenue, de juillet à septembre, un enjeu de crise. Laissant éclater au grand jour la gestion défaillante d’un pouvoir qui se contente d’invoquer les sempiternels arguments complotistes. Dans cette enquête, Nawaat tente d’apporter une explication rationnelle et factuelle.
Les médias ont une mission essentielle : informer, enquêter, et révéler les abus. Mais les médias fonctionnent aussi selon une logique particulière : celle de l’attention. La réussite d’une personnalité attire l’audience, mais son scandale attire également l’audience. Ainsi, la célébrité et la chute appartiennent parfois au même mécanisme médiatique.
Défendre les acquis juridiques ne suffit pas. Il faut démonter les discours qui banalisent le viol, protéger les victimes de la culpabilisation. Le consentement est une frontière que nul pouvoir sur autrui ne peut franchir. Il faut aussi refuser qu’on fasse du divorce, de la liberté sexuelle ou de l’indépendance financière des femmes le coupable de toutes les crises du moment.
Des groupes de presse à la télévision, en passant par la radio nationale, les médias publics tunisiens traversent sans doute la période la plus sombre de leur histoire. C’est pire que sous Ben Ali, résument des journalistes travaillant pour des médias publics. Enquête.
Hospitalisée après un viol collectif présumé à Mellassine, l’adolescente est déjà jugée sur les réseaux : son tatouage, ses cigarettes, ses vidéos. L’affaire Yakine révèle l’ampleur des violences sexuelles en Tunisie. En face, une loi avancée mais une société, puis une justice doutant toujours de la victime.
Le durcissement du discours anti-migrants en Tunisie fait des victimes parmi les populations les plus vulnérables : les enfants. Présentés comme des «colonisateurs», ils peinent à accéder à leurs droits les plus élémentaires, notamment le droit à l’éducation. Les causes sont multiples, mais le résultat est le même.
Après les médecins, les ingénieurs et autres professionnels qualifiés, ce sont désormais les artistes et les autres acteurs du secteur culturel qui quittent le pays. Le phénomène traverse toutes les disciplines : danseurs, comédiens, techniciens, musiciens… La quête d’un ailleurs se généralise.
Je regarde mes amis, mes camarades de toutes ces années, s’effondrer un à un. Certains restent en prison. D’autres sont partis le cœur arraché parce que l’amour ne suffit plus à tenir debout face à l’absurde. D’autres encore sont morts, pas d’un procès, mais de cette fatigue sourde qui use les corps qu’on a trop longtemps tenus tendus contre l’injustice.
Résultat de la vague d’arrestations et des campagnes de persécution ayant ciblé journalistes, militants et opposants politiques, la peur s’installe dans les esprits. Dans les rédactions, cela se traduit par une autocensure qui s’érige désormais en système.
La Tunisie n’a jamais été une chambre vide dans laquelle une nouvelle population serait entrée en effaçant tout ce qui précédait. Elle était déjà un territoire habité, cultivé, urbanisé, traversé par des échanges méditerranéens et sahariens.
Le calvaire vécu par les Tunisiens pendant l’été 2026 a mis à nu l’échec des politiques publiques dans tous les domaines. En même temps, le récit officiel qui ramène tout à une histoire de complots est démenti par les faits. Enquête.
Ses traits d’humour incisifs n’ont guère épargné les différents gouvernements qui se sont succédé depuis la Révolution. Mais ces dernières années, Haythem Mekki a fait l’objet de trois procédures judiciaires. Et voici qu’il est condamné à un an de prison sous le régime du 25 juillet.
Ils sont les chantres de la morale. Leur morale consiste à fouiner dans l’entre-cuisses des autres, dans une robe jugée trop courte ou une orientation sexuelle qu’ils devinent ou inventent. En témoigne l’affaire qu’ils ont surnommée « l’Epstein local ».
Après l’embellie de la révolution marquée par un vent de liberté, voici que les acquis médiatiques sont remis en question depuis le 25 juillet 2021. Les médias publics et privés courbent l’échine tandis que la répression s’abat sur les voix indépendantes. Mais des îlots de résistance entendent défendre les derniers bastions de la dignité journalistique.
Des journalistes croupissent en prison, d’autres attendent leur jugement, d’autres encore ont choisi l’exil. Le secteur est cerné de toutes parts, dans un pays devenu pour la profession une prison à ciel ouvert. Une liberté sous conditions qui n’a rien d’inconditionnel. L’arrestation, cette semaine, du rédacteur en chef du site Al Qatiba en est la dernière illustration.