La Tunisie n’a jamais été une chambre vide dans laquelle une nouvelle population serait entrée en effaçant tout ce qui précédait. Elle était déjà un territoire habité, cultivé, urbanisé, traversé par des échanges méditerranéens et sahariens.
La Tunisie n’a jamais été une chambre vide dans laquelle une nouvelle population serait entrée en effaçant tout ce qui précédait. Elle était déjà un territoire habité, cultivé, urbanisé, traversé par des échanges méditerranéens et sahariens.
Le calvaire vécu par les Tunisiens pendant l’été 2026 a mis à nu l’échec des politiques publiques dans tous les domaines. En même temps, le récit officiel qui ramène tout à une histoire de complots est démenti par les faits. Enquête.
Ses traits d’humour incisifs n’ont guère épargné les différents gouvernements qui se sont succédé depuis la Révolution. Mais ces dernières années, Haythem Mekki a fait l’objet de trois procédures judiciaires. Et voici qu’il est condamné à un an de prison sous le régime du 25 juillet.
Ils sont les chantres de la morale. Leur morale consiste à fouiner dans l’entre-cuisses des autres, dans une robe jugée trop courte ou une orientation sexuelle qu’ils devinent ou inventent. En témoigne l’affaire qu’ils ont surnommée « l’Epstein local ».
Après l’embellie de la révolution marquée par un vent de liberté, voici que les acquis médiatiques sont remis en question depuis le 25 juillet 2021. Les médias publics et privés courbent l’échine tandis que la répression s’abat sur les voix indépendantes. Mais des îlots de résistance entendent défendre les derniers bastions de la dignité journalistique.
Des journalistes croupissent en prison, d’autres attendent leur jugement, d’autres encore ont choisi l’exil. Le secteur est cerné de toutes parts, dans un pays devenu pour la profession une prison à ciel ouvert. Une liberté sous conditions qui n’a rien d’inconditionnel. L’arrestation, cette semaine, du rédacteur en chef du site Al Qatiba en est la dernière illustration.
Une quinzaine de jeunes ont pris la mer depuis Zarzis. Un seul a survécu. Malgré les morts qui s’accumulent et la chasse aux départs menée avec l’appui de l’Europe, des centaines de Tunisiens rêvent encore de la traversée.
Il est des corps que l’on surveille avant même qu’ils aient appris à se connaître. Des corps que l’on couvre, que l’on juge, que l’on protège jusqu’à les enfermer. Avec “L’amande”, publié sous le pseudonyme de Nedjma, une femme ose déplacer le silence: raconter le désir féminin, c’est déjà contester ceux qui prétendent en fixer les limites. Mais derrière le roman érotique se dessine une question plus vaste, plus intime et profondément politique : à qui appartient le corps d’une femme lorsqu’une société entière croit avoir son mot à dire ?
La série macabre des morts suspectes en détention se poursuit. L’été caniculaire contribue à anéantir le peu de dignité qu’offraient encore les prisons tunisiennes. Derrière les communiqués de l’administration pénitentiaire, la mort en détention reste, presque toujours, une affaire sans coupable.
Trois mille ans de civilisation, une lumière méditerranéenne, une fierté arabo-islamique. C’est ainsi que nous aimons nous raconter. Mais depuis le discours du 21 février 2023, un autre visage est apparu dans le miroir tunisien : agressions, expulsions, morts dans le désert, une militante emprisonnée, une Europe complice. Ce texte est une traversée de cette blessure et une question posée à nous-mêmes, sur ce que nous sommes devenus.
L’injustice subie par ce journaliste, depuis son arrestation, illustre l’aveuglement d’un pouvoir aux abois. En même temps, l’élan de solidarité qu’il suscite montre les limites de la politique de répression qui s’abat sur les journalistes et les opposants.
La stigmatisation en santé mentale en Tunisie ne résulte pas seulement d’un manque d’information. Elle peut aussi persister dans des milieux cultivés, lorsque des termes issus du champ médical sont employés sans mesurer leur portée symbolique et sociale. Les journalistes, responsables politiques, artistes, ont un rôle particulier dans la construction des représentations collectives.
Le Code du statut personnel a libéré la famille du carcan religieux, mais pas l’individu. Surtout pas la femme. Soixante-dix ans après son adoption, le CSP reste l’un des derniers remparts juridiques contre lequel s’acharnent les conservatismes. Et derrière les célébrations du 13 août, une question demeure : que reste-t-il de l’émancipation lorsque l’égalité elle-même devient négociable ?
La modernité ne consiste pas à abandonner une culture pour une autre. Elle correspond plutôt à la capacité d’une société à utiliser ses propres ressources historiques tout en adoptant les outils universels de la connaissance. L’histoire de la Tunisie est marquée par des figures réformatrices qui ont tenté de concilier ouverture intellectuelle et affirmation identitaire. Mais cet héritage doit être renouvelé.
En Tunisie, comme ailleurs, la coexistence entre identité sociale et identité numérique révèle parfois un décalage. Des propos qui seraient modérés dans l’espace réel peuvent être exprimés plus facilement en ligne, car la distance physique diminue le poids du regard social immédiat. Or une société qui règle toutes ses blessures à travers les réseaux sociaux risque de transformer le débat public en confrontation permanente.
Vivre à plusieurs dans quelques mètres carrés, partager un lit quand la chance le permet, boire, manger, dormir dans le même périmètre étouffant, sans autre horizon que des murs de béton. Alors que la Tunisie suffoque sous une chaleur de plomb, des milliers de détenus purgent une double peine : celle de la prison, et celle de ses conditions indignes. Et des décès suspects en quelques jours, reflétant une réalité carcérale que l’Etat peine à assumer.
Nous prenons acte du droit de réponse de Madame Ben Sedrine. Et si nous contestons sa lecture de notre article, nous réaffirmons notre solidarité à son égard face à l’acharnement judiciaire dont elle est actuellement l’objet.
Je souhaite user de mon droit de réponse pour éclairer l’aspect fondamentalement biaisé de l’article de Rihab Boukhayatia « Sihem Ben Sedrine, 25 ans de prison : le triomphe de l’impunité ? »