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Nous sommes un peuple déshumanisé et déshumanisant

Trois mille ans de civilisation, une lumière méditerranéenne, une fierté arabo-islamique. C’est ainsi que nous aimons nous raconter. Mais depuis le discours du 21 février 2023, un autre visage est apparu dans le miroir tunisien : agressions, expulsions, morts dans le désert, une militante emprisonnée, une Europe complice. Ce texte est une traversée de cette blessure et une question posée à nous-mêmes, sur ce que nous sommes devenus.

Contre l’usage insultant du terme “schizophrène”

La stigmatisation en santé mentale en Tunisie ne résulte pas seulement d’un manque d’information. Elle peut aussi persister dans des milieux cultivés, lorsque des termes issus du champ médical sont employés sans mesurer leur portée symbolique et sociale. Les journalistes, responsables politiques, artistes, ont un rôle particulier dans la construction des représentations collectives.

La Tunisie face au défi de la raison, de la science et de la liberté d’esprit

La modernité ne consiste pas à abandonner une culture pour une autre. Elle correspond plutôt à la capacité d’une société à utiliser ses propres ressources historiques tout en adoptant les outils universels de la connaissance. L’histoire de la Tunisie est marquée par des figures réformatrices qui ont tenté de concilier ouverture intellectuelle et affirmation identitaire. Mais cet héritage doit être renouvelé.

Réseaux sociaux tunisiens : l’espace numérique comme miroir des blessures collectives

En Tunisie, comme ailleurs, la coexistence entre identité sociale et identité numérique révèle parfois un décalage. Des propos qui seraient modérés dans l’espace réel peuvent être exprimés plus facilement en ligne, car la distance physique diminue le poids du regard social immédiat. Or une société qui règle toutes ses blessures à travers les réseaux sociaux risque de transformer le débat public en confrontation permanente.

La résistance du mezoued : Hommage à Salah Farzit

Derrière la transe, derrière la sueur et le mouvement, il y a une histoire qui sent le cuir tanné, le roseau et la corne de vache, et qui raconte mieux que n’importe quel livre l’âme de la Tunisie profonde. Ce texte est dédié à Salah Farzit, qui a passé cinq décennies à moderniser le mezoued sans jamais trahir son âme populaire.

Regard socio-éthique sur la rancune : une esquisse systémique

Lorsqu’une société ne dispose pas d’espaces permettant de reconnaître les souffrances du passé, celles-ci ne disparaissent pas nécessairement. Elles peuvent continuer à influencer les relations présentes. Quand certains sont appelés à « tourner la page » sans qu’il ne leur soit permis de participer à l’écriture de cette page, la mémoire risque de se transformer en conflit permanent.

Électro-caniculo-phobie : Esquisse d’un vécu tunisien

Le délestage n’est plus seulement un fait technique : c’est devenu, en quelques jours, un objet de colère et de demande de comptes. L’électro-caniculo-phobie naît précisément à cette jonction : entre un corps qui ne supporte plus la chaleur et une infrastructure qui ne suit plus. En Tunisie, le malaise de ce mois de juillet 2026, devient ainsi un phénomène psycho-socio-climatique émergent.

Liberté d’expression en Tunisie : Recul alarmant sous le joug du décret 54 et de l’article 86

Le journaliste Haythem El Mekki, condamné en appel à un an de prison, illustre l’escalade de cette pression judiciaire. Des organisations comme Human Rights Watch, Amnesty International, Reporters sans frontières (RSF) et le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) dénoncent la répression qui touche l’opposition, la société civile et les médias, avec une trajectoire clairement ascendante depuis 2023.

Salafisme et naufrage des espérances: la gauche arabe devant sa tentation réactionnaire

Le salafisme est souvent si régressif sur les libertés, qu’il pousse ses adversaires à répondre par moins de démocratie. On finit par dire : le peuple est trop religieux, donc il faut le surveiller ; les élections peuvent donner la victoire aux islamistes, donc il faut limiter les élections ; les masses sont manipulées, donc il faut qu’une élite décide à leur place. Ce raisonnement peut paraître efficace à court terme, mais il détruit à long terme l’idée même de gauche.

Al Mutanabbi: Le génie mercenaire ou l’âme vendue au pouvoir

Il est célébré comme le sommet absolu de la poésie arabe, cité par les manuels scolaires, récité comme un trésor national. Mais que reste-t-il du génie quand la plume se vend au plus offrant ? Portrait sans concession d’Al Mutanabbi, poète-courtisan du Xe siècle, dont le talent fulgurant n’a d’égal que l’ambivalence morale : entre vers immortels et versatilité cynique, entre fulgurances stylistiques et dérives racistes, voici l’envers d’une légende.

Peut-on agir sans désir de liberté ?

Comment, au bout de quelques années, est-on passé de la propagation de la joie à la propagation de la peur ? Et comment la révolution a cessé d’être un objet de désir ? Soutenir que c’est seulement parce que la sur-répression ne cesse d’augmenter serait un raccourci. Il faut aller par-delà du pouvoir politique et voir la société dans sa complexité, pour saisir les causes d’une telle résignation.