La famille et plusieurs personnalités politiques se sont rendues à la clinique où la dépouille du défunt Chokri Belaid a été transportée ce matin.

La famille et plusieurs personnalités politiques se sont rendues à la clinique où la dépouille du défunt Chokri Belaid a été transportée ce matin.

Le pays tout entier est sous le choc suite à l’assassinat de Chokri Belaïd que tous qualifient d’assassinat politique.

Assassinat de Chokri Belaïd : les déclarations d’un témoin oculaire

Nadia Daoued, journaliste habitant le même immeuble que Chokri Belaïd et qui a assisté depuis son balcon à l’assassinat a déclaré à la radio Shems FM qu’au moment où Chokri Belaïd sortait de l’immeuble une moto s’est arrêtée à son niveau. Un premier coup de feu a été tiré au niveau du torse, suivi de trois autres tirs en rafale. La journaliste a également déclaré avoir vu un individu parler avec le chauffeur de Chokri Belaïd quelques instants avant que celui-ci ne sorte de chez lui. Elle accuse le chauffeur de complicité car, selon ses déclarations, il est resté impassible après les coups de feu.

Le chauffeur de Chokri Belaïd, quant à lui, a déclaré à la chaîne El Moutawaset qu’au moment de démarrer la voiture il a remarqué que deux individus se sont approchés au niveau de la place passager où se trouvait Chokri Belaïd. Les assaillants ont tiré quatre coups de feu avant de s’enfuir.

Khaled Tarrouche, le porte parole du ministère de l’Intérieur, a déclaraé que les deux individus suspectés sont activement recherchés. Le tireur ainsi que le conducteur de la moto qui a servi de chauffeur au tireur.

Des réactions de la part de toute la société

Des partis politiques de l’opposition : le Front populaire, le Parti républicain, Al Massar et Nidaa Tounes appellent à une grève générale dans tout le pays.

Les syndicats de base des universités appartenant à l’Université de la  Manouba et relative à l’UGTT ont dénoncé ce crime, et toute forme de violence politique et imputent la responsabilité au gouvernement. Une gréve générale de deux jours a été décidée. Les syndicats appellent le pouvoir politique à décréter trois jours de deuil et à ouvrir une enquête. 

De nombreuses personnalités ont réagi à l’annonce de l’assassinat de Chokri Belaïd.

La veuve et le frère de Chokri Belaïd ont accusé directement le parti Ennahdha et Rached Ghannouchi d’être responsables de l’assassinat du leader du Front Populaire. Rached Ghannouchi, lui, se défendait en expliquant que ces militants n’y étaient pour rien.

La présidence de la République, dans un communiqué, s’est dit en état de choc suite à l’annonce de l’assassinat. Et Moncef Marzouki, en s’adressant au Parlement Européen, a déclaré que ce crime était un crime odieux. « C’est une menace et un message qui nous est adressé et que nous rejetons »  a-t-il ajouté.

Hamma Hammami, autre leader du Front populaire, a déclaré avoir perdu un ami dans un assassinat qu’il considère comme « planifié et exécuté par des professionnels. » Il estime également que cet acte : « a été commis par des partis politiques qui veulent enfoncer le pays dans le meurtre et l’anarchie. Tout le gouvernement, et tout le pouvoir assume la responsabilité de ce crime odieux car les menaces contre Chokri et d’autres ne datent pas d’aujourd’hui. »

Hamadi Jebali, Premier Ministre, a déclaré qu’aujourd’hui est un jour triste et historique à cause de l’assassinat de Chokri Belaïd, un enfant du pays, de nos enfants.

Le ministre de l’Intérieur Ali Larayedh a condamné un crime qu’il a qualifié « d’odieux », « d’acte terroriste » et « d’assassinat politique évident ». Pour lui ce crime est  « un coup pour l’expérience de la transition démocratique en Tunisie». 

Samir Dilou , ministre des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle, a déclaré sur les ondes de la radio Shems FM que l’assassinat de Chokri Belaïd s’apparente à un acte mafieux, de groupes terroristes ou encore de services de renseignement. Il appelle les membres d’Ennahdha à ne pas répondre aux accusations lancées contre le parti.

Maya Jribi a affirmé que le sang de Chokri Belaïd unira les Tunisiens pour la liberté et la démocratie et que le sang des Tunisiens qui a coulé pour gagner cette liberté n’aura pas coulé en vain.

Tahar Hmila, député démissionnaire du bloc CPR, a déclaré qu’après l’assassinat de Chokri Belaïd la Troïka n’a plus lieu d’être. Il a d’ailleurs indiqué vouloir proposer à l’Assemblée Constituante la dissolution de la Troïka et du gouvernement.

Dans un communiqué le parti Nidaa Tounes (Appel de la Tunisie) estime que l’assassinat de Chokri Belaïd est la conséquence de la violence organisée qui s’est généralisée ces derniers temps devant la passivité des autorités concernées et des justifications de certains partis politiques.

Houcine Jazziri, Sécretaire d’Etat aux Tunisiens à l’étranger, membre du parti Ennahdha, a déclaré que tout le monde est sous le choc et qu’il ne veut pas répondre aux attaques à l’encontre de son parti et qu’il préfère que les Tunisiens s’unissent et condamne la violence.

Om Zied, militante et journaliste, démissionnaire du parti CPR, dans une déclaration sur le site Assabah News que l’assassinat de Chokri Belaïd est un assassinat politique par excellence et demande à Ali Laraayedh de faire toute la lumière sur ce crime et ses protagonistes, avant de démissionner.

Dans un communiqué diffusé dans la journée Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH déclarait : « Nous sommes sous le choc. Avec l’assassinat de Chokri Belaïd un cap est franchi. Les autorités ont la responsabilité de diligenter immédiatement une enquête impartiale et doivent faire la preuve qu’elles sont au service de l’Etat, de la justice et de la sécurité des citoyens. Toutes les mesures nécessaires doivent être prises pour que ces crimes ne restent pas impunis et que la violence ne l’emporte pas. » 

L’ANC a suspendu ses travaux et a publié un communiqué où elle dénonce ce crime politique.

Au niveau international, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Navi Pillay, a condamné l’assassinat de Chokri Belaïd et s’est déclarée « extrêmement attristée par la nouvelle choquante du meurtre de M. Belaïd. »

Alors que Moncef Marzouki était au Parlement Européen, une minute de silence a été observée à l’issu de son discours en mémoire du défunt.

En France un rassemblement a été organisé devant l’ambassade de Tunisie à Paris ce soir. Plutôt dans la journée François Hollande, dans un communiqué de la Présidence de la République française, condamnait fermement l’assassinat de Chokri Bealïd.