Le 13 janvier 2016, nous avons publié, à l’occasion de l’investiture du gouvernement Essid, un papier intitulé «Quelle intelligibilité pour le Gouvernement Essid II ?». À cette occasion, nous avons exprimé nos doutes à propos de la longévité du second Gouvernement Essid du fait d’une navigation à vue par une équipe gouvernementale hétéroclite.

De même, au sein de ce papier nous formulions déjà ceci :

«Au-delà de Habib Essid, il n’est pas exagéré de prédire que de la réussite du nouveau gouvernement Essid dépendra également la longévité de l’actuelle ARP. Si la menace terroriste est parvenue, à ce jour, à tempérer les ardeurs politiques, il n’est pas exclu que la dégradation politique, si elle venait à se poursuivre, ne trouve une issue par la recomposition de l’ARP via des législatives anticipées».

Avec un troisième gouvernement depuis l’élection de Caid Essebsi à la présidence de la République, la Tunisie continue toujours à naviguer à vue avec une équipe gouvernementale tout aussi hétéroclite.

Les partis politiques victorieux aux législatives ont trouvé une bien curieuse manière de gouverner la Tunisie. Ils fuient leurs responsabilités et leurs promesses électorales pour se défausser sur des «gouvernements-fusibles» !

Si Habib Essid en a été victime, il a cependant quitté ses fonctions la tête haute en refusant de démissionner, consacrant ainsi par la pratique le fait constitutionnel qu’il n’appartient à personne de «congédier» le Premier ministre hormis la représentation nationale.

Et qu’en est-il aujourd’hui avec ce troisième gouvernement fraichement installé ?

Le discours d’investiture du Premier ministre a relevé, il est vrai, d’un style nouveau ; néanmoins demeuré cantonné à des envolées lyriques Karbouliennes, du fait de l’absence d’un programme concret. Les slogans, comme ceux de la « feuille de Carthage », furent la règle au sein d’un discours avare en matière de mentions relatives aux libertés fondamentales.

Mais pouvait-il en être autrement ?

Probablement pas ! Car aucun gouvernement démocratique ne peut se substituer aux élus de l’assemblée, dont, faut-il le rappeler, l’élection même à ladite assemblée, le fut sur la base d’un programme politique.

L’implosion de « Nidaa Tounis », tout juste après les législatives, a faussé le jeu politique. Ce dernier étant incapable de gouverner seul et trop divisé pour avoir un poids au sein d’une coalition quelconque, avec, de surcroît, une Nahdha qui se complaît dans l’accoutrement de l’ambulancier et l’on obtient tous les ingrédients d’un réel blocage politique. Face à ce blocage, nous voyons mal une issue hormis celle du recours à des législatives anticipées afin de dégager une nouvelle majorité à même de gouverner le pays. Entre temps, il reste à deviner la date de péremption de ce troisième gouvernement sous la présidence de Caid Essebsi.

C’est, entre autres, sur ces éléments que l’échange avec M. Mohamed Hamdi a porté. Connu pour son éloquence, le dirigeant de l’Alliance Démocratique n’a pas hésité à s’exprimer avec une franchise appréciable.