Visite de la délégation du Congrès des Etats-Unis. Carthage, 4 septembre 2021.

La campagne de 2019, qui s’est soldée par la victoire écrasante de Kaïs Saïed, a fait la part belle aux questions de souveraineté. En plus de faire de la volonté populaire son principal slogan, le candidat a mis en avant des questions sensibles comme les accords de libre-échange et la normalisation avec Israël, assimilée à de la « haute trahison ».

Rapprochement de l’axe égypto-émirato-saoudien

Pourtant, depuis son arrivée à Carthage, il a opéré, par touches successives, un repositionnement géopolitique notamment vis-à-vis des puissances régionales : l’axe turco-qatari, proche des Frères musulmans et l’égypto-émirato-saoudien hostile à cette mouvance et plus généralement à toute démocratisation. Alors que Béji Caïd Essebsi a réussi, bon an mal an, à éviter de s’inscrire dans l’un des deux camps, les choses semblent avoir changé depuis quelques mois. A mesure que l’affrontement entre Ennahda et Kaïs Saïed s’intensifiait, ce dernier se rapprochait de Sissi et, ce faisant, de l’axe saoudo-émirati.

Après s’être opposé fin 2019 à Erdogan sur la question de l’utilisation de la Tunisie comme lieu de passage des mercenaires pro-turcs en Libye, le président Saïed a peu goûté l’alignement de Rached Ghannouchi sur les intérêts d’Ankara. Le président du parlement et leader d’Ennahdha est allé jusqu’à féliciter Fayez Sarraj après sa victoire décisive à El Watya, en mai 2020. Une position qui implique de fait la Tunisie et brouille sa stratégie diplomatique jusqu’alors attachée à la légalité internationale. Une crispation qui a été captée par Le Caire.

Les choses se précisent après la visite officielle de Kais Saïed en Egypte du 9 au 11 avril 2021. Son hôte, le maréchal Sissi, lui réserve un accueil chaleureux allant jusqu’à se déplacer pour le recevoir à sa descente de l’avion, fait rarissime.