La crise politique est là, mes amis. Plus rapide encore que prévu. C’est vrai, elle était prévisible cette crise. Je parle de la crise du gouvernement, bien sûr. Et je pense au pauvre Youssef Chahed qui croyait tellement en sa bonne étoile qu’il ne sait plus où donner de la tête maintenant que le compte à rebours a commencé. Adoubé par le président de la République comme chef du « gouvernement d’union nationale », ce jeune technocrate, fils de bonne famille, libéralo-américanophile, avait, vaille que vaille, réussi à rassembler autour de sa personne tous ceux qui en avaient marre de l’instabilité et du désordre chroniques engendrés par la révolution. Considéré comme plus malléable que Habib Essid, il avait été soutenu par la majorité des députés et par d’autres, de moindre importance, qui y ont vu une occasion de se glisser au sein du gouvernement. L’UTICA lui était favorable, l’UGTT, pareil. Les médias les plus influents l’ont acclamé, le présentant comme l’homme de la compétence, de la rigueur, de la fermeté, de l’efficacité, capable de gérer la Tunisie comme une entreprise. Bref, à entendre les uns et les autres, Youssef Chahed était l’homme qu’il nous fallait à la tête du gouvernement et nous devions lui faire confiance.