La tempête du congrès de Monastir est bien passé et l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a réussi à élire une nouvelle direction sans couacs. Mais l’organisation continue toujours de chercher son équilibre face à un pouvoir qui, lui, cherche à se débarrasser des syndicats, des ONG et des partis d’opposition, ce qui s’est d’ailleurs traduit par la suspension des prélèvements automatiques au profit de l’Union et l’annulation des négociations sociales. Cette situation oblige les syndicalistes à réfléchir, d’une part, à la survie de l’organisation et, d’autre part, à sauvegarder la crédibilité de l’action syndicale en matière de défense des intérêts des travailleurs et du pouvoir d’achat des Tunisiens en général, à l’heure où les prix s’envolent et où les politiques publiques sombrent dans le populisme et l’irrationnel.

Sauver l’organisation, enrayer à tout prix le danger qui menace son existence et la sortir de l’impasse, tel est le triple défi auquel est confrontée la nouvelle direction du syndicat sur fond de crise financière asphyxiante, conséquence de la suspension des prélèvements automatiques sur les salaires des adhérents relevant de la fonction publique et du secteur public. A cela s’ajoute l’urgence de mettre fin aux dissensions internes à travers ce que la nouvelle direction appelle « la réconciliation syndicale globale ».

A l’évidence, le fait que le pouvoir n’a émis aucun commentaire officiel sur le congrès de la centrale syndicale, ni sur ses résolutions, ni même adressé ses félicitations à la nouvelle direction, témoigne de la persistance d’une rupture dans les relations et de la volonté de Kais Saied de tenir l’UGTT à l’écart de tous les dossiers dans lesquels elle avait un rôle prépondérant, y compris ceux qui concernent les travailleurs. Pour preuve, le président a récemment pris tout le monde de court, en annonçant que l’augmentation salariale promise et sa mise en œuvre interviendraient le 1er mai, à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, rompant ainsi totalement avec une vieille tradition, que l’on aimait désigner par le nom de « politique conventionnelle » entre les trois partenaires sociaux. Ainsi, Kais Saied en a pris le monopole, seul, en décidant d’effacer le rôle de la centrale syndicale dans le processus. Son but est de faire passer l’idée selon laquelle toute augmentation est une faveur accordée par le président seul, et sera fixée et versée sans avoir à en référer à l’UGTT.

Nonobstant cette attitude claire du pouvoir, le communiqué rendu public par la première instance administrative nationale, réuni après le congrès général, était d’un ton plutôt édulcoré et moins percutant que les anciens communiqués émanant de cette instance ou d’autres organes de l’organisation. Cela contraste avec la menace d’une escalade brandie dans les discours, avec la programmation d’une série d’actions de protestation pouvant aboutir à une grève générale, dans le cas où les principales revendications ne sont pas satisfaites. Or, rien ne semble dissuader le pouvoir en place de poursuivre ses pressions sur l’organisation, après avoir réussi à l’asphyxier financièrement, suite à la suspension des prélèvements automatiques qui a privé l’UGTT d’environ 1,3 million de dinars par mois.

25 mars 2026, Monastir – Une vue de la séance d’ouverture du congrès « ordinaire » de l’UGTT – FB UGTT

Une porte ouverte au pouvoir et des concessions prévisibles

Le ton dont est empreint cette première déclaration, et les propos timorés du nouveau secrétaire général, Slaheddine Selmi, n’ont pas été une surprise pour nombre d’observateurs de la scène syndicale. Dans cette optique, le chercheur en sociologie politique Mouldi Guessoumi estime que les prémices d’un changement dans la relation avec le pouvoir et dans le discours qui est lui adressé sont apparues peu avant le congrès général qui s’est tenu fin mars 2026. Le chercheur rappelle, à ce propos, la grève générale que l’instance administrative avait prévu d’organiser le 21 janvier dernier, ainsi que la démission du secrétaire général sortant, Noureddine Taboubi. Curieusement, cette démission surprise est survenue deux jours après l’annonce d’un débrayage, avant que l’ex-leader ne revienne sur sa décision le 14 janvier 2026, à la suite d’un appel lancé par quelque 46 membres de l’Instance nationale, dont son futur successeur, Slaheddine Selmi, mais après l’expiration des délais fixés pour l’envoi des préavis de grève.

Notre interlocuteur relève que ce recul de dernière minute de Taboubi avait coïncidé avec son changement de camp, passant du groupe des « dix » à celui des « cinq ». Ce qui signifiait qu’il avait fini par accepter la proposition d’avancer la date du congrès général, alors qu’il était auparavant l’un des plus farouches opposants à cette avancée. Mouldi Guessoumi considère la volte-face de Taboubi et la manière dont il a renoncé à la mise en œuvre de la grève générale comme « un message d’excuse » ou alors « un appel de réconciliation » adressé au pouvoir, quémandant une sortie de crise en échange de la possibilité pour celui-ci d’avoir un droit de regard sur la situation interne par l’intermédiaire de ses proches, que ce soit sur instigation de la tête du pouvoir ou à son insu.

Le pouvoir s’est immiscé, par l’intermédiaire de ses affidés, dans les affaire internes de l’UGTT, dès la période qui a précédé la tenue du congrès général, pour en devenir l’un des acteurs, en comptant sur certains anciens syndicalistes, favorables à la proposition d’avancer la date du congrès. Mouldi Guessoumi fait constater que, lors du congrès de Monastir, la grève générale n’avait pas suscité l’intérêt qui aurait pu en faire un moyen de pression, par exemple, pour discréditer le refus du pouvoir d’engager le dialogue. Le choix fait par la direction de ne pas user de cette carte, à un moment décisif, s’inscrit dans un processus de concessions inédit dans l’histoire de la centrale. Notre interlocuteur poursuite son analyse :

Slaheddine Selmi, qui s’était fait connaître pendant la crise par sa petite phrase : “Partons tous !”, est aujourd’hui devenu secrétaire général de l’organisation. Les positions ont changé après la victoire d’une nouvelle équipe, avec une large avance sur ses concurrents, qui s’étaient engagés à poursuivre le bras de fer avec le pouvoir, contrairement à la liste de Slaheddine Selmi qui, elle, avait fait du rétablissement du prélèvement automatique son mot d’ordre lors de l’élection du bureau exécutif, laissant ainsi entendre qu’il aurait eu des assurances de la part des émissaires du pouvoir. 

Le chercheur souligne que, dans son premier discours en tant que secrétaire général, Selmi avait déclaré que « le prélèvement automatique est un droit acquis » et avait assuré aux autres membres du nouveau bureau exécutif que des négociations étaient en cours en coulisses pour rétablir le prélèvement automatique sur les salaires de la fonction publique et du secteur public.

L’une des affiches utilisées par l’UGTT pour promouvoir l’adhésion directe, en réponse à la suspension des retenues sur salaire – FB UGTT

Message du pouvoir : la domestication

Les dirigeants de la centrale se sont longtemps vantés d’offrir une maison commune réunissant les Tunisiens et les Tunisiennes, qu’ils soient travailleurs, membres de diverses organisations ou de courants politiques. Mais cette maison semble aujourd’hui déserte depuis que la scène politique a été dévitalisée et que les voix des opposants et des militants de la société civile sont brimées.  L’UGTT vit grâce à la vitalité des composantes du paysage politique, syndical et associatif, et son action s’étiole face à l’autoritarisme, à la répression contre le pluralisme et à la stérilisation de la vie politique et syndicale. Mouldi Guessoumi dira, à ce propos :

La nouvelle direction n’a d’autre choix que de se plier à la tempête, surtout dans un contexte d’absence de vie politique et de tout mouvement social susceptible de renforcer la position de l’Union.

Il estime que le régime ou le pouvoir ne cherche pas à liquider l’UGTT, mais plutôt à le domestiquer, à le mettre au pas et à en faire un simple décor dans l’espace public, à l’instar de l’Organisation du patronat, qui est, elle aussi, dans l’impasse et dont la légitimité des dirigeants est contestée, ou alors de l’Union des agriculteurs, où un coup de force contre l’ancienne direction a imposé une autre équipe loyale au président.

Ce chercheur en sociologie politique estime que l’absence de félicitations officielles adressées au nouveau bureau exécutif et au secrétaire général de la part de la présidence de la République, de la présidence du gouvernement ou de toute autre instance officielle s’apparentait à une autre forme de pression sur l’organisation afin de l’amener à faire des concessions plus importantes dès l’ouverture des négociations, aussi informelles soient-elles. Notre interlocuteur explique que l’absence d’un geste qui revêt un caractère hautement symbolique permet de comprendre la nature des relations futures avec le pouvoir, même si celles-ci demeurent, dans une large mesure, tributaires des caprices du chef de l’État.

Une solution provisoire…

Contrairement à ce que laisse entendre le communiqué publié par l’instance administrative le week-end dernier, selon lequel le troisième organe de décision aurait abordé, lors de sa réunion, la fermeture des canaux de dialogue, les dossiers relatifs aux augmentations salariales et l’application des conventions signées, des sources syndicales proches de l’instance de direction ont révélé à Nawaat que la réunion avait été consacrée de façon quasi-exclusive à la crise financière. A commencer par la situation financière et les équilibres de l’Union, la campagne d’adhésions, en passant par le dossier le plus sensible, à savoir la cession, dans la mesure du possible, de certains biens appartenant à l’UGTT afin de subvenir aux besoins et aux obligations financières fixes, au premier rang desquels figurent les salaires des employés permanents de l’organisation, dont le versement pour le mois d’avril s’est limité au salaire sans les primes. Ce constat a conduit l’instance administrative à reporter sa première réunion après le congrès, alors que la date initialement prévue était le 9 avril, afin de mieux préparer la présentation du bilan financier et des solutions envisageables, bien qu’elle ait éludé cette question dans son communiqué. Ce sera également l’occasion de discuter du recours à la cession de certains bien de l’organisation et d’adopter une série de mesures d’austérité, telles que la suppression des primes accordées aux dirigeants centraux et aux secrétaires généraux des régions et des secteurs, dont le montant varie entre 400 et 150 dinars, la limitation au maximum de l’utilisation des véhicules de service et la réduction des frais de déplacement, d’entretien et des entrepôts, ainsi que le transfert des sièges de certaines ligues sectorielles vers le siège central à Place Mohammed-Ali, par souci d’économiser les dépenses de fonctionnement… Autant de propositions de mesures d’austérité visant à faire face à la crise financière étouffante.

Mais ces mesures, y compris la plus médiatisée, à savoir l’annonce faite par le nouveau secrétaire général de renoncer à la voiture de service et à ses frais, estimés à environ 400 dinars, ne dépassent pas le cadre symbolique et ne peuvent en aucun cas améliorer la situation. La seule solution qui reste est donc la cession d’actifs pour couvrir les obligations financières les plus urgentes, telles que la masse salariale estimée à un million de dinars par mois, le remboursement des tranches de crédits et le versement des cotisations de l’organisation aux caisses sociales. Dans la foulée, une nouvelle proposition a été présentée, celle de faire cession de l’immeuble qu’occupait l’organisation sise avenue El-Jazira. La direction avait, au départ, pensé à vendre son siège à la cité El-Khadra, mais il s’est avéré que le terrain sur lequel cet immeuble a été construit est un don de l’État. Autre litige, celui lié à la cession des parts détenues par l’UGTT dans une compagnie d’assurance résidait dans le fait que les revenus ne seront reversés dans les comptes de la centrale qu’en 2028.

La recherche d’une solution aux retombées de la crise financière a conduit l’organisation, au lendemain du congrès, à organiser une série de rencontres avec ses différentes structures, notamment des conférences régionales et des regroupements du secteur public et de la fonction publique, afin de mobiliser davantage et d’inciter les syndicalistes à redoubler d’efforts dans la communication directe avec les travailleurs, dans le but d’accélérer la campagne d‘adhésion directe sur laquelle le syndicat avait misé avant son congrès, après la suppression par le pouvoir de la retenue automatique.

La campagne lancée par le syndicat pour stimuler les cotisations annuelles, d’un montant de 36 dinars, auprès des fonctionnaires et des employés du secteur public a eu des résultats plutôt faibles et décevants. A tel point que l’organisation a contraint les délégués du congrès électif général, au nombre d’environ 610, de s’acquitter de leurs cotisations pendant les travaux. Ce dossier restera l’une des priorités de la nouvelle direction, et un échec dans sa gestion profiterait inéluctablement au pouvoir et pousserait la nouvelle direction syndicale à faire des concessions douloureuses pour préserver la survie de l’organisation.

De sources proches de l’instance administrative, nous avons appris qu’un cabinet d’études a été chargé d’examiner la situation financière de l’organisation, à la lumière des chiffres contenus dans le rapport financier, lequel évoque un déficit de 39 millions de dinars et une dette d’environ 60 millions de dinars, dont 50 millions envers des banques et des caisses sociales, et le reste envers Tunisie Télécom et d’autres prestataires de services. Une autre étude a été commandée pour évaluer la pertinence des solutions proposées afin de surmonter la crise financière qui menace sérieusement l’existence de l’UGTT, du moins dans sa configuration actuelle.

La réconciliation interne est une priorité, mais…

Parallèlement aux démarches tous azimuts visant à atténuer le choc de la crise, le nouveau bureau exécutif et le secrétaire général appellent à une réconciliation syndicale globale, dans le but de mettre de l’ordre dans la maison et un terme aux dissensions internes. C’est ce qu’a déclaré le nouveau leader lors des travaux de la première instance administrative nationale issue du congrès : « La page du congrès est tournée, avec tous les clivages et les rivalités qui l’ont précédé… L’Union a besoin de tous ses membres et doit tourner la page pour en ouvrir une nouvelle, fondée sur l’unité, la transparence et la confiance ». A priori, l’homme ne se trompait pas, du fait que l’organisation est confrontée à une menace existentielle qui ne tolérait aucune dissidence. Mais ceux qui connaissent les rouages complexes de Place Mohammed-Ali savent bien que les dissensions au sein de l’organisation vont bien au-delà de la tenue d’un congrès et de l’élection d’une nouvelle direction.

A ce sujet, Mouldi Guessoumi prévient que la crise interne va s’accentuer dans la période à venir, contrairement à ce qui se dit, à savoir que le congrès aurait ressoudé les rangs et mis fin à la crise. Il estime que les perdants à l’élection du bureau exécutif, venus de bords, de secteurs ou de courants idéologiques différents, ainsi que l’opposition syndicale, ne resteront pas les bras croisés face au nouveau cap tracé par l’actuelle direction et à son intention de multiplier les concessions, dont personne ne mesure la portée.

La structure organique de l’UGTT est similaire à celle des syndicats ouvriers tels qu’ils sont apparus au lendemain de la révolution industrielle en France et en Grande-Bretagne… Aujourd’hui, elle n’est plus adaptée à tous les niveaux et n’est plus en mesure de remplir son rôle.

A rappeler que le congrès général s’est tenu dans un contexte de divisions au sein des structures du syndicat, entre un courant favorable à sa tenue et un autre contestant la légalité de sa tenue environ 11 mois avant la date prévue, sans le qualifier d’extraordinaire. Ce litige a été résolu dès l’ouverture des travaux du congrès par la décision de soumettre le différend au vote des délégués. Ces derniers ont tranché en faveur de la légalité de la tenue du congrès, sans pour autant dissiper les menaces et les craintes d’un recours devant la justice, avec le risque de mettre ainsi l’organisation à la merci des caprices du pouvoir.

Ceux qui redoutent l’annonce d’une validation soudaine par la justice d’un recours contre la légalité du congrès, dont le dépôt aurait été tenu secret jusque-là, rappellent ce qui est arrivé à la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme sous l’ancienne dictature, lorsque les autorités avaient poussé des membres de la Ligue qui leur étaient fidèles à intenter un procès contre l’organisation, ce qui avait entraîné sa paralysie et l’encerclement de ses locaux par la police jusqu’à la chute du régime en janvier 2011.

27 mars 2026, Monastir – Slaheddine Selmi, nouveau secrétaire général de l’organisation, glissant son bulletin de vote dans l’urne – FB UGTT

Aveu, excuses et responsabilisation

La réconciliation syndicale dite globale concerne toutes les personnes ayant subi des sanctions, qu’il s’agisse de suspension, d’exclusion, de déchéance de la qualité syndicale ou d’interdiction d’adhésion… Dans cette catégorie, on trouve les syndicalistes qui ont été sanctionnés en raison de leur opposition à la révision de l’article 20, après le retrait de cette mesure controversée lors du congrès de Monastir et le retour à ce que prévoit ledit article, à savoir la limitation à deux mandats au maximum pour les membres du bureau exécutif et du secrétariat général. C’est ce qui rend la levée des sanctions imposées à ceux qui s’y sont opposés tout à fait naturelle, puisqu’elle résulte d’un retour à la disposition initiale, et constitue, selon les propos de Slaheddine Selmi, « un premier pas vers une réconciliation syndicale globale ».

Parmi les syndicalistes sanctionnés en raison de leur position vis-à-vis de la direction et de ses pratiques, qu’ils jugent « exclusives et anti-démocratiques », figure l’ancien membre de la fédération générale de la poste, Habib Tlili, à qui l’on a refusé les documents nécessaires à la poursuite de son activité syndicale après son départ à la retraite, qui a presque coïncidé avec la révision de l’article 20 en 2021.

Interrogé par Nawaat, Habib Tlili témoigne que ce qu’il a subi s’appliquait à des dizaines de syndicalistes, dont la plupart font actuellement partie de l’opposition syndicale dans toute sa diversité. Il estime que la réconciliation syndicale proposée par le bureau exécutif ne peut réussir sans passer par plusieurs étapes, qu’il compare à la justice transitionnelle, laquelle s’articule autour de trois phases fondamentales : l’aveu, la reddition de compte et enfin la réconciliation. Par conséquent, la direction syndicale doit reconnaître les erreurs et les pratiques qui ont conduit l’UGTT à une crise inextricable et à la paralysie des structures sectorielles et régionales.

Le syndicaliste, qui fait partie de l’opposition syndicale démocratique, ajoute que les sanctions infligées aux syndicalistes, que ce soit en raison de leur position sur la révision de l’article 20 ou pour d’autres raisons, ont été largement appuyées par la majorité des membres du nouveau bureau exécutif, qu’ils aient siégé au comité central du syndicat ou au sein de l’instance administrative nationale en tant que secrétaires généraux des fédérations régionales ou des unions sectorielles. Ces derniers, souligne Tlili, avaient soumis des rapports à la commission du règlement intérieur, aboutissant à la suspension de syndicalistes et au retrait de leurs adhésions.

Pour Habib Tlili, la reddition de compte est indispensable pour parvenir à une véritable réconciliation syndicale. Chose que le bureau exécutif doit prendre en considération, d’autant plus que les sanctions infligées à de nombreux militants syndicaux ont conduit à leur suspension, à la déchéance de leur statut syndical et à la privation de leur droit d’adhérer au syndicat et de se porter candidats à des fonctions syndicales pendant des années. Il s’interroge sur la manière dont le préjudice causé par ces pratiques malveillantes pourrait être réparé.

L’ancien dirigeant du secteur de la poste conclut que la réconciliation ne peut passer par une amnistie accordée aux syndicalistes visés par la suspension et l’interdiction d’adhésion, un avis qu’il partage, d’après lui, avec de nombreux syndicalistes concernés.

De son côté, Mounia Bennacer, militante syndicale et membre, elle aussi, de l’opposition syndicale, affirme avoir été suspendue, déchue de son statut syndical et expulsée de l’organisation après s’être opposée à la révision de l’article 20 des statuts. Elle estime que le nouveau bureau exécutif doit reconnaître ce qu’elle qualifie de «crime commis à l’encontre de l’organisation», reconnaître que l’opposition tant stigmatisée avait raison, présenter ses excuses à ses membres et à l’ensemble du mouvement syndical, et ce n’est qu’alors qu’il pourra proposer une réconciliation. Elle souligne que le nouveau bureau exécutif « n’est pas légitime » et « ne dispose d’aucun projet de réforme qui puisse aider à surmonter cette conjoncture délicate ».

Des défis extrêmement complexes guettent l’UGTT : ni la tenue du congrès, ni l’élection d’une nouvelle direction n’auront permis d’enrayer le spectre de la crise qui plane sur cette organisation. Une situation qui pourrait renvoyer la centrale à l’ère de la dictature de Ben Ali et à jouer la survie jusqu’à ce que le rapport de forces évolue. Une option que de nombreux syndicalistes jugent sans issue pour deux raisons : primo, le populisme ne s’accommode plus de l’existence d’une vie politique et syndicale et fera tout pour la réduire à néant. Secundo, la politique de la complaisance dans un contexte marqué par la flambée des prix, l’effondrement du pouvoir d’achat et le musellement de la liberté d’expression ne fera que ternir davantage l’image de l’organisation fondée par Farhat Hached, qui se trouve à nouveau à la croisée des chemins.